Lieutenant Daouda Konaté: «Nous travaillons dans des conditions très pénibles, nous sommes dans la même logique que les magistrats »

Depuis le lundi 27 août 2018, les magistrats sont en grève illimitée sur toute l’étendue du territoire nationale pour la sécurité physique et économique. Cette grève des magistrats ne va pas sans conséquence sur le droit des citoyens. Dans leur tâche respective, les magistrats et les surveillants de prison ont souvent des rapports étroits. C’est ainsi que nous avons décidé de faire réagir le Lieutenant Daouda Konaté, secrétaire général de la section syndicale des surveillants de prison unifié à l’issue de l’assemblée unitaire qui s’est tenue le 4 août 2018 à la direction nationale de l’administration pénitentiaire et de l’éducation surveillée. Dans une interview qu’il a bien voulu nous accordée hier mercredi 26 septembre 2018, le nouveau secrétaire général de la section syndicale des surveillants de prison, Daouda Konaté a mis l’accent sur la grève des magistrats, la pléthore dans les prisons, les conditions de vie et de travail des surveillants de prison et bien d’autres. «Nous travaillons dans des conditions très pénibles… nous sommes dans la même logique que les magistrats », a précisé le lieutenant Daouda Konaté. Lisez notre interview !

 

Dans le cadre votre mission, vous avez souvent des rapports avec les magistrats, que pensez-vous de cette grève illimitée des magistrats ?

Effectivement, les surveillants de prison et les magistrats relèvent tous du département de la justice. C’est comme une chaine. Le magistrat décerne mandat aux inculpés qui sont orientés directement dans les différentes prisons d’arrêts. C’est là bas, qu’ils sont écroués. Nous avons une étroite collaboration et un lien direct avec les magistrats. Je ne pensais pas que la grève des magistrats allait arriver jusqu’à ce niveau dans un Etat de droit où l’Etat doit mettre l’accent sur les droits de l’Homme à fortiori ceux qui sont incarcérés.

J’ai échangé avec quelques magistrats, ce sont des revendications qui ne datent pas d’aujourd’hui, il y avait même eu un protocole d’accord entre l’Etat et la partie syndicale. Aucun point de ces revendications n’a fait l’objet de satisfaction. Ce qui a fait qu’ils ont encore envoyé des correspondances de rappel à plusieurs niveaux et là encore, aucune réaction positive. C’est ce qui les a poussé a entamé la grève jusqu’à aller en illimitée. Aujourd’hui, nous surveillants de prison sommes confrontés à certains nombres de problèmes car les audiences ne se tiennent plus. Si les audiences ne se tiennent plus, cela veut dire qu’il n’ ya pas de libération à travers l’ordre de mise en liberté venant des différents tribunaux. Il faut faire un tour pour voir l’effectif de la prison.

Avec la grève des magistrats et la pléthore dans les prisons, est-on à l’abri d’une révolte des prisonniers ?

Nous sommes entrain de gérer les prisons avec professionnalisme. Le Mali étant un pays où le social prime, il ya certains au dehors qui se retrouvent demain en prison, il ya déjà un lien entre nous. Nous sommes entrain de les sensibiliser que la grève va terminer un jour et ils seront mis dans leurs droits. C’est la frustration totale. Dire que dans 15 jours que ça ne va pas amener de révolte, on n’est pas à l’abri de ça.

Avez-vous suffisamment de moyens pour faire face à vos missions régaliennes ?

Les surveillants de prison sont misent à la marge, nous dirons que nous sommes oubliés. Nous relevons du ministère de la justice. Alors que le ministère de la justice n’est constitué que pour des questions judiciaires et juridiques. Souvent, on se pose la question si le ministère de la justice n’oublie pas qu’il a un corps de forces de sécurité en son sein qu’il doit s’investir pour le bon fonctionnement de ce corps. Nous n’avons pas de moyens. Nous sommes en train de travailler souvent dans des conditions très pénibles. Pas de condition de vie, pas de condition de travail.

Justement à cause de ces conditions de vie et de travail que vous déplorez, vous avez eu à faire des grèves, où en sommes nous actuellement avec la gestion de vos revendications ?

Nous n’avons pas été satisfaits. De 1997 jusqu’en 2016, nous avons bataillé pour avoir un statut qui nous amène au même titre que les autres corps de forces de sécurité. Après l’adoption de ce statut, son application devient problématique. C’est ce qui a fait que nous avons envoyé des correspondances au niveau du ministère de la justice par rapport à l’application de cette loi. Ça n’a pas été facile d’avoir cette loi, ça été un combat de longue haleine. Mais dieu merci, la loi a vu le jour. Son application devient problématique parce que nous avons entamé des démarches au niveau du département de la justice notamment à certaines dispositions relatives aux primes et aux indemnités. On a voulu gérer ça à l’amiable dans le cadre du dialogue social mais on n’a pas eu gain de cause, c’est ce qui nous amènes à entreprendre des séquences de grèves. A travers nos différents préavis, il y a eu la mise en place des différentes commissions, nous sommes partis en négociation. Mais nous ne nous sommes pas compris avec la partie gouvernementale. C’est la loi, elle est claire. Quant la loi est adoptée dans un Etat de droit, on n’a pas besoin de revendiquer son application, mais aujourd’hui, nous sommes entrain de dire au pouvoir exécutif de faire ce qu’il doit faire sans pour autant qu’on le dit. La loi est considérée comme la voix du peuple qui est une primauté.

Qu’allez-vous faire maintenant ?

Nous sommes dans la même logique que les magistrats. Après le renouvellement de notre bureau, nous nous sommes entretenus avec le nouveau ministre en la personne de Tièna Coulibaly. Nous avons dit que nous allons œuvrer dans le cadre du dialogue social si toutefois nous allons avoir de satisfactions à nos différentes revendications et dans le cas contraire, nous allons entreprendre des actions pour nous faire entendre.

Vous avez un message à lancer ?

J’invite les autorités de ce pays à respecter l’esprit des textes, à respecter les différentes lois votées et à avoir le souci constant du peuple. Que l’Etat fasse de son mieux. La mauvaise volonté pousse les syndicats à entreprendre des actions qui vont dégénérées certaines situations.

Propos recueillis par Aguibou Sogodogo

Le republicain

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