Bilan des législatives de mars et avril 2020 : Soumeylou a-t-il payé le prix de sa trahison du mouvement démocratique ?

Suite à la parution n°764  du Prétoire en date  du lundi 29 juillet 2019 qui cite Soumeylou Boubeye Maiga , le Carrefour s’en est inspiré pour écrire un article sur cet homme politique malien, connu à ces débuts en 1986 comme un téméraire, qui ne recule pas tant qu’il s’agit de l’intérêt du peuple.

Il était une référence pour ceux qui le voyaient de loin, de par son pragmatisme et du fait qu’il parvenait toujours à atteindre son objectif, quel que soit les difficultés et les moyens employés. Certains le traitait d’hérisson, du fait que lorsqu’il a été limogé du poste de ministre de la défense à la suite de la débâcle des FAMA à Kidal le 21 mai 2014, une bonne partie des maliens pensaient qu’il aurait maille à partir  avec la justice malienne pour sa participation dans la surfacturation de l’achat de l’avion présidentiel. Pour prouver aux sceptiques qu’il était au-dessus d’une arrestation en tout cas par IBK, il a répondu à ces détracteurs en ces termes : « le chien peut aboyer derrière le hérisson sans jamais pouvoir le prendre ». Pour rappel ce petit animal est couvert de piquants sous forme de petites flèches qui piquent tout  animal qui veut l’agresser. En réponse à ce dicton, Abdoulaye Koné dit Pablo, architecte de son état président du parti BRDM, lui a répondu en ces termes « lorsque le champ brûle, les enfants s’amusent avec le hérisson en s’en servant comme un ballon ». Nous pensons que c’est cela qui est finalement arrivé au « hérisson » Soumeylou Boubèye Maïga, lorsque le chérif de Nioro et l’imam Mahomoud Dicko ont pointé leurs viseurs sur lui. Il n’a fallu que deux marches pour sceller son sort par l’Assemblée Nationale du Mali. Ce qui nous a fait douter de l’homme hérisson, c’est le fait qu’il ait interdit même les marches pacifiques au Mali lorsqu’il avait élu domicile à la primature. Faut-il comprendre par cette attitude  que Soumeylou Boubeye Maïga a porté une atteinte aux libertés publiques et individuelles ? Suffit-il d’affirmer que la souveraineté appartient au peuple pour garantir le fonctionnement d’une véritable démocratie ? Rappelons que la notion de démocratie est tout aussi indissociable de la liberté d’aller et venir, de la liberté de réunion et la liberté de marcher. Soumeylou Boubèye Maïga a-t-il conservé sa conviction en tant que jeune journaliste en 1986 lorsqu’il a dit en face du Général Moussa Traoré que l’ouverture démocratique est une nécessité absolue, même si cela n’arrange pas son parti unique à savoir l’Union Démocratique du Peuple Malien (UDPM). En comparant ces deux facettes de l’homme, nous sommes d’accord qu’il est en tout cas un homme double sur le plan politique. Il est aujourd’hui, après son passage à la primature, le contraire de ce qu’il était avant l’avènement de la démocratie.

Il est accusé par ces détracteurs d’avoir piégé la liste électorale en 2018, mis les administrateurs civils dans les circonscriptions administratives du pays en mission de faire gagner coûte que coûte le Président IBK dès le premier tour si possible. Lorsque les partis opposés à cette manipulation avaient marché contre cela, ils ont été ‘’gazés’’ bastonnés de manière brutale. Le monde entier a été témoin de cela. Il a fallu que la commission politique de l’Union Européenne, le Quai d’Orsay en France et le porte-parole du Secrétaire d’Etat des Affaires Africaines, mettent en garde le régime contre de telles dérives afin cela cesse. En procédant ainsi il a trahi les démocrates maliens et pourquoi ?

Il se croyait peut-être déjà le dauphin d’IBK ? Pour quelles raisons donc avait-il oublié les motivations de plus de deux  décennies de lutte démocratique ? Est-ce à dire qu’IBK l’avait chuchoté à l’oreille qu’il allait être son dauphin ?Ne savait-il pas que la politique est un jeu de dupe ?

A cette occasion, nous lui avons rappelé ceci :« Lorsque les citoyens ne sont plus libres de s’exprimer, de marcher, de se déplacer ou de se réunir, la démocratie devient une fiction » !

Cette situation était consécutive au fait que depuis deux semaines, les marcheurs et marcheuses étaient confrontés aux forces de l’ordre qui avaient eu d’autre méthodes de dissuasion, que la bastonnade des personnes qui voulaient exprimer à travers ce moyen, leur mécontentement. C’était le 04 janvier 2018  les femmes de l’usine HUICOMA ont voulu marcher sur le Palais de Koulouba pour réclamer leur dû au Président de la République.Les minibus SOTRAMA ont été arrêtés en cours de chemin par les forces de l’ordre. Elles sont descendues des véhicules pour vouloir faire le reste du chemin à pied.

Par la suite les femmes de HUICOMA ont été dispersées violemment  par les forces de l’ordre à coup de matraque et de gaz lacrymogène. A la suite des femmes de Koulikoro ce fut le tour des jeunes du mouvement « wati sera » (c’est-à-dire qu’il est temps) qui avaient décidé de marcher pour protester devant  l’Ambassade de  France contre la politique française au Nord du Mali jugée  partiale. Cette marche s’était déroulée  le 10 janvier 2018.Leur point de départ était la bourse du travail,   face à eux un important dispositif policier.

Malgré l’opposition des policiers, les jeunes ont chanté l’hymne national avant de marcher  en  direction de l’Ambassade de France. Les slogans étaient : « la France soutient les rebelles, Paris, libérez le Mali ; le Mali est indivisible ».Les forces de l’ordre ont alors chassé les manifestants. Des journalistes ont été blessés, arrêté puis libérer par la police alors qu’ils ne faisaient que leur travail.

Comme pour narguer la constitution du 25 février 1992,  les amazones ont été tabassées  le vendredi 12 janvier 2018. Le seul tort de cette  association constituée de femmes, avoir voulu dénoncer  la violence faite aux femmes qui avait organisé un sit-in devant l’Assemblée Nationale du Mali. Elles ne s’attendaient pas du tout à affronter des policiers en cet endroit précis  alors  qu’elles auraient usé  d’un droit constitutionnel.Ces amazones ont été également bastonnées également par le régime en place.

Enfin ce fût le tour des jeunes chômeurs sous l’appellation de l’association nationale des chômeurs d’avoir leur dose de matraquage .Ces jeunes voulaient réclamer les 200 000 emplois promis par le Président I.B.K. Pour ce faire, ils avaient décidé d’organiser une marche sur Koulouba, qui s’est terminée par des bastonnades.Faut-il comprendre par cette attitude du nouvel  exécutif une  atteinte aux  libertés publiques et individuelles ?

Rappelons que la notion de démocratie est tout aussi indissociable de la liberté d’expression, de la liberté d’aller et venir, de la liberté de réunion et la liberté de marcher.Notons que la démocratie repose aussi sur la liberté de la presse, les marches comme on le  voit fréquemment en Europe.

D’ailleurs pour les mêmes raisons, la liberté de la presse et son pluralisme, c’est-à-dire la coexistence des sources d’informations multiples et différentes est également une condition du fonctionnement de la démocratie.Les bailleurs de fonds qui financent nos élections suivent de près le respect des principes démocratiques qui est désormais une condition sine qua non pour mettre la main à la poche. Donc attention à la dérive totalitaire !

Voilà qu’au finish, là où son Parti devrait avoir au moins huit députés, vous n’avez-eu que quatre députés. Et même là, si ces quatre peuvent faire l’objet de débauchage, il ne faudra pas être surpris. IBK a trahi le peuple malien tout entier, ses amis religieux à plus forte raison un ancien adversaire.

La 1ère leçon à retenir Soumeylou Boubeye MAIGA est celle-ci : « Le margouillat ne fait jamais sa culotte sans prévoir une sortie pour sa queue » n’est-ce pas qu’à l’époque vous avez proclamé les résultats de l’élection présidentielle avant même que certains résultats du nord n’arrivent à la CNI ?

La 2ème leçon à retenir est celle-là : « Le premier con n’est pas con, c’est le deuxième con qui l’est vraiment ! ».

La 3ème leçon est la suivante : « Qui a trahi la démocratie, la trahira toujours ».

Siramakan  KEITA

le carrefour

2 Replies to “Bilan des législatives de mars et avril 2020 : Soumeylou a-t-il payé le prix de sa trahison du mouvement démocratique ?”

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