Corruption: le comptable de Bakary Togola parle et dit tout : «ce qui m’a encore écœuré, c’est lorsque j’ai voulu savoir combien nous avons reçu de subventions»

Suite à son incarcération, le Comptable de l’APECAM, Fadjéla Coulibaly, a jugé bon de s’exprimer dans les médias et, pour cela, il a choisi la Radio Nièta où il a tout déballé, tout dit, de leur incompétence à leur stupidité.

Lisez la transcription que nous avons eu à réaliser pour vous et faites votre évaluation… :

«Je suis arrivé en août 2014 dans cette structure qui est l’APECAM en tant que Comptable suite à un Appel d’offres qui est paru dans le quotidien national l’Essor dont j’ai copie le 14 avril 2014. Dans cette annonce, on cherchait 5 personnes. Une à Bamako qui occupera le poste de Responsable administratif et financier, deux comptables pour Sikasso et Fana et deux Secrétaires pour les Bureaux de Sikasso et Fana.

‘‘Talent Plus’’ est la société qui s’est occupée des sélections. J’ai été premier. En ce qui concerne la comptabilité, Samba Camara a été premier et choisi pour Sikasso suivi de Hamidou Nafandjè, placé à Fana. Fatime Kéïta et Djénéba Diarra ont été successivement première et deuxième. Djénéba est devenue ainsi Secrétaire à Sikasso et Fatime à Fana.

Après notre prise de fonctions, une rencontre a été organisée entre le Grand Patron qui est Bakary Togola et nous. Lors de l’entretien, ce dernier m’a demandé si, toutefois, je sais qui il est. En réponse, je lui ai fait savoir que c’est à travers l’écran de la télévision malienne que je l’ai connu, comme presque tous les Maliens. Voilà comment je suis arrivé à l’APECAM. Notre travail n’est pas facile et c’est un métier qui peut amener quelqu’un directement en prison sans avoir fait quoi que ce soit.

Le 4 août 2014, j’ai réuni tous les comptables pour leur parler un peu du fonctionnement de la coopérative. Après, j’ai cherché à savoir un peu plus sur la structure depuis sa création. Savoir sur quelle base elle est assise. C’est une obligation dans toute prise de fonctions. C’est dans cette perceptive que j’ai demandé de me fournir les documents comptables de 2013 pour commencer mon boulot. Il n’en avait pas. 2012, non plus, 2011, idem, 2010 aussi. Pourtant, il y avait d’autres personnes avant moi qui étaient censées faire ce travail. Je suis finalement redescendu jusqu’en 2007, aucune information concernant les finances de l’APECAM n’a pas été retrouvée. Djeliba24

Très surpris, je suis allé voir le Patron en lui disant ceci : « Chef, je viens de remarquer que, depuis la création de l’APECAM en 2007, aucune écriture comptable n’a été faite ; pourtant, j’ai appris qu’il y a beaucoup d’entrées d’argent. C’est un scandale. Il n’y a aucun justificatif relatif aux finances de la structure .Rien qui peut justifier les sorties d’argent. C’est une bombe. Le jour où cela explosera, ça fera mal ». Tout ce qu’il a eu à me dire c’est qu’il me conseille de travailler.

Après cette mise au point, je suis descendu dans les quatre Régions pour vérification. Sikasso, Fana, Kita, il n’y avait rien comme situation financière. À Koutiala, j’ai pu trouver un compte de 2012. À mon retour, je leur ai dit : « votre manière de travailler est inquiétante ; des sommes colossales ne peuvent pas rentrer dans votre structure et qu’aucune trace n’est établie pour la sortie des sous. Ce que vous ignorez, c’est que chaque sou qui rentre a une traçabilité.”

Je suis retourné voir le Patron pour lui confier que, dorénavant, j’ai l’intention de changer la donne et de travailler autrement au sein de la structure.

Cette démarche aussi n’a pas été facile parce que certains paysans cotonniers ont, eux aussi, dénoncé la mauvaise gestion de leurs Dirigeants dans la structure. Selon eux, l’argent prend d’autres directions. C’est une réalité que les Responsables ont reconnu. Par la suite, ils ont donné la garantie de changer de procédures. C’est comme pour dire que la gestion sera désormais transparente. Donc, pour moi, tout est clair. Quand en 2014 nous avons reçu une contribution de la part de la France à travers l’AFD (Aide Française de développement) pour 4 ans, une somme évaluée à 5.000.000 d’euros (soit 3.280.000.000. francs CFA), moi, en tant que Responsable des finances, je voulais faire mon travail correctement en traçant toute entrée de somme et faire la situation comme le stipulait le thème de référence mentionnée dans l’Appel d’offres.

Quand j’ai proposé ma vision à Bakary Togola, il n’était pas trop ravi et il m’a dit de m’occuper de l’argent « des Blancs » et les fonds qui arrivent au nom des paysans de m’en passer. J’ai travaillé tant bien que mal dans cette situation de méfiance durant toute l’année 2014 jusqu’à l’arrivée de l’argent des paysans en 2015. En ce moment, je lui ai proposé de faire descendre l’argent dans les coopératives de coton qui sont au nombre de plus de 7170, groupés dans les 288 communes et dans les 41 secteurs et 4 Régions et pour finir dans nos Bureaux à Bamako.

Les coopératives, depuis la base, se sont fusionnées pour former la commune, et de la commune, les secteurs qui, à leur tour, font les Régions et les Régions se retrouvent dans le National. Donc, l’argent qui se trouve dans le National vient à l’origine de la base ; c’est-à-dire, des paysans.

Quelques cinq personnes ne peuvent pas jouir de l’argent destiné à des milliers de paysans qui sont à plus de 4 millions 500. Et, ce qui est déplorable, plusieurs paysans ne connaissent pas la réalité des faits et ne peuvent revendiquer, de ce fait, aucun droit, puisqu’ils ignorent tout.

Dans leurs esprits tordus, ils disent que les paysans n’ont pas la notion d’argent et que seuls ceux qui sont instruits en connaissent.

Ce qui m’a encore écœuré, c’est lorsque j’ai voulu savoir combien nous avons reçu de subventions. Ils m’ont répondu 300.000.000 CFA ; or, je sais de source sûre que la somme dépasse cinq fois ce qu’on a voulu me faire croire.

Pour les projets, il n’a pas d’équivoque, je peux tout vérifier par des comptes bancaires que je peux facilement consulter.

On est resté dans cette posture en 2015. Donc, en 2016, quand l’argent est rentré au nom des paysans, je suis encore allé voir le Patron pour lui dire que si l’argent n’arrive pas à la base, il y aurait des problèmes ; car, les paysans commencent à s’agiter. J’ai suggéré d’envoyer 1. 000.000 CFA dans chaque commune, 5.000.000 pour chaque secteur, 50.000.000 dans les Régions pour apaiser les esprits. Il m’a dit qu’il va me répondre. Il ne m’a jamais fait signe. Entre temps, un jour, dans mon Bureau, des paysans sont venus me retrouver en me disant qu’il y a vraiment des excitations dans les bases puisqu’ils savent que l’argent est rentré. Quand ces paysans sont partis le voir, il a tout simplement nié qu’il n’y a eu aucun échange entre nous concernant ce problème. Étonné, je leur ai tout expliqué, le comment j’aimerais procéder pour la partition. Ils sont retournés le voir tout en lui affirmant que ma proposition est celle qu’ils préfèrent. Ç’a été houleux, ce jour-là ; mais, en fin de compte, il dit être d’accord, mais qu’il trouve que la somme de 1000.000 par commune est élevée et de le réduire à 500.000. Dans les secteurs, il propose 3.000.000 au lieu de 5.000.000 et pour les Régions 30.000.000 au lieu de 50 millions. Depuis lors, Togola a une dent contre moi ; car, pour lui, je suis responsable des réclamations faites par les paysans sinon ce sont des personnes qui ne connaissent pas l’argent. C’est la première fois que nos pauvres paysans se réjouissent d’avoir autant d’argent dans leurs comptes.

Le lendemain, je me suis trouvé chez lui avec un de mes collègues et il a dit textuellement ceci : «En tout cas, une chose est certaine, toute personne qui essaye de mettre de l’ordre dans cette structure ira au-delà ». Ensuite, il m’a mis en garde, en disant que «je suis jeune et que ma carrière risque de s’arrêter à mi-chemin».

Or, l’argent que nous recevons est mis à la disposition des paysans pour des formations, la sensibilisation et l’alphabétisation, non pour satisfaire une dizaine de personnes dans la boite.

Donc, il a ainsi demandé à mon chauffeur de m’enregistrer pour lui, afin qu’ils puissent me nuire avec. Il fait des enquêtes sur moi, savoir comment je vis, si j’ai d’autres ressources, etc. Le bras de fer a continué ainsi.

Il me disait tout le temps que je suis à la disposition du projet, mais pas pour défendre les paysans. Jusqu’en 2017, j’ai continué à lui mettre la pression afin qu’il puisse organiser les finances des paysans. Mais, il n’a rien fait. En 2018, pareil. Donc, finalement, je lui ai tendu une correspondance officielle pour lui informer que sa gestion au sein de l’ACAPAM est catastrophique. Le lendemain, après avoir lu la lettre, il m’a fait venir dans son Bureau et me demanda de relire le document. Ce que j’ai fait. Ensuite, il me posa la question de savoir si je devrais réellement lui faire çà. En réponse, je lui ai fait savoir que j’ai tout fait pour qu’il me comprenne, mais en vain. Car, on doit toujours dire la vérité à un ami.

Nous sommes restés dans ces hostilités jusqu’en fin 2018 où les Français ont évalué le travail qu’ils ont apprécié. De ce fait, ils nous ont octroyé 12.000.000 euros 7.872.000.000.

En avril 2018, pour m’injecter définitivement, il m’adresse une note dans laquelle il me fait savoir que mon contrat est arrivé à terme depuis le 31 décembre 2018 et, de ce fait, il met fin à mon travail. Pourtant, les autres, recrutés dans les mêmes conditions que moi et du même projet, sont restés dans leurs postes respectifs.

Le Coordinateur lui-même m’a relevé les vraies raisons de mon licenciement. La seule faute que j’ai faite, c’est d’avoir essayé que les finances de l’APECAM soient transparentes.

« Tu n’as jamais renoncé à assainir les finances de cette structure, c’est pourquoi on veut se débarrasser de toi », me lança le Coordinateur lors de notre entretien.

Mais, moi, je suis serein parce que mon premier contrat a été établi de 2014 à 2016, puis 2016 à 2017. Après ce dernier, je n’ai signé aucun autre contrat. Ce qui fait que, tacitement, je rentre dans un contrat indéterminé ».

Transcrit par: LE COMBAT

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