Retour de « l’article 320 » dans les rues de Bamako : Attention au règlement de comptes ou à l’amalgame

La justice populaire est de retour dans les rues de la capitale malienne. Les voleurs sont rattrapés et brûlés vifs par des masses déchaînées. Le nom de code de cette pratique qui remonte aux années 1991, au temps fort de la révolution malienne, est "l’Article 320" qui signifie 300 FCFA pour le litre d’essence et 20 FCFA pour la boîte d’allumette pour mettre le feu au présumé voleur. La pratique est le résultat d’une justice corrompue et mal distribuée.

Les présumés voleurs sont soumis à la vindicte populaire. Le phénomène prend de l’ampleur dans le district de Bamako où il ne se passe pas une semaine sans voir des photos d’êtres humains en flamme sur les réseaux sociaux ou dans les journaux.

Les statistiques et rapports policiers sur le nombre de voleurs lynchés et brûlés vifs sont effarants. Selon Siaka Bouran Sidibé, une trentaine de coupables ont été brûlés vifs depuis le début de l’année 2016. « À une situation barbare, il faut une solution barbare. Les gens n'ont plus confiance en la justice donc vivement la justice populaire. Quand la société crée des intouchables à cause de leur portefeuille, la justice brulera le portefeuille ». Certains pensent que les Maliens doivent tout faire pour que leurs gouvernants reviennent sur l'application de la peine de mort pour dissuader les grands criminels et les grands délinquants financiers qui détournent les maigres ressources du pays.

Par ailleurs, si certains frustrés contre l’impunité et l’injustice s’adonnent à cette pratique pour se rendre justice, d’autres par contre l’utilisent pour régler leurs comptes. Précisément, les bandits ou les voleurs s’organisent pour crier au voleur à certaines personnes qui ont été les bourreaux de leurs camarades. Leur stratégie est de provoquer la personne pour ensuite crier au voleur.

La personne innocente sera lynchée et brulée sans que les gens ne se rendent compte qu’elle est victime d’un règlement de comptes. La preuve, le vendredi dernier, le journal hebdomadaire « Le Malien » a fait cas d’un journaliste poursuivi par trois personnes se déclarant de la Sécurité d’Etat. Arrivés au quartier de Dravéla, ces individus mal intentionnés ont crié au voleur. Comme il fallait s’y attendre, les coups ont commencé à pleuvoir sur Baladji Traoré, un journaliste de surcroît. Heureusement pour l’homme de media, un jeune garçon l’a reconnu et s’est mis à crier à l’endroit de la foule que ce n’est pas un voleur mais plutôt un fils du quartier. C’est comme cela que les coups se sont arrêtés et que le journaliste a eu la vie sauve. Au cas où Baladji Traoré n’avait pas eu la chance d’être reconnu par quelqu’un, il aurait été brulé vif, car ces trois individus supposés membres de la sécurité d’Etat voulaient régler leurs comptes avec lui.

Au mois de juin dernier, un autre jeune homme a été lynché et brulé à Magnambougou, car il avait été confondu avec un voleur. Pendant qu’il était en  train d’être brulé, un de ses amis arrivé sur place a crié en direction de la foule, que le voleur vient de s’enfuir avec la moto de l’innocent en feu. C’était l’émoi total, car le jeune a rendu l’âme et sa moto a été emportée.

En résumé, l’Etat doit prendre des mesures urgentes contre cette justice populaire mais aussi, rassurer la population en rendant la justice de façon équitable et correcte. Sans cela, beaucoup d’innocents risquent d’être lynchés et brulés vifs car les bandits ne manquent pas de stratégie pour se protéger contre l’article 320.

Modibo L. Fofana

Source: Le Challenger

 

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