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Assassinat de Ghislaine et de Claude à Kidal : La vérité enterrée au nom de la raison d’Etat

2 novembre 2013 - 2 novembre 2017. Il y a exactement quatre (4) ans que Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes de Radio France Internationale (RFI) étaient froidement exécutés non loin de Kidal, ville où ils avaient été enlevés quelques minutes avant par un commando à la sortie d’une interview avec un responsable du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (Mnla). La cruauté, la barbarie, la sauvagerie de l’assassinat de Ghislaine et Claude n’ont laissé aucune âme indifférente.

Quatre ans après cet acte odieux, les enquêtes piétinent toujours. Les plus hautes autorités françaises sont encore réticentes à déclasser certains dossiers ultra-secrets en dépit des assurances données aux parents des victimes par François Hollande, Président de la République, au moment des faits. Il ne faut pas trop s’attendre à un changement de conduite avec le Président Emmanuel Macron, qui entretient des rapports assez tendus avec les haut-gradés de l’armée suite à une éventuelle baisse du budget alloué à la défense.

Quatre ans après cet acte odieux, aucun des présumés auteurs n’a été arrêté malgré les moyens importants, terrestres et aériens, de l’opération Barkhane qui a pris le relais de Serval.  L’inquiétude qui jette le doute sur la volonté de faire avancer les enquêtes est accentuée par les manœuvres de Barkhane visant à éliminer tous les auteurs ou témoins présumés de ce crime. C’est dans des conditions troublantes que l’opération Barkhane a annoncé en mai 2015 la mort d’Abdelkrim El Targui, chef de la Katiba Al Asnar qui avait revendiqué cet odieux crime. D’autres chefs islamistes ont été tués par les militaires français dans une zone où ils sont les seuls à assurer le contrôle. Entre les captures et les exécutions des commanditaires des actes criminels, la France, terre des droits de l’homme, a fait son choix. Ces exécutions sans autre forme de procès des personnalités détenant d’énormes secrets pourraient être perçues comme des pratiques dont le but est de faire disparaître des preuves d’énormes actes criminels dont le nord du Mali a été le théâtre depuis plusieurs années.

Quatre ans après cet acte odieux, le silence des autorités françaises sur certaines informations suscite de forts soupçons. Elles n’ont jamais réagi aux révélations faites dans l’émission "Envoyé Spécial" de France 2, établissant un lien entre l’assassinat de deux reporters de RFI et la libération par Aqmi de quatre des otages d’Arlit après « de longues et confuses négociations » faisant intervenir de nombreux intermédiaires.

Dans une contribution publiée sur le site du journal "Le monde" intitulée « l’opération Barkhane, un permis de tuer au Sahel », Laurent Bigot, ancien diplomate français, écrivait que « la lutte contre le terrorisme ne peut pas se limiter à l’élimination des chefs présumés ».

Les journalistes ont été sacrifiés au nom des intérêts stratégiques de la France. Ghislaine et Claude ont été les innocentes victimes de cette ambiguïté entretenue par Paris sur le cas Kidal. Comme d’autres affaires couvertes de mystères, l’assassinat de Ghislaine et Claude ne sera pas élucidé. Les confrères, les parents et les amis des deux reporters ne connaîtront pas la vérité au rythme où le dossier évolue. La justice est piétinée et la vérité enterrée au nom de cette même raison d’Etat.   

 Chaka Doumbia

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