L’autre clarification à Pau…

Le ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et de la Sécurité publique du Niger, Mohamed Bazoum, a présidé le 7 décembre 2019 à Goudoumaria, dans la région de Diffa, la cérémonie officielle de sortie de la première vague des ex-éléments de Boko-Haram.

Ils sont désormais 125 ex-combattants, dont 47 Nigérians, qui bouclent ainsi  leur  formation au Centre de réinsertion socio-économique au terme d’un long processus de «déradicalisation, de réhabilitation et de formation professionnelle».

Ces éléments ont signé un serment de réinsertion et ont juré sur le Coran de ne plus recourir à la violence. Ils ont reçu des kits pour exercer un métier ou une activité génératrice de revenus. Une deuxième vague achèvera sa formation en début d’année prochaine.

Une occasion pour le gouvernement nigérien d’accorder le pardon de la nation à ses fils qui avaient pris le chemin de l’égarement. Ce n’est pas la première fois que le Niger de Issoufou Mahamadou a su s’affranchir des pressions internationales pour trouver des réponses à l’interne à la lutte contre le terrorisme.

Ce sont ces genres d’initiatives qui manquent au président Ibrahim Boubacar Kéïta et à son gouvernement. Certes, le Mali n’est pas le Niger. Et la présence sur le sol malien d’importantes forces militaires réduit de façon considérable la marge de manœuvre du président Kéïta et son équipe. En dépit de ces raisons objectives, il est de la responsabilité du président de la République et de son gouvernement de travailler à construire un consensus national autour du dialogue avec les groupes armés qui continuent d’endeuiller nos familles au nom d’une idéologie d’une autre époque.

De la mission de bons offices confiée à l’Imam Mahmoud Dicko par Abdoulaye Idrissa Maïga à l’époque Premier ministre, à la nomination de Pr Dioncounda Traoré comme Haut représentant du Chef de l’Etat pour le Centre, il y a dans la démarche présidentielle une certaine hésitation à assumer ouvertement ses choix politiques. Une hésitation assimilable à une fuite en avant. Dans son dernier entretien à l’hebdomadaire ‘’Jeune Afrique’’, le Président Keïta s’est montré favorable à un dialogue avec Hamadou Kouffa sans Iyad si les délégués du Dialogue national inclusif décidaient souverainement d’aller dans ce sens. Sauf que, depuis 2017, la Conférence d’entente nationale avait recommandé au gouvernement d’ouvrir le dialogue avec tous les fils du Mali, y compris Kouffa et Iyad.   

On comprend mieux les hésitations au sommet de l’Etat. Elles continueront tant que les services sensibles de l’Etat continueront de se livrer une guerre impitoyable. L’avocat et homme politique, Me Hassane Barry, séquestré puis libéré sous la pression par la Direction générale de la Sécurité d’Etat (DGSE) a fait des révélations qui font froid dans le dos. Ayant récemment rencontré Hamadoun Kouffa, bras droit d’Iyad Ag Agaly et leader du Front pour la libération du Macina, filiale du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, Me Barry a fait cas de la guerre fratricide entre les renseignements militaires et la Sécurité d’Etat. Ce qui serait à l’origine du blocage des discussions officieuses avec Hamadou Kouffa, lesquelles ont abouti, en août dernier, à la libération de militaires maliens pris en otage.    

A Pau, le Président Ibrahim Boubacar Kéïta, qui a reçu ce 10 décembre  son invitation officielle des mains de l’envoyé spécial de la France pour le Sahel, Christophe Bigot, doit avoir le courage de défendre les positions d’une frange importante de son opinion favorable à un dialogue direct avec les groupes armés non signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Lesquels groupes exercent le monopole de la violence contre les Forces armées de défense et de sécurité du Mali et leurs partenaires de la MINUSMA et de Barkhane.  

Chiaka Doumbia

Source: Le Challenger

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