Corruption généralisée au Mali : La quadrature du cercle !

Des discours musclés, une volonté politique nulle, des corrupteurs  connus, des corrompus aussi. Avec trois fois plus de lois qu’en France pour lutter contre le fléau, c’est le pis-aller : la corruption continue de gangréner le Mali. Véritable quadrature du cercle !

Le classement du Mali dans les indices de corruption basés sur des enquêtes d’opinion d’experts et de citoyens suggère un problème de corruption généralisée. Selon Transparency international, le Mali est noté 32 sur 100 à l’indice de perception de la corruption et se classe à la 116ème place sur les 176 pays les plus corrompus au monde. Ce tableau noir est signé Pr Clément Dembélé, principal orateur d’une conférence-débats initiée par le Conseil National du Patronat. C’était le vendredi 15 mars 2019 au Conseil National du Patronat du Mali en présence de Mamadou Sinsy Coulibaly, du représentant de l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite, Yoro Diallo et plusieurs acteurs et partenaires intervenant dans la lutte contre la corruption.

« Rôle du secteur privé dans la lutte contre la corruption», tel était le thème de cette rencontre. Selon le président du CNPM, Mamadou Sinsy Coulibaly, qui a planté le décor, les vrais et premiers acteurs de la stabilité sont les entrepreneurs. « Ils observent, ils savent, ils analysent, réfléchissent, créent la richesse…. C’est avec les entrepreneurs qu’une nation avance dans la mesure où un Etat n’est véritablement riche que lorsque ses populations sont riches et, la première source de la richesse est entre les mains de ceux qui entreprennent : un Etat qui veut se développer sans ses entrepreneurs ou avec ses entrepreneurs agonisants est comme un système qui évolue en total déséquilibre et en dehors de son orbite. Ce système est appelé à disparaître d’une façon ou d’une autre», a-t-il soutenu.

Cette inquiétude du patron du CNPM est étayée selon Pr Clément Dembélé, principal conférencier, par des statistiques mettant en évidence l’impact de la corruption sur le secteur privé. A l’en croire, dans les enquêtes d’opinion, les résultats du dernier afrobaromètre suggèrent un certain pessimisme quant au niveau de corruption et aux efforts pour la combattre. « Dans l’enquête 2016-2018, 44,2% des 1200 personnes interrogées estimaient que la corruption avait beaucoup augmenté et 27,2% des sondés affirmaient que la corruption avait peu augmenté ou était restée au même niveau. Parmi les élites, les groupes perçus comme les plus susceptibles de se livrer à des actes de corruption étaient les juges et les magistrats, les décideurs du privé et la police. Une majorité des sondés (59,3%) estimait que la totalité ou la quasi-totalité des juges et des magistrats se livraient à la corruption. Pour les décideurs du privé et la police, ces chiffres étaient respectivement de 55,8% et 55% (Afrobaromètre 2017) », commente le conférencier qui ajoute que 97%  des agents de l’Etat sont corrompus.

Evoquant l’ampleur de la corruption sur les entreprises, Pr Clément Dembélé prévient que 88% de celles -ci disparaîtront à l’horizon 2025 si les tendances continuent. « Le bénéfice des entreprises s’évalue à 32 ou 33% dans l’exécution des marchés, or, aujourd’hui il faut proposer jusqu’à 30% aux corrupteurs pour avoir le marché. Vous donnez ou vous disparaissez. L’Etat malien est paralysé par la corruption, 78% des tribunaux fonctionnent sur la corruption. Si les tendances continuent, 88% des entreprises disparaîtront à l’horizon 2025. Sur les 12 000 diplômes chaque année, il y a seulement 3% d’employabilité et 2% de diplômés sont recrutés par les entreprises maliennes », s’est indigné le conférencier.

Et d’ajouter que « les corrupteurs sont connus, pas besoin d’être un enquêteur. Il y a trois fois plus de lois pour la lutte contre la corruption au Mali qu’en France. Le phénomène de la corruption continue de gangréner le pays ». 

Les interrogations des participants ont porté sur l’inefficacité des structures de contrôle et le manque de volonté politique malgré les discours pour endiguer le mal de la corruption.

Le conférencier a proposé des pistes de solution. Il s’agit notamment de sensibiliser les populations afin qu’elles prennent conscience du danger, instaurer l’éducation civique et morale à tous les niveaux, mettre en synergie les structures de contrôle et de répression, créer des écoles populaires citoyennes pour former et sensibiliser les populations et impliquer les religieux dans la lutte contre la corruption.

Daouda T. Konaté

Source: Le Challenger

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