La traversée du pont du jugement dernier

Entre Sikasso à Hérémakono, on dénombrait deux postes. Sous la pression des syndicats des transporteurs, le poste de Bougoula à la sortie de Sikasso a été supprimé par le gouvernement du Mali. Aujourd’hui, il reste celui de Hérémakono, dernier village malien avant de fouler le sol burkinabé. Le poste de Bougoula supprimé était redouté à tel point que les usagers le comparaient à la traversée du pont du jugement dernier.

De Koloko à Bobo, sur une distance de 125 km, il y a six postes de contrôle ou de sécurité. A l’entrée et à la sortie de chaque ville, il y a trois ou quatre agents de la police ou de la gendarmerie pour contrôler les passagers qui se mettent en rang avec leurs pièces d’identité en main. Au moment où on contrôle les pièces, un autre agent fouille le véhicule. Le temps pour passer à un autre poste varie entre 6 et 15 minutes.

La multiplication de ces contrôles, selon Mme Minata Coulibaly, chargée de communication à la Direction générale de la Police du Burkina Faso, est liée à la situation sécuritaire dans le Sahel. Depuis 2015, souligne-t-elle, il y a eu des mesures tendant à renforcer la lutte contre le terrorisme. Ces éléments ont pour mission de faire des contrôles documentaires et des fouilles.

Que de tracasseries !

En effectuant le trajet Sikasso-Bobo à bord d’un car de transport en commun, on constate à loisir que les forces de sécurité obligent les usagers à mettre la main à la poche.

A Hérémakono, la police malienne s’occupe des passagers et récupère les pièces d’identité les unes après les autres à la descente du car. Déjà, dans le car, le convoyeur demande à ceux qui ne sont pas en règle et surtout les étrangers de lui remettre la somme de 2000 FCFA pour négocier avec la police.

Une fois la frontière franchie, c’est une autre réalité. Au premier poste de police sur le territoire burkinabé à Koloko, les policiers récupèrent les pièces d’identité des passagers et les invitent à prendre place sous un hangar.

A l’annonce de son nom, le passager se rend dans une salle où un ou deux agents tiennent les documents. « C’est 1000 FCFA », lance un agent. Si à Hérémakono, la police malienne soutire 2000 FCFA aux étrangers, celle du Faso prend 1000 FCFA avec les ressortissants d’autres pays et 500 FCFA à leurs propres ressortissants.

Les commerçantes de Sikasso qui se rendent au Faso pour prendre des marchandises paient en moyenne 4000 F CFA par personne aux forces de sécurité du pays des hommes intègres. « Ces pratiques ne font pas partie de notre code de déontologie et d’éthique. Je vous invite à m’appeler chaque fois que vous êtes en face des cas de ce genre », nous confie Mme Minata Coulibaly, chargée de communication de la Direction générale de la Police du Burkina Faso. Selon elle, la coordination nationale des forces de police et le service de contrôle de la Direction générale de la police effectuent des missions sur le terrain pour traquer les agents aux comportements déviants.

« Nous avons payé 2000 FCFA », confient deux jeunes de nationalité burkinabé qui se rendaient au Mali. Est-ce que la police vous a remis un reçu ? Non, répondent sèchement les deux jeunes hommes en secouant leurs têtes. « Ça n’a pas été facile aujourd’hui. J’ai payé 2000 FCFA. Si tu ne paies pas, tu ne bouges pas », nous confie une femme burkinabé résidant au Mali. « Je réside au Mali mais on nous fatigue à cause des papiers. Je ne supporte pas cela », ajoute celle qui fut retenue au poste de Hérémakono le 30 juin sous une pluie battante à cause de son refus de mettre la main à la poche. Comme quoi, la libre-circulation des personnes et des biens est loin d’être une réalité.

Chaka Doumbia

Note de la rédaction : cette enquête a été réalisée en collaboration avec Mali Justice Project.

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