Lutte contre la corruption : Adama Sangaré sacrifié pour sauver un régime ?

Écroué pour détournement présumé, faux et usage de faux, entre autres griefs, le maire du District Adama Sangaré a été conduit à la Maison centrale d’arrêt de Bamako-Coura, la semaine derrière, sur ordre d’un juge d’instruction du Pôle économique et financier. En effet, après son audition, un mandat de dépôt a été décerné contre M. Sangaré, en attendant l’ouverture d’une information judiciaire pouvant ou non aboutir à un détournement de deniers publics. Ayant pris habitude de communiquer le fond du dossier de ces célèbres « trophées », le procureur anti-corruption a, dans un communiqué largement diffusé sur les réseaux sociaux, révélé les chefs d’accusations retenus contre Adama Sangaré. Une violation gravissime des droits de l’accusé aux yeux des avocats du maire qui craignent déjà un procès  inéquitable.

En effet, explique le procureur anti-corruption, sur dénonciation du Vérificateur général, la Brigade économique et financière du Pôle économique et financier a ouvert une enquête en mars 2019 sur les opérations de dépenses effectuées par la société Energie du Mali-SA de 2012, 2013, 2014 et le 1er trimestre 2015. L’exploitation du procès-verbal de cette enquête a permis de conforter les soupçons de malversations financières relevées par le Bureau du vérificateur général, ajoute-t-il. Au nombre des équivoques levées par M. Kassogué figure la jouissance de l’accusé de la plénitude de son droit à la présomption d’innocence des faits qui lui sont reprochés. Il s’agit, entre autres, de  l’établissement d’une fausse attestation d’exécution complète des travaux, dont le taux n’était alors que de 68% ; le paiement intégral du montant global du marché sur la base de faux documents et en violation des procédures d’exécution des dépenses publiques; l’attribution, sur la base d’ententes directes, de marchés dont les montants dépassaient largement le seuil de passation; le paiement irrégulier des montants dus au titre des déclarations d’enlèvements directs (D24) sans s’assurer de leur apurement ; le recours aux achats spots dans des conditions manifestement irrégulières; le détournement à d’autres fins, par certains fournisseurs, d’importantes quantités d’hydrocarbures exonérées de droits et taxes et exclusivement destinées à EDM-SA.  Le tout  faisant état d’un préjudice provisoire de l’ordre de 900 millions de francs CFA, a précisé le procureur dans son communiqué. Et d’ajouter, par ailleurs, que ces faits sont susceptibles d’être qualifiés d’infractions de faux, usage de faux, délit de favoritisme, abus de confiance et de complicité.

En réplique, les avocats du maire Sangaré, notamment Moriba Diallo, Ousmane Aldiouma Touré, Harouna Keïta, Mohamed Diop et HERA Conseils, ont pris à témoin l’opinion publique nationale et internationale, en dénonçant « la violation des droits de la défense et d’un procès équitable », principes sacro-saints de la présomption d’innocence. L’objectif du communiqué du procureur, aux dires des avocats du maire, est de procéder à une désinformation afin de stigmatiser leur client.

Adama Sangaré, l’agneau sacrificiel ?

En effet, dans son dernier rapport, le Bureau du vérificateur général  a fait la révélation de plus d’une centaine de milliards de pertes pour le Trésor public courant la dernière décennie.  Indignés et étonnés de l’inaction des autorités devant une dilapidation d’aussi grave, les PTF, profitant d’une revue budgétaire avec la partie malienne, ont souhaité que les responsabilités soient enfin situées et que des têtes tombent au besoin. Les Partenaires techniques et financiers avaient réclamé, outre l’exemplarité des sanctions, que celles-ci fassent l’objet de large diffusion en vue de décourager le sentiment d’impunité. Faute de quoi, ils menaçaient de reconsidérer leur apport à l’Etat malien. Une menace dont ils semblent d’ailleurs avoir mis à exécution. Et pour cause, selon des indiscrétions, depuis un certain temps, les autorités maliennes n’ont rien récolté de leur périple au niveau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Et la plupart des collaborateurs bilatéraux du Mali ont déserté, non pas en raison de l’insécurité, mais plutôt du fait que la corruption et de la délinquance financière ont atteint leur paroxysme. En cette période de vache maigre, il fallait sacrifier des barons pour sauver la nation. Le chef d’accusation est passé par-là. En tout état de cause, le cumul de la somme réclamée aux présumés délinquants financiers reste insignifiant par rapport à la révélation faite par le BGV.

Bill Carson

la preuve

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