Notre Mali, comme il va… Dr Boubou Cissé ou la stratégie d’occupation de la scène politique

L’ancien et dernier Premier ministre d’Ibrahim Boubacar Keïta, Dr Boubou Cissé ne quitte plus le devant de la scène publique nationale, depuis la cessation des poursuites contre lui, suite à sa mystérieuse évaporation dans la nature, dans la foulée de la destitution de son mentor.

Les vagues de son retour à l’air libre, après le baroud judiciaire de ses avocats, à peines aplanies, il relançait l’intérêt de l’opinion nationale en adhérant à l’Union pour la République et la Démocratie, le parti du défunt Chef de file de l’opposition à IBK.

Son affiliation à l’URD alors que ce parti se débattait dans de profonds tourments émotionnels consécutifs à la perte de son illustrissime président fondateur, Soumaïla Cissé, et la polémique soulevée par sa collaboration étroite avec le régime défunt, auquel le parti de la poignée de mains avait livré une farouche opposition, replaçaient Boubou Cissé quasiment au centre de l’attention nationale.

Sa réapparition opportune ou opportuniste, selon les uns et les autres, dans le jeu politique, eut assurément l’effet escompté : faire apparaitre l’ancien haut cadre de la Banque Mondiale comme un candidat probable de l’URD à la prochaine présidentielle, possédant de surcroit d’indéniables atouts pour accéder à la magistrature suprême du pays.

D’autant que, si cette éventualité se réalisait, cela changerait en bien le pays des présidents besogneux, peu à l’aise avec les dossiers pointus de l’Etat, qui se sont succédé, depuis 1968, à la tête du Mali.

Ses potentielles chances d’incarner un jour la première institution du pays ne semblent toutefois pas suffisantes pour contrebalancer les préventions tenaces des Maliens à son égard, suscitées d’abord par ses relations à la fois administratives et affectives avec l’ex-président de la République, honni par ses concitoyens en raison d’une détestable gouvernance, ayant plongé notre pays dans un déficit abyssal multiforme. Auquel l’ancien Premier ministre a forcément contribué.

Boubou Cissé aura aussi beaucoup de mal à gommer de l’esprit de ses concitoyens l’image d’un homme d’Etat ayant fortement impulsé la promotion de ses proches. Tout comme son protecteur, qui a poussé le népotisme jusqu’à confier les rênes d’institutions sensibles aux membres du cercle familial. Son fils prodigue fait actuellement les frais de cette dérive et pourrait, dans les jours à venir, essuyer les affres d’un retour de boomerang cuisant.

Les Maliens, qui ont la rancune tenace du pauvre, pourraient bien inciter Boubou Cissé, à l’occasion,  à s’expliquer sur certaines accusations de favoritisme qui ont fait le buzz des réseaux sociaux. 

En se précipitant chez le Chérif de Nioro, pour obtenir les bénédictions de ce dernier, Dr Boubou Cissé n’a sans doute pas fait le meilleur choix pour se grandir aux yeux de l’opinion nationale.

Il réveille plutôt les vieux démons de l’intrusion du religieux dans le domaine politique, favorisée (une fois de plus) par Ibrahim Boubacar Keïta qui, incapable de trouver des solutions adéquates aux immenses problèmes du Mali, exacerbés par son amateurisme, avait jeté son dévolu sur les imams, dont la science infuse n’a malheureusement suffi pour atténuer les maux des Maliens, ni à le sauver lui-même d’une noyade longtemps profilée.

Boubou Cissé devra ainsi porter une partie de cet encombrant héritage. Auquel il vient d’ajouter une pièce, avec le voyage de Nioro, qui pourrait s’avérer incommodante.

Et l’érudit de Nioro du Sahel, en dépit de son immense sagesse et de son incommensurable savoir, ignore certaines subtilités politiques.

Ce qui lui a fait commettre l’erreur d’assimiler Boubou Cissé à « son fils ». Cette marque d’affection, déjà manifestée par IBK (et n’ayant pas porté bonheur à l’intéressé) pourrait, cette fois, conférer des relents d’une forme d’ethnocentrisme aux propos du Chérif Bouyé Haïdara, qui n’avait accordé ce privilège qu’à Soumaïla CISSE, Aliou Boubacar DIALLO et Boubou CISSE.

Des analystes attentifs pourraient aisément trouver dans les patronymes de ses trois protégés les explications aux préférences du saint homme.

Ce qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour un candidat à la présidence qui a l’impérieux devoir de rassembler les Maliens et de leur redonner le goût du Vivre Ensemble. 

En politique, les premiers de la classe n’ont pas forcément la préférence des populations. Ils doivent s’astreindre à l’exercice subtil de flairer (et de capter) les profondes préoccupations des populations.

Les incantations d’aucun marabout ne vous confèrent cette qualité.

Boubou Cissé aura-t-il l’humilité de faire cette incursion au sein des populations ?

Sinon, des alternatives très crédibles existent pour le Mali. Elles se feront valoir au moment opportun.

Mamadou Kouyaté       

 koumate3@gmail.com

Source l’Independant

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