IBK et le RPM : C’est (presque) fini

Les chemins de Dieu sont toujours insondables. Qui aurait pu croire aussi sérieusement qu’IBK serait le nouveau président du Mali, juste après la fin du régime d’ATT ? Mais la tragédie du 22 mars 2012, cette mutinerie des sans-grades, en aura décidé autrement. Car ne nous voilons pas la face, de nombreux signaux indiquaient que le « Kankeletigui » n’était pas vraiment en situation de bénéficier du large suffrage de ses compatriotes, en raison de plusieurs pesanteurs qui se trouvaient sur ses larges épaules. Mais, qui mieux que lui, pouvait être le candidat de consensus autour duquel les deux anciens présidents Alpha Oumar Konaré et ATT pouvaient s’entendre ? mystère.

Pour faire court, les élections présidentielles de juillet et août 2013 vont consacrer le sacre historique du président IBK, au second tour. Quelle a été la part du RPM dans cette victoire ? Le président IBK doit-il ce triomphe à la vitalité intrinsèque de son parti ou au dynamisme de son projet de société ? La réponse est doublement non. Comment pouvons-nous expliquer que ce parti exsangü, après plusieurs années de galère à la tête de l’opposition malienne, ait pu devenir aussitôt la première force politique de notre pays ? Majoritaire à l’Assemblée nationale avec aujourd’hui ses cinquante-quatre (54) députés, des centaines de conseillers communaux à travers le pays, il n’y a pas dit-on, de hasard en politique et c’est  ce qui semble  expliquer avec plus de clarté pourquoi le RPM est devenu le premier parti à bénéficier de l’aide publique aux partis politiques.

Le RPM ne doit-il pas tout cela à IBK et au soutien de l’électorat populaire ? Le président IBK connait les qualités intrinsèques de chaque cadre politique du RPM, son degré d’engagement patriotique, sa loyauté envers sa personne. Mais, il est cependant clair qu’au cours de ce long compagnonnage avec ses infortunés cadres, certains aient pu surclasser les autres, dans leurs  relations de proximité directe avec le président et sa famille : Mamadou Diarrassouba, le « sultan » de Dioila et puissant Questeur à l’Assemblée nationale, Moussa Timbiné, 1er vice-président de l’Assemblée, Bou Touré, Chef de cabinet. La liste n’est pas exhaustive. 

Le choix par contrainte du Dr Boubou Cissé, technocrate chevronné mais apolitique, en lieu et place d’un cadre politique bon teint du RPM, sonne visiblement le glas des relations entre le président IBK et le RPM, dont le principal défi sera de renouveler la majorité au prochain parlement, la date des élections législatives se faisant toujours désirer. Cette nouvelle joute électorale sera une vraie gageure pour ce parti, car nous sommes à mille lieux des conditions particulières qui lui ont permis en 2013 de s’offrir sur un plateau d’argent, une majorité de députés, élus surtout grâce au soutien massif du peuple soucieux de donner à IBK les hommes qu’il faut au parlement pour lui permettre de mieux réussir son premier mandat.

La belle aventure de l’ASMA continuera avec ou sans le RPM

Soumeylou Boubeye Maiga est parti dans les conditions que l’on sait, mais les seize mois passés à la Primature ont sans doute permis à ce« stratège » rusé de prendre le pouls réel du pays et de mettre ainsi de côté, grâce aux juteux privilèges de sa fonction, un important « trésor de guerre » lui permettant dans les mois à venir, de hisser son parti, l’ASMA, parmi les plus forts et les plus  représentatifs sur l’échiquier politique national. En clair, cette belle aventure de l’ASMA ne va pas s’arrêter en si bon chemin, malgré les soubresauts liés au départ forcé de son président de la Primature. C’est pour toutes ces raisons que les  batailles pour les prochaines législatives et les régionales garderont une tonalité vraiment épique, condamnant ainsi chaque parti politique à se battre de toutes ses énergies, pour engranger à son profit, le maximum de conseillers régionaux et de députés à l’Assemblée nationale. On pourrait même assister à une multiplication des listes d’alliance, spécificité malienne oblige, dans des localités ou les populations locales se moquent fièrement des clivages politiques entre candidats et privilégient plutôt les liens de parenté ou les affinités culturelle et ethnique.

Les signes avant-coureurs d’une vraie rupture.

Si le président IBK a laissé passer l’orage, c’est-à-dire cette malheureuse tentative ratée de vote de la motion de censure contre « son » Premier ministre, ses proches le décrivent cependant comme un personnage généreux mais assez vindicatif, pour laisser cet affront impuni, à cause surtout du sentiment de doute et d’incompréhension qui s’est emparé aussitôt de l’opinion avec la présence parmi les signataires de Moussa Timbiné, Mamadou Diarrassouba, tous deux considérés comme membres influents de la galaxie présidentielle. Et IBK, totalement pris au dépourvu devant la rapidité du vent de l’infamie et de la trahison qui soufflait dans son propre camp, dit : « Cela est le miel de la trahison et je ne le boirai pas, ceux qui s’agitent essayent de faire un putsch législatif contre l’exécutif. Je suis un homme d’honneur, je connais la valeur de mon Premier ministre et je ne le lâcherai pas pour des intérêts sordides et personnels. ».

Très peu de maliens ont véritablement cru à la sincérité de cette colère présidentielle. Selon plusieurs observateurs, tous les signes avant-coureurs d’une vraie rupture entre les deux parties sont mis en évidence à travers plusieurs signaux. Dans ces conditions, on voit mal le président IBK, qui n’est plus (normalement) candidat à un nouveau mandat présidentiel, accepter de donner un nouveau coup de pouce supplémentaire, pour appuyer, soutenir les listes du RPM lors des scrutins législatifs et régionaux qui pointent à l’horizon. Les plus pessimistes n’écartent pas l’idée d’une « implosion » programmée du parti, à travers une série d’exemples peu flatteurs pour les tisserands.

Le leadership incontesté de Moussa Timbiné

En commune V du district de Bamako, plusieurs cadres et militants du parti s’opposent fermement à la présence du Dr Bocary Tréta, président national du parti, sur la liste des candidats aux législatives. De nombreuses manifestations populaires, des marches de protestation en direction de la mairie de la CV sont organisées pour faire échec à ce projet. Elles sont attribuées régulièrement, à tort ou à raison, à l’honorable Moussa Timbiné, 1er vice-président de l’Assemblée nationale, dont le leadership est incontestable auprès de la jeunesse RPM. De là à penser qu’il pourrait créer son propre parti, il n’y a qu’un pas que ses nombreux partisans n’hésitent pas à franchir.

A suivre !

Bacary Camara, Correspondance particulière

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