Malade d’impunité et d’incivisme

La société malienne est en crise. Une crise très profonde dont l’une des causes réside dans la cellule de base de la société : la famille. L’inversion des rôles au sein et l’effritement de l’autorité parentale ont des effets pervers sur l’encadrement des enfants. L’éducation n’existe plus que de nom. Un vide que l’école ne peut nullement combler.

Aujourd’hui, les cadets ne respectent plus les aînés. Lorsque les jeunes ouvrent la bouche, il n’en sort que des grossièretés. Surtout ceux qui se  disent diplômés sans être réellement instruits ! On insulte à tout bout de champ et personne n’est épargnée : autorités, notabilités traditionnelles, dignitaires religieux. Chacun peut s’attendre à être traîné dans la boue, vilipendé, grossièrement insulté au nom d’une liberté d’expression mal assimilée.

On peut bien dénoncer les tares de la gouvernance sans recourir aux propos injurieux. On peut exprimer son désaccord avec quelqu’un sans lui manquer de respect. Si nous noua avions le courage de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, nous apprécierons l’ampleur de l’impact de l’impunité et de l’incivisme dans notre société.  

L’impunité désigne l’absence de sanction, de punition, de châtiment. C’est le fait pour quelqu’un de ne pas risquer d’être mis en cause pour les fautes qu’il a commises, d’échapper à toute enquête qui pourrait le mettre en accusation, conduire à son arrestation ou à le juger s’il est reconnu coupable. Exemples : garantir l’impunité à quelqu’un, en toute impunité (impunément).
L’impunité est aussi l’état dans lequel se trouve celui qui n’est pas exposé à des conséquences fâcheuses en raison des actes qu’il a commis.

Quant à l’incivisme, il est la conduite d’un citoyen qui n’accomplit pas les actes exigés par le dévouement à la chose publique 

 L’exemple doit venir du sommet de l’Etat. Le chef de l’Etat doit-il nommer ministre une personne inculpée par la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel en attente de passer devant la Cour d’Assises ? Non, il ne doit se garder de le faire, en dépit du principe de la présomption d’innocence. En le faisant, quel type de message le premier magistrat du pays, garant de l’indépendance de la justice, donne-t-il dès lors ?

Une république qui se veut exemplaire ne peut s’accommoder de telles pratiques au risque de discréditer à jamais ceux qui sont investis de l’exercice de la puissance publique. « Nul n’est au-dessus de la loi », dit-on. Au Mali, il y a des gens qui sont au-dessus de la loi, des intouchables.

Au cours de la cérémonie de lancement de son livre «Justice en Afrique. Ce grand corps malade. Cas du Mali», le 26 janvier 2019, au Parc national de Bamako, Me Mamadou Ismaïla Konaté, ancien Garde des sceaux, a reconnu que le Mali souffre de plusieurs maux, dont l’absence de la justice. Le recours à la justice populaire prouve à suffisance que de nombreux justiciables ne sont pas satisfaits de la façon dont les litiges sont tranchés dans nos cours et tribunaux. Globalement, la justice est devenue dans ce pays un instrument de promotion de l’injustice. Selon Me Konaté, « le vrai repère de l’Etat de droit, c’est la justice ». Selon l’avocat, tout le monde craint le juge. « Soyez juges, mesdames et messieurs… », a-t-il lancé avant de les demander de se réveiller.

Les juges ainsi que tous les détenteurs d’une parcelle d’autorité doivent être exemplaires pour la bonne marche de la République au service des citoyens, lesquels devront attacher le même prix au respect de leurs droits qu’à l’accomplissement de leurs devoirs.

Chaka Dmoubia

Le challenger

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