Le Discours sans bilan de Assimi Goïta : Entre refus d’auto-évaluation et volonté de demeurer

On croyait les putschistes du 18 août gênés aux entournures et assez pudiques pour se passer de la gloriole d’avoir renversé un pouvoir régulier au moyen d’une violation de la légalité constitutionnelle. Mais en dépit des résultats très mitigés de l’après – IBK, les tombeurs de ce dernier ne paraissent guère en rougir outre mesure, à en juger du moins par la commémoration certes modeste mais très symbolique de l’événement auquel une adresse solennelle du deuxième président de la Transition a été consacrée. Mais sa sortie publique met plutôt en exergue l’échec de la Transition et trahit apparemment une volonté à peine voilée d’y sortir.

Ce n’est probablement pas par simple hasard que l’anniversaire du «parachèvement» coïncide avec les instants les plus intenses et le busque réveil de la latente polémique sur le délai de la transition. Sur fond notamment de questionnements existentiels, la question était au cœur des préoccupations lors d’un certain séminaire parlementaire essentiellement animé par les ténors et tenant du régime exceptionnel. Pour l’écrasante majorité d’entre eux, il est hors de question de transmettre le pouvoir à un pouvoir régulièrement installé dans les délais dans l’échéance sur laquelle les autorités de fait se sont engagés se sont engagées devant instances sous-régionalismes. En appui à leur position, ils une kyrielle d’arguments sont brandis parmi lesquels le risque et l’inopportunité d’installer un nouveau pouvoir avec les mêmes germes de la contestation que sont les piètres conditions d’organisation d’élections sincères et crédibles. Celles-ci, à leurs yeux, passent forcément par une refondation du mécanisme institutionnel et administratif sur fond de toilettage des textes et de restructuration. La gageure étant difficile à gagner au bout de l’échéance initialement accordée aux autorités actuelles et consignées dans la Charte de Transition, il n’est pas question de s’y prendre autrement que par une prolongation de la Transition dont le ton avait été déjà donné par les voix les plus retentissantes du nouveau gouvernement. Après le Plan d’Action Gouvernemental qui en dit long tant par sa taille XXL que par le volume des tâches assignées et des ressources pour ce faire, le ministre des Affaires étrangères est monté à son tour au créneau pour plaider plus ou ouvertement pour une cause que certains pseudo-représentants du peuple défendent avec beaucoup moins de pudeur et plus d’agressivité. Il ne manquait donc plus que l’arbitrage du chef de l’Etat et président de la Transition pour allumer les ultimes signaux de la tendance acquise à une prolongation de la Transition. Tombeur d’IBK puis de son propre protégé, Bah N’Daou, Assimi Goïta s’est implicitement acquitté de cette tâche, vendredi dernier, à la faveur de son adresse consacrée à l’anniversaire du coup de force ayant écourté le mandat d’IBK. Pour une adresse à un peuple dont le destin a basculé, les observateurs sont manifestement restés sur leur faim quant à l’opportunité d’un renversement motivé par un nouvel espoir de changement et annoncé comme porteur de rupture. Et pour cause, en 12 mois sur les 18 prévus pour la durée de la Transition, les attentes et promesses d’inverser la tendance des réalités ayant fragilisé le régime défunt : l’insécurité et la lutte contre le terrorisme, la reconquête de l’intégrité territoriale, la mise en œuvre de l’accord, le redéploiement de l’administration, la gestion du front social. Toutes choses que le nouveau président de la Transition a habilement esquivées dans une adresse vraisemblance conçue pour être laconiques au dépens du devoir de restitution d’un parcours jalonné de malaises dont l’interruption de l’attelage initial de la Transition. Le colonel Assimi Goïta a été en revanche plus lisible – pour peu qu’on sache déchiffrer son propos quant à ses intentions de ne pas restituer le pouvoir à la date annoncée. C’est du moins, ce qu’il ressort d’un propos qui ne pipe mot sur la question mais qui s’articule autour d’un appel du peuple à des défis impossibles à réaliser durant l’échéance restante de la Transition : un appel à l’unité nationale et au sursaut patriotique au nom de la refondation, laquelle s’entend par l’accomplissement des missions dantesques assignées au gouvernement et dont on ne peut être fixé ni sur le calendrier ni sur les agendas cachés. En définitive, la substance de l’adresse commémorative de l’avènement du régime actuel est à rechercher dans l’aveu d’incertitude sur sa durée.

A Keita

le challenger

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