MALI : Trois féministes s’engagent pour faire entendre les voix de la gent féminine

Culturellement, le Mali est une société où la phallocratie prédomine. Cette situation a entrainé le piétinement des droits des femmes. « Autres temps, autres mœurs », dit-on. Et même si de nos jours, les lignes bougent grâce aux combats menés par  des pionnières  pour l’égalité des droits des femmes le combat se poursuit. Au Mali, pour l’heure au Mali, trois combattantes  émergent comme des figures de proue pour le féminisme. Elles s’assument et sont pleinement  engagées pour la lutte. Il s’agit de  OumouSalif Touré ;  Awa dite Mah Camara et Djingarey Maiga.

En dépit des traditions  maliennes octroyant plus de privilège à  l’homme qu’à la femme, le rêve pour l’équité et légalité  est permis. Car, de plus en plus,  des combattantes pour les droits des femmes communément appelées  « féministes » prennent les choses  en main au Mali  pour se faire entendre. A l’initiative de l’ONG Equilibres & Populations, trois activistes maliennes ont pris par à l’atelier régional « amplifier la voix des mouvements des jeunes féministes d’Afrique de l’Ouest » à Ouagadougou au Burkina Faso.

Leur parcours diffère mais partageant un combat, une vision commune : la lutte pour les droits des femmes. Il s’agit de : OumouSalif Touré, membre de l’Association des jeunes pour la citoyenneté active et la démocratie au Mali (AJCAD-Mali),Djingarey Maiga, Coordinatrice de  l’Association  femmes et droits humains , Awa dite Mah Camara, membre du Conseil consultatif des jeunes. Parlant de leur parcours pour le combat, OumouSalif Touré, âgée de 21 ans, affirme avoir commencé  son mouvement  comme volontaire  en qualité de pair éducateur  avant de s’engager plus tard pour l’ONG international Marie  Stopes, comme chargée des questions de la santé de la reproduction. « A Marie stope-Mali, j’ai travaillé sur deux projets en lien avec les mutilations génitales féminines. Je milite dans d’autres organisations. Je me bat pour les droit sexuels et reproductifs des femmes, des filles et des adolescent en général », a-t-elle précisé.

Pour Mme Djingarey,  son combat pour le droit des femmes a pris naissance dans la cellule familiale qui, dit-elle, est composée des personnes de culture différente. « Je me suis engagée  dans ce combat de par  ma  famille et mon environnement. Ma famille est multiculturelle. Mon père est  sonrhaï et ma maman est malinké. En outre, l’environnement dans le quel j’ai grandi il où il y a trop d’interprétations des textes religieux sur les droits de femmes. Dès lors, j’ai acquis la conviction que le changement est possible en faveur des droits des femmes »,  affirme-t-elle, évoquant par ailleurs  ses expériences dans certaines contrées du Mali où elle a servi dans le temps en qualité d’enseignante. Dans certaine contrée, dit-elle, l’écart entre les vies des femmes diffèrent les unes des autres.

Le sens d’un  combat

Evoquant sa motivation pour le combat féministe, OumouSalif Touré  pense que le féminisme n’est pas une tendance naturelle. « On ne naît pas féministe mais c’est la société qui nous pousse à l’être. Nous vivons dans une société patriarcale où être femme est source de beaucoup d’interdictions. Il y a beaucoup d’interdit qui entrent en jeu. Tu travaille et tu n’a souvent pas le même salaire qu’un homme. C’est toutes ces inégalités qui m’ont poussé à me battre pour mes droits. Si ce combat me vaut d’être indexé de féministe, je l’assume. Je me dis que c’est un combat noble. Je pense que tout le monde doit être féministe. Parce que tout commence par la femme et tout finit par la femme. Etre féministe ne veut pas dire qu’on ne veut pas fonder une famille, être féministe ne veut pas dire  détester les hommes,  être féministe c’est se battre pour la cause de la femme et pour l’humanité», a-t-elle soutenu,

De son côté, DjinguareyMaïga, précise que le sens de son combat n’est pas que la femme ait un statut supérieur à l’homme mais plutôt qu’il y ait  plus de justice sociale au Mali. « Mon combat ne vise pas à enlever des  droits aux hommes pour les donner aux femmes. Il consiste à faire en sorte que les femmes et les hommes aient les mêmes niveaux de privilèges. Ce qu’on cherche ce qu’il y ait une justice sociale », a-t-elle déclaré, soulignant par ailleurs les difficultés liées à ce combat au Mali  qui, selon elle, résident dans les interprétations des coutumes et traditions ainsi que  des textes religieux. « Mon secret, c’est que je suis fière d’être femme. Ce qui me pousse à lutter pour moi-même, ensuite pour mes filles  et pour mes grands parents. Par ce que c’est la continuité de leur combat »,

Malgré quelques combats livrés pour le droit des adolescents, Oumou ne pense pas avoir réussi à relever le challenge. « Je n’ai pas réussi. Je dirais que j’ai réussi le jour où les droits de la femme malienne seront respectés. Je dirais aussi une réussite le jour où les droits humains seront une réalité au Mali. Pour l’instant, je suis en train de mener un combat  et beaucoup de femmes font comme moi. Je n’ai pas de secret. Mais  s’il y a un secret, c’est la volonté de mener le combat », a-t-elle martelé.

DjingareyMaïga estime que le sens de son combat c’est d’amener un changement de mentalité  pour plus de justice sociale. A l’en croire,  les difficultés liées à ce combat au Mali résident dans les interprétations des coutumes et traditions ainsi que  des textes religieux. « Mon secret, c’est que je suis fière d’être femme. Ce qui me pousse à lutter pour moi-même, ensuite pour mes filles  et pour mes grands parents. Par ce que c’est la continuité de leur combat.

Abondant dans le même sens, Awa dite Mah Camara, dit se battre contre les inégalités dont les femmes sont victimes dans la société malienne. « Les inégalités de genre restent profondément  ancrées dans nos sociétés. Les droits des femmes sont bafoués. C’est conscient de tout cela que  je suis au sein des  mouvements des jeunes. Mon cheval de bataille c’est le mariage des enfants qui les empêchent d’étudier », a-t-elle 

Féminisme, un combat mal perçu 

Pour la jeune activiste, le féminisme est mal perçu au Mali et est sujet à des interprétations. « Tu es souvent indexé comme une acculturée .On te pose trop de questions comme: est-ce que tu comptes te marier ?  Tu es sous l’influence de l’Occident. On réduit ton combat à ces stéréotypes  qui me met souvent mal à l’aise et pousse beaucoup de personnes à baisser les bras. », Déplore-t-elle Awa Mah Camara.

Djinguirey  soutient, elle aussi, que le féminisme est un concept mal compris au Mali. « Le féministe n’est pas vu d’un très bon œil dans la société. Par ce qu’il est défini  et compris par la prédominance de la femme sur l’homme. Ce n’est pas compris. Et pourtant,  la société malienne a connu des féministes. Ce ne sont que femmes qui luttent pour les droits des femmes. Le combat est mal vu dans une société où l’on pense que  la femme doit rester dans une  position de discrimination, d’oppression, de moins de privilège. » 

La détermination affirmée pour relever le challenge

Malgré que la mauvaise perception du combat féministe, ces trois dames sont plus que jamais déterminées à se faire entendre pour faire changer les mentalités au Mali. L’atelier sous régional organisé par Equipop à Ouaga les a  beaucoup requinqué dans leur conviction et  « Cette lutte pour moi est d’abord personnelle avant d’être générale. Et si  chaque femme se mettait dans cette position, la réussite sera générale. Le droit ne se donne pas souvent, ça s’arrache »,   fait remarquer OumouSalif Touré, invitant  par ailleurs les femmes à croire en la noblesse du combat et se battre pour leurs droits. « Quand on réduit ton combat à des stéréotypes comme le mariage. Répondez-leur que tu trouveras quelqu’un  qui sera assez intelligent pour voir  la magnifique personne que tu es. Peu importe les obstacles qui se dresseront sur votre chemin, il faut se battre pour ses rêves et ses droits », a-t-elle conseillé.

 « On a été édifié sur beaucoup de concept. On a fait des partages d’expérience et nous avons pu aller au-delà des préjugés, des stéréotypes. Cela nous a permis d’assumer notre rôle. Tant que tu n’assume pas ce qui tu es, tu resteras toujours  face à ce blocage », a-t-elle ajouté,

Après cet atelier, je continue mon combat comme d’habitude. On a fait des prototypes de projets que nous comptons mettre en œuvre notamment pour le G5 Sahel afin de faire entendre nos voix par les chefs d’Etat et d’autres activités ».

Pour Mme DjingareyMaïga, le changement est possible au Mali. « C’est des constructions sociales et elles peuvent être changées. Les déplacements des populations entrainent souvent le changement de vision sur certaines pratiques sociales. Tel est le cas de l’excision. Les populations du sud qui vont au Nord, abandonnent la pratique », a-t-elle révélé, tout en se réjouissant que la relève est assurée pour mener le combat. « A Ouaga, j’ai rencontré des jeunes déterminés et engagés pour les droits des femmes. Ce qui veut dire qu’il y aura une durabilité derrières nos actions lorsque  nous ne seront plus là », a ajouté Mme Djingarey.

 Awa dite Mah Camara se dit plus sûr d’elle-même pour relever à présent les défis futurs.

« Après cet atelier, je suis armée, armée  avec une très grande épée pour mener à bien le combat. J’ai plus froid aux yeux d’affronter qui que ce soit. Je me sens fière d’être féministe et j’en serais  une très grande de renommée internationale  car servir les filles  reste l’œuvre la plus noble qui puisse exister », affirme Awa dite Mah Camara.

RamataTembely

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