Que peut et doit faire le comité national pour le salut du peuple(CNSP)? Les Pièges à éviter

Le Mali est-il devenu un pays ingouvernable ? Mon pays est-il devenu un théâtre d’instabilité institutionnelle chronique et permanente ?

La démocratie sera t-elle un vain mot ou un concept creux pour l’imaginaire collectif ?

Avions nous besoin d’un microscope pour observer et prédire le déclin du régime d’Ibrahim Boubacar Keita ? Tous les ingrédients semblaient réunis pour la chute, devenue inéluctable avec les 4 grandes sorties du M5 RFP, sans que Ibrahim Boubacar Keita ne trouve la recette pouvant contenir cette fronde sociale. Nous n’avons plus et devrions plus perdre du temps à faire du verbiage sur le caractère légal ou légitime d’un coup de force.

Pour tout démocrate le coup de force est à proscrire comme mode d’accession au pouvoir. Mais il nous révèle à chaque fois, entre autres:

– la fragilité de nos institutions- la sédimentation des crises sociales profondes non encore résolues et qui menacent même l’existence de notre nation….

Le vin est tiré, il faut maintenant le boire. La gravité de la situation nous oblige à sortir des critiques stériles. Nous devrions nous obliger à ne plus vivre un tel scénarii. Pour y parvenir nous devrions, toutes et tous contribuer et participer à la grande séance d’exorcisme de ce démon qui hante notre démocratie, ce démon qui empêche tout progrès social, ce démon qui nous oblige à un éternel recommencement, ce démon qui donne de la boulimie à nos hommes politiques en quête permanente du pouvoir et ce par tous les moyens, ce démon qui titille l’appétit tout aussi boulimique de la grande muette vis à vis du pouvoir. En 60 années d’indépendance ce démon nous a conduit vers 4 coups d’état et dont 2 dans l’ère démocratique. Est-il nécessaire de rappeler qu’à chaque fois que le pays a opéré des changements de régimes par des coup de force, les indicateurs de développement ont connu une dégringolade aux conséquences incommensurables. Que de temps perdu ? que d’efforts gaspillés ?

Sans avoir la prétention d’égrener le chapelet maléfique de l’histoire récente du Mali; nous nous emploierons à proposer une recette perfectible pour aller vers la refondation du Mali, avec cette nouvelle donne caractérisée par la prise de pouvoir par la grande muette.

Que peut et doit faire le CNSP (comité national pour le salut du peuple) ?

A. Les Pièges à eviter

1. Ne pas succomber à la sujétion au fait religieux.

2. Ne pas tomber dans un règlement de compte vis à vis de la hiérarchie militaire et vis à vis des acteurs politiques ou économiques proches du régime d’IBK.

3. Eviter la théorie du tous pourris.

4. Refuser toute tentative de défiance vis à vis de la communauté internationale.

5. Eviter la tentation de la confiscation du pouvoir.

6. Eviter toute prise de partie envers des formations politiques ou regroupements de partis politiques.

7. Ne pas ériger le CNSP en une instance de gouvernement bis.

8. Eviter des déclarations hâtives visant la durée de la transition. Cette durée doit tenir compte des enjeux et des défis de l’heure. Elle ne doit aucunement être en deçà de 18 mois sinon le changement tant souhaité sera un projet mort né.

9. Ne pas admettre un membre actif d’un parti politique comme membre du CNSP.

B. Les dix chantiers prioritaires pour lancer les bases d’une refondation.

1. Ouvrir le CNSP aux personnalités de la société civile, des sages comme des anciens chefs d’État ou anciens chefs d’institution dont la probité, et l’expertise sont unanimement reconnues. Maximum 15 personnes.

2. Ériger le CNSP en un instrument de veille et de contrôle de l’action des gouvernants. Il aura vocation de constituante qui pourrait légiférer. Son Président aura un rôle de représentation auprès des organisations internationales.

3. Accélérer la procédure de choix d’un premier ministre suivant un processus transparent. Un comité de présélection pourrait permettre la proposition de 6 CV (3 hommes et 3 femmes.). Les 6 Cv retenus passeraient devant le CNSP érigé en constituante pour un grand oral à l’issu duquel un ou une PM sera désigné avec des pouvoirs élargis.

4. La mise en place d’un gouvernement d’union nationale de 20 à 22 membres avec 30 % issu du regroupement du M5 RFP, 30 % de L’EPM, 20 % de la société civile, 20 % de la diaspora.

Les critères de choix seront préalablement écrits par la constituante et doivent respecter le genre (parité hommes – femmes dans la mesure du possible).

Procéder également par un appel à Expertise. Et les choix seront co-validés par le ou la PM et le ou la Présidente de la constituante. Aucun ministre ne devra avoir l’ambition de se présenter aux élections présidentielles et ou législatives à venir.

5. L’organisation d’une conférence nationale souveraine. En amont des commissions seront instituées suivant les grands chantiers qui nécessitent un dépoussiérage, un époussetage comme entre autres:- Reformes institutionnelles.- Reformes constitutionnelles. – Relecture du code électoral et de la loi électorale. – Audit du fichier électoral. – Relecture du code civil et de procédure civile.- Relecture du code pénal et de procédure pénale.- Audit et Relecture de l’accord de paix issu du processus d’Alger.- Audit de la présence des forces étrangères (Barkhane, Minusma, EUTM, G5 sahel, Takouba…).

6. Organiser les assises sociales du Mali ou « Kurukan Fuga » des services essentiels de base (Santé, Education, justice sociale…)

7. Engager le processus de modernisation et d’assainissement de l’administration malienne pour la construction d’un fonctionnaire de type nouveau (Opération Kô Kâ Téré Ké ou Nô Gô Diossi) qui passera par:- Déclaration des biens de tous les hauts fonctionnaires et en faire une règle pour chaque recrutement.- Mise en place d’une procédure de déclaration de toute situation de conflits d’intérêts.- Audit du personnel fonctionnaire et contractuel de la fonction publique à travers la mise en place d’une commission interministérielle de recensement des agents de L’ÉTAT (CIRAE).- Auditer la LOPM (loi d’orientation et de programmation militaire).

8. Intensifier les démarches visant à renforcer la coopération bilatérale avec certains pays amis (la Russie, la Chine, les pays du Golfe, le Maghreb, le voisinage comme la Mauritanie , le Sénégal et Burkina Faso…, afin d’atténuer les conséquences des sanctions édictées par la communauté internationale. La contribution de la diaspora sera d’un appui considérable dans cette phase de diplomatie agressive.

9. Ré-actionner le processus de modernisation et de renforcement de notre outil de défense en:- recrutant et en mettant plus d’hommes sur le terrain,- dotant les troupes d’équipements adéquats et en quantité suffisante,- favorisant la coordination avec les autres forces alliées,- renforçant les liens confiance avec le populations civiles des localités sous tensions à travers la multiplication des ACM (activités covilo militaires)- améliorant la stratégie de communication de guerre,- modernisant le renseignement, l’espionnage et le contre contre-espionnage,- et enfin auditer les différents accords de défenses avec les pays tiers.

10. Organisation périodique à un rythme trimestriel des restitutions sur l’état d’avancement des feuilles de routes assignées à chaque département ministériel et au CNSP. La clé de la réussite et du succès réside dans l’union sacrée, dans la volonté des maliennes et des maliens à se remettre en question, à sortir de la désignation permanente d’un bouc émissaire, à la proscription de la recherche permanente de coupables, à la volonté de se mettre au travail.

Les nouveaux gouvernants qui conduiront la transition, doivent faire preuve de rigueur, de probité, de perspicacité, d’honnêteté, et d’Expertise avérée. Nous devrions toutes et tous nous obliger à une trêve sociale pendant cette phase transitoire en privilégiant le dialogue à la rue; le travail à la grève.

Les nouvelles autorités doivent réussir la signature d’un accord de trêve sur la durée de la transition avec tous les partenaires sociaux.Maliennes et maliens, la gravité de l’heure nous oblige à la vigilance », au « parler ensemble » , au « faire ensemble » .

Notre Mali, notre bien commun, notre mère patrie, notre terre nourricière, notre république, notre nation, notre pays, notre Etat ne sera que ce que nous déciderons qu’il soit. Aucun sacrifice ne sera de trop pour la réussite de la transition, car il y va de la survie de notre postérité.

Que Dieu sauve le Mali et nous donne la force de nous surpasser pour prôner et cultiver la paix, la paix dans nos cœurs, la paix dans nos familles et la paix dans le Mali. Ceci est ma contribution pour servir et valoir si besoin.

Signé Dionké FOFANAAnalyste en Sciences sociales et politiques

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