Accès des aide-ménagères aux méthodes de contraception : Un droit inaliénable à prendre à bras-le-corps ! 

Les aide-ménagères autrement appelées en terme populaire les ‘’ bonnes ou cinquante-deux’’ ne bénéficient d’aucune assistance sociale dans la quasi-totalité de nos foyers. Ce comportement inhumain envers nos sœurs engendre plusieurs conséquences notamment l’abandon de leur travail, des grossesses non désirées, l’abandon de leurs enfants, des emprisonnements,….Or, elles doivent être traitées au même titre que les autres femmes. A cela, elles doivent bénéficier les mêmes droits plus particulièrement en domaine de la santé reproductive surtout leur offrir un accès facile aux méthodes de contraceptions. Celles-ci doivent demeurer un droit  inaliénable à prendre à bras-le-corps par les autorités et les ONG qui luttent pour la protection des droits de femmes particulièrement des filles.

SD, est une aide-ménagère d’une quinzaine révolue. Elle  a décidé de nous révéler son histoire d’aide-ménagère à Bamako. Après deux longues années de travail chez une employeuse dans un quartier huppé de la ville, SD semble avoir de la chance. Car elle a eu l’accueil et l’orientation nécessaire pour échapper les dérives. « Depuis que je suis venu à Bamako, il y a deux ans maintenant, je peux dire que je suis tombée sur des bonnes personnes car tout le monde s’occupe bien de moi. Si je tombe malade, on m’amène à l’hôpital pour les soins surtout chaque mois ma patronne m’explique bien les processus de menstruation, elle me donne également des kits ». 

Si SD a été chanceuse à ce niveau d’avoir une patronne  sensible à ses problèmes, combien d’autres font face à leur destin de misère ? Nombreuses certainement. Parmi tant d’autres interviewées, qui ont toutes voulu garder le silence malgré les épreuves endurées, on sentait la souffrance de non-assistance dans le domaine de la santé de reproduction car sur cinq filles interviewées, deux étaient en état de grossesse. Et pire les vrais auteurs de ces grossesses restent toujours nuancés selon les filles. 

Dans la défense des droits des aide-ménagères, des initiatives ont été prises pour faciliter leur insertion et leur plein épanouissement. C’est le cas de Dakouo Services, qui est une ONG d’accueil et d’orientation des aide-ménagères. Pour le coordinateur de cette ONG, les aide-ménagères subissent toutes sortes de réduction. Joint par téléphone, M. Joël Dakouo  promoteur de ce centre d’accueil et d’orientation des aide-ménagères à Kalabancoro-Plateau, explique les missions de son centre « Nous recevons chaque jours des filles venus de tous les horizons du Mali à la recherche d’emploi. Nous les formons ici avant de les envoyer chez leurs employeurs, nous leur apprenons également comment adopter les bonnes techniques de contraception pour éviter les grossesses non désirées et en cas de problèmes, nous intervenons également peu importe la nature de problème ».

Parmi les employeurs interviewés, sur le sujet, ceux ou celles qui ont voulu nous répondre sont tous généralement favorables à ce que les aide-ménagères aient accès aux méthodes de contraception. YD, est employeuse, sage-femme de profession tout comme SS, sa collègue de service. Selon elle, s’occuper de la santé sexuelle et reproductive d’une personne peu importe sa couche est une obligation. « Toute vie est importante.  On doit vraiment ouvrir nos cœurs envers nos sœurs aide-ménagères car ce sont nos sœurs, nos filles… » nous a confié SS.  

Quant au directeur général de l’Office nationale de la santé de la reproduction (ONASR), Dr. Ben Moulaye Idriss Haïdara, il a indiqué que les aides ménagères font partie de  la tranche d’âge adolescent et jeune. « C’est ce que nous appelons habituellement la deuxième décennie de la vie de l’enfant » a-t-il dit. Pour lui, c’est est une décennie assez cruciale en termes de prise en charge et en termes de prévention surtout dans le domaine de la Santé sexuelle reproductive. 

S’agissant des engagements de l’Etat dans la préservation des droits sexuels et reproductifs de cette couche juvénile, il dira que  « l’Etat du Mali a pris beaucoup d’engagements dans ce sens. Il s’agit entre autres de la gratuité de tout ce qui est planification familiale pour cette tranche d’âge, de faire en sorte que aussi nos espaces, nos structures de santé puissent aussi prendre en charge le besoin de ces adolescents et jeunes ». Aussi, « Pour prendre en charge les besoins des adolescents et des jeunes, c’est-à-dire tous les regroupes confondus en plus le rgroupe cible des aides ménagères qui se trouvent être dans le groupe vulnérable. L’Etat a élaboré sur le plan stratégique, un plan d’abord d’action qui cible tous les jeunes et les adolescents en matière de santé sexuelle reproductive. Parmi ces jeunes, il y a aussi des jeunes vulnérables comme les handicapés, les aides ménagères et qui sont aussi ciblés » a-t-il ajouté. Cependant, le Directeur de l’ONASR a lancé un vibrant appel à l’endroit des employeurs pour la préservation des droits des aide-ménagères. 

Par ailleurs, Dr Ben Moulaye  a indiqué que l’Etat du Mali a adopté une loi N°02/044/ du 24 juin 2002 relative à la santé de la reproduction. Cette loi, dans son article 1 stipule :  qu’  « au sens de la présente loi on entend par : – Santé de la reproduction : le bien-être général, tant physique que mental et social, de la personne humaine, pour tout ce qui concerne l’appareil génital, ses fonctions et son fonctionnement et non seulement l’absence des maladies ou d’infirmités. Elle prend en compte l’ensemble’ des mesures préventives, curatives et promotionnelles visant à améliorer la prise en charge des groupes vulnérables que constituent les femmes. Les enfants, les jeunes adultes afin de réduire la mortalité et la morbidité maternelles, infantiles juvéniles et promouvoir ainsi le bien-être de tous les individus ». – Les Services de santé en matière de reproduction sont définis dans la loi comme étant : « l’ensemble des méthodes, techniques et services qui contribuent à la santé et au bien-être en matière de procréation en prévenant et en résolvant les problèmes qui se posent en ce domaine ».

Cependant, il a lancé un appel à l’endroit des employeurs pour prendre en compte des besoins des aide-ménagères qui doivent être traitées comme leurs enfants, les orienter vers les centres de santé pour avoir au moins une consultation mensuelle. «Aussi il faut faciliter leur accès aux associations et aux ONG qui peuvent les sensibiliser dans le cadre de leur vie sexuelle reproductive » a laissé entendre Dr Ben Moulaye Haïdara.

Ce reportage est publié avec le soutien de JDH et FIT en partenariat avec WILDAF Mali et la Coalition des OSC/PF. 

Bourama Camara

Source: mali24.info

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