Soumaila Cissé chef de file de l’opposition : « l’urgence est au dialogue politique inclusif et non à la révision constitutionnelle ».

Le chef de file de l’opposition était face à la presse ce vendredi à la maison de la presse pour expliquer aux journalistes les raisons du boycott de  la cérémonie de remise de l’avant projet de Constitution prévue à Koulouba, le 10 avril. Pour l’honorable Soumaila Cissé la gravité de la situation du pays impose un dialogue inclusif et non une révision constitutionnelle.

En principe le président de la république devrait recevoir au palais présidentiel  Soumaila Cissé président du front pour la sauvegarde de la Démocratie (FSD)  pour la remise de l’avant projet de la révision constitutionnelle.  Apres avoir analysé la grave situation du pays ; le FSD estime que la révision constitutionnelle doit être reléguée au second plan au profit d’un dialogue national et inclusif. « La révision constitutionnelle apparaît, aux yeux de nos interlocuteurs, comme la seule priorité du moment. Ceci est aux antipodes de notre ambition pour le Mali : un Mali debout, réconcilié, sécurisé, uni et solidaire ! C’est pour cette raison que nous avons décliné l’invitation qui nous a été faite de participer à une cérémonie de remise de l’avant-projet de réforme constitutionnelle à Koulouba, le 10 avril 2019.  Pour nous, l’urgence est au dialogue politique national inclusif !  C’est ce qui explique notre réponse ferme au comité d’experts. Une réponse claire : pour nous, le préalable est et demeure l’organisation d’un dialogue national inclusif. Un dialogue politique national pour un consensus élargi aboutissant à un accord politique accepté par tous ».

Dily Kane

Mali24

Lisez le discours de Soumaila Cissé

Mesdames et Messieurs les Journalistes,

Mesdames, Messieurs ;

Permettez-moi tout d’abord de m’incliner pieusement devant la mémoire de tous nos martyrs civils et militaires, maliens et étrangers tombés sur notre sol, victimes d’attaques lâches et barbares.

J’ai une pensée particulière pour toutes les victimes de l’année 2019 : celles de Koulongo, de Dioura, de Ogossagou et de tous les villages endeuillés ces derniers temps.

Je vous prie d’observer, en leur mémoire, une minute de silence !

………………Je vous remercie……………

Mesdames, Messieurs ;

L’heure est grave !

Les atteintes aux libertés individuelles et collectives se sont traduites, ces derniers mois, par le maintien de plusieurs de nos camarades en détention, malgré notre appel à la décrispation, par le maintien de la mesure scélérate de réduction des espaces de manifestation.

Les attaques contre les lieux de culte sont une nouvelle forme d’abus de l’autorité publique. Nous y avons assisté le vendredi dernier contre les Zawiya Hamallistes à Bamako.

L’heure est grave !

La détérioration de la sécurité dans le centre du pays est une raison pour nous alarmer.

L’ampleur de la violence a atteint des seuils jamais vus dans notre pays.

Des villages entiers sont rayés de la carte. Des populations entières sont décimées, y compris des bébés, des femmes enceintes et des vieillards.

Des greniers sont incendiés et des animaux abattus. Des populations de villages entiers sont déplacées vers Bamako et environ, sans aucune assistance de l’Etat.

L’heure est grave !

Malgré toutes ces détériorations survenues au cours de l’année 2019, le dialogue politique ressemble plus à un jeu de ruse et de malice pour gagner du temps, plutôt que pour affronter la réalité.

Nos interlocuteurs, après plusieurs pirouettes se sont subtilement arrangés pour revenir au point de départ.

Ils n’ont pas de solutions nouvelles à offrir. Ils persistent et signent dans le déni de la réalité et nous servent les mêmes formules éculées qui manquent de perspectives. Ils menacent de rompre le fil du dialogue en campant sur des positions anachroniques et sans issue.

L’heure est grave !

Nous taire aujourd’hui, serait donc une trahison !

Ne pas agir, serait également d’une lâcheté infinie !

Mesdames, Messieurs ;

Ayant pris la mesure de tous les périls qui assaillent notre nation sur les plans sécuritaire, politique, social et économique, nous avons accepté malgré tout d’ouvrir la porte du dialogue !

Après avoir écouté nos autorités religieuses et coutumières, d’éminentes personnalités de notre pays et de nombreux citoyens ordinaires,

Après avoir écouté les représentants de la communauté internationale au Mali,

Après avoir rencontré plusieurs Chefs d’Etat de pays amis du Mali,

Après avis des militants des Partis et Associations membres du Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD),

Nous avons, en toute responsabilité, accepté «la main tendue » pour promouvoir un dialogue républicain de sortie de crise.

Nous avons ainsi rencontré, à Koulouba, notre aîné Ibrahim Boubacar Kéita, le 26 février 2019.

Au cours de cette rencontre et des quatre suivantes, toutes les menaces sur notre pays ont été clairement identifiées et des solutions proposées.

La plus urgente était la tenue indispensable d’un dialogue politique national inclusif, pour permettre à tous les Maliens de se parler afin de sauvegarder l’essentiel, aujourd’hui, dangereusement menacé par une crise multidimensionnelle sans précédent.

Mesdames et Messieurs les Journalistes,

Vous, qui êtes les observateurs vigilants de l’actualité, vous aurez remarqué que, du début de ces entretiens à ce jour, aucune mesure n’a été prise pour rétablir la confiance et apaiser les cœurs et les esprits.

Ainsi :

• les manifestations sont toujours interdites par un Arrêté scélérat du Gouverneur du district de Bamako, Arrêté illégal car violant notre Constitution ;

• des citoyens sont toujours en prison pour des motifs politiques,

• l’agenda politique du gouvernement reste obstinément centré sur la mise en œuvre de la révision constitutionnelle,

• le cadre de concertation mis en place auprès du ministre de l’administration territoriale, malgré la défection de la plupart des acteurs de la classe politique et de la société civile, continue de siéger,

• l’Accord de paix est à la peine dans un environnement peu propice ;

• enfin, le grand dialogue politique national, tant souhaité par nos compatriotes de tous bords, ne connaît, à ce jour, aucune initiative de mise en œuvre.

En analysant ces différents éléments, il apparaît indéniable que notre démarche sincère, patriotique et volontaire de décrispation du climat politique n’a pas rencontré d’écho, sinon de simples déclarations d’intention à caractère médiatique.

Pour nous, l’heure n’est ni aux atermoiements, ni aux petits calculs politiciens !

Nous ne serons jamais complices d’une quelconque impuissance ou indifférence face aux tueries en masse en cours au centre du Mali, face à la détresse des enseignants, des médecins, des magistrats, des cheminots et de toutes les couches sociales de notre pays !

Les récents événements sanglants que notre pays a connus, les graves crises sociale et financière, appellent des décisions politiques fortes, consensuelles et immédiates !

Mesdames et Messieurs les Journalistes,

La révision constitutionnelle apparaît, aux yeux de nos interlocuteurs, comme la seule priorité du moment.

Ceci est aux antipodes de notre ambition pour le Mali : un Mali debout, réconcilié, sécurisé, uni et solidaire !

C’est pour cette raison que nous avons décliné l’invitation qui nous a été faite de participer à une cérémonie de remise de l’avant-projet de réforme constitutionnelle à Koulouba, le 10 avril 2019.

Pour nous, l’urgence est au dialogue politique national inclusif !

C’est ce qui explique notre réponse ferme au comité d’experts.

Une réponse claire : pour nous, le préalable est et demeure l’organisation d’un dialogue national inclusif.

Un dialogue politique national pour un consensus élargi aboutissant à un accord politique accepté par tous.

Oui, le dialogue national est incontournable !

Le dialogue national est nécessaire !

Le dialogue national est d’une urgence absolue !

Mesdames, Messieurs ;

Nous avons activement participé au rassemblement historique du 5 avril 2019 sur la place de l’indépendance pour crier avec le million de nos compatriotes mobilisés, ce jour, notre refus de la partition de notre pays.

Oui, notre refus de dislocation de notre pays, notre refus de l’instrumentalisation des conflits ethniques, notre refus de la fatalité des grèves récurrentes, notre rejet de la mauvaise gouvernance, notre rejet de l’incurie et de l’incompétence du gouvernement actuel !

Il est plus que temps que les tenants du pouvoir prennent la vraie mesure des périls qui assaillent notre pays.

Que le pouvoir en place se rende compte que notre pays n’est plus un pays normal, qu’il écoute enfin le cri de détresse du peuple dans ses doléances et ses exigences !

Qu’il écoute enfin la voix des Amis du Mali, de plus en plus désespérés de voir notre pays aller à vau-l’eau vers un naufrage national irrémédiable !

Nous, aux côtés des Patriotes de tous bords, nous œuvrerons à la dynamique de sortie de crise. C’est pourquoi, nous entreprendrons toute action nécessaire pour sauver notre pays.

Il y va de la survie même du Mali et de l’avenir de nos enfants !

Je vous remercie.

Bamako, le 12 avril 2019

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