Expansion djihadiste vers l’ouest : Comment la Katiba Macina s’approche dangereusement du Sénégal…

Dans un Sahel en ébullition, le Sénégal parvient à contenir les nouvelles menaces qui toquent à ses frontières. Parmi ces menaces, celles portées par les groupes djihadistes sont les plus craintes et à juste titre.

Depuis quelques années, les autorités sénégalaises travaillent à la mise en place de stratégies pour faire face à une attaque menée, non pas par une bande armée mais à distance.

Dans sa réponse à Amadou Kouffa qui appelait les peulhs du Sénégal à rejoindre le jihad, Macky Sall écartait la possibilité d’une attaque menée par un groupe organisé sur le sol sénégalais. Il s’attendait plus à un attentat suicide ou à des actions similaires à ce qui s’est passé à Bamako, à Ouagadougou et à Grand Bassam entre novembre 2015 et mars 2016. Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) a revendiqué ces actions menées par Al Mourabitoune. 

C’est pour cette raison que les services de renseignement sénégalais étaient sur le qui-vive lorsqu’ils ont eu vent de la probable libération du cerveau et du superviseur de ces attaques à la faveur de l’échange de prisonniers entre Bamako et le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) lié à Al Qaïda. Le procès des attentats du Radisson Blu de Bamako qui a vu comparaître Fawaz Ould Ahmeida a fait pousser un ouf de soulagement au Sénégal qui le surveille en même temps que son acolyte Mimi Ould Baba Ould Cheikh. Les deux hommes liés à Al Mourabitoune ont eu des velléités de s’attaquer au pays de la « Téranga ».  Rien ne nous dit que le GSIM a abandonné cette idée d’une attaque téléguidée depuis le septentrion malien,  mais il est aussi important d’étudier l’évolution de la menace provenant de l’extrême ouest du Mali où la Katiba Macina du GSIM intensifie sa présence.

La guerre fratricide entre le GSIM et l’ex EIGS

Sous la direction du prêcheur peulh Amadou Kouffa, le Front de Libération du Macina, une composante d’Ansar Dine qui réve de reinstaurer l’empire théocratique du Macina a été depuis 2015 à l’origine de plusieurs attaques dans le centre du Mali. Ce sous-groupe qui est aujourd’hui le plus important en termes d’hommes et d’influence au sein du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) né en 2017 est dans une logique d’expansion vers l’extrême ouest malien. La stratégie du groupe consiste à parler aux populations locales, mais aussi à installer des bases en dehors de la forêt de Wagadou pour la formation militaire des nouvelles recrues.

Il faut préciser que la prédication a été de mise dans la zone dès 2016, donc avant la naissance du GSIM sous la houlette d’Abou Mahmoud alias Mikdadi al Ansari. Ce dernier était le commandant du secteur de Nara (région de Koulikoro). Il est mort dans un raid aérien mené par Barkhane le 09 février dernier.

Au moment de mourir sous les tirs de l’armée française, il évoluait sous le drapeau de la branche sahélienne de la province de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest, l’ex EIGS. En effet, début février, un groupe dirigé par Mamadou Mobbo implanté à Nampala (cercle de Niono, région de Ségou), a quitté Amadou Kouffa pour l’ex EIGS. Cette défection a été à l’origine d’intenses combats entre les deux groupes.

L’ouest malien, dans le viseur de la Katiba Macina du GSIM.

Sortie victorieuse de cette bataille fratricide, la Katiba Macina du GSIM a décidé de dicter sa loi tout le long de l’ouest malien, jusqu’à la frontière avec le Sénégal. Son objectif dans un premier temps est d’annihiler toute implantation de l’idéologie de l’État islamique. Il nous revient de sources bien renseignées que cette mission a été confiée au jihadiste Abou Abderrahman qui est le chef militaire de la zone de Nampala. C’est sous sa direction qu’une base aurait été installée dès le mois de mai 2020 entre Diéma et Yélimané, dans la région de Kayes, à quelques centaines de kilomètres de l’est sénégalais.

Surfant sur le thème de l’esclavage très présent dans cette partie du Mali, ils parviennent à recruter parmi les populations exposées et en font des combattants prêts à mourir pour la cause du jihad. Le 04 août dernier, la brigade territoriale de Sandaré (cercle de Nioro du Sahel, région de Kayes) a été attaquée par quatre individus armés, six selon d’autres sources. Deux gendarmes ont été grièvement blessés au cours de cette attaque. Les assaillants ont détruit un pick-up et une moto appartenant à la gendarmerie avant de se fondre dans la nature. Le même groupe a participé le 03 septembre dernier à l’embuscade de Guiré qui a coûté la vie à 10 soldats maliens. Selon un administrateur civil local interrogé par la presse, des hommes à moto circulaient dans la zone et faisaient des prêches à Dilly, Moroudia et Guiré. 

Quelques jours plus tard, ils sont signalés à Kamiko et Koungo où nous dit-on, ils ont parlé aux villageois sans exercer une violence quelconque. Contacté par Dakaractu, un élu de Kayes s’inquiète : « la menace est réelle. Ils sont dans tous les cercles de la région excepté Kénieba sinon après l’attaque du poste de péage de Diéma suivi de Sandaré, ils ont tenus de prêches à Korera et Gavinane. Donc la situation est inquiétante parce qu’ils veulent cerner la région de Kayes ».

Toutes ces activités qui deviennent récurrentes depuis quelques mois militent en faveur d’une installation d’un noyau solide dans les régions de Kayes et de Koulikoro loin de l’épicentre de l’insurrection jihadiste avec en perspective une incursion au Sénégal. Surtout que cette section sera renforcée par la libération en octobre d’une dizaine des militants aguerris qui ont participé aux premières attaques imputées à la Katiba du Macina dans la région de Koulikoro. S’ils l’ont réussi dans d’autres pays frontaliers du Mali comme la Cote d’Ivoire et le Burkina Faso, pourquoi pas au Sénégal ? La Katiba Khalid Ibn Walid qui s’est installée dès 2015 dans le sud du Mali, vers la frontière avec la Côte d’Ivoire avait dans ses rangs des ivoiriens, des burkinabè selon une note de la DGSE malienne exploitée par Jeune Afrique.

Au-delà d’une réponse sécuritaire.

Dès lors, le défi pour le Sénégal doit être d’empêcher ses ressortissants dans la zone frontalière Est de rejoindre cette équipe naissante de la Katiba Macina dans l’ouest malien et de mûrir des projets d’attaques sur le sol sénégalais. Ça doit passer par la surveillance de la frontière par les forces de sécurité. Un exercice auquel s’attèlent les forces armées nationales qui ont pour mission de rendre inviolable l’ensemble de la zone militaire numéro 4 qui s’étend sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés et couvre près du tiers de la superficie nationale.

Le numéro 58 de la revue « Armée nation » reconnaît que « l’étendue de notre frontière peut faciliter la circulation  des armes et la commission d’actes terroristes dans la Zone ». 

« À cela s’ajoute le phénomène du retour vers le pays d’origine des anciens combattants (Combattants terroristes étrangers : FTF) chassés de la Libye et parmi lesquels des sénégalais », constate la revue militaire.

Pour répondre à ces menaces, il a été décidé de renforcer les unités déployées aux frontières. C’est ainsi que deux bataillons (32 et 34) ont été implantés à Ourossogui (région de Matam) et à Kédougou. 

En outre, un camp est en construction à Goudiry et devrait être livré dans les prochains mois. À cela s’ajoute le survol régulier des points de passage frontalier par l’armée de l’air, couplée à l’implantation en cours d’un radar de surveillance aérienne à Tambacounda. En plus, la 10e compagnie des fusiliers voltigeurs implantée à Bakel, mène souvent des activités dans sa zone de responsabilité à cheval entre les frontières que partagent le Sénégal avec le Mali et la Mauritanie. Ces activités telles que décrites dans la revue militaire vont d’ « actions de présence, aux patrouilles conjointes en passant par les nomadisations et des patrouilles fluviales ». Mais la prévention ne doit pas être que militaire.

L’accès aux services sociaux de base doit être un impératif. Or, des voix locales dénoncent l’absence d’infrastructures routières dignes de ce nom. Plusieurs axes routiers sont dans un état inacceptable ou les chantiers sont presque à l’arrêt pendant des années. C’est le cas de l’axe Ourossogui-Bakel et Tamba-Bakel (243 kilomètres). Ces retards accusés dans la réception de ces routes lèsent les populations locales dans leur mobilité et par ricochet leurs activités commerciales dans les « loumas » (marchés hebdomadaires).  Lire la suite sur

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