Après avoir scellé leur destin militaire, géopolitique et diplomatique, les pays
membres de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’attaquent
désormais à l’intelligence stratégique. Réunis ce mardi à Ouagadougou, experts universitaires et ministres de l’Enseignement supérieur du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont officiellement lancé d’importants travaux conjoints d’harmonisation de leurs
systèmes d’enseignement supérieur et de recherche scientifique. Une étape
fondatrice vers une véritable décolonisation intellectuelle.
L’enjeu de cette rencontre de Ouagadougou dépasse la simple coordination académique. Il s’agit de bâtir un espace scientifique intégré et compétitif, capable de former sur place les élites techniques dont le Sahel a vitalement besoin. Reconnaissance mutuelle
automatique des diplômes, création de filières d’excellence partagées, mutualisation des laboratoires de pointe et libre mobilité des enseignants-chercheurs comme des étudiants constituent le socle de cette refonte ambitieuse.
Pour les capitales confédérées, la souveraineté technologique n’est plus un vœu pieux, mais un impératif géopolitique de survie nationale. Défense et sécurité,
transition énergétique, agro-industrie, exploitation et raffinage des ressources
minières, ou encore intelligence artificielle ; l’AES entend concevoir des réponses endogènes à des défis existentiels. Les trois nations poursuivent un double dessein ;
endiguer l’hémorragie de la fuite des cerveaux et transformer la science locale
en catalyseur direct d’une industrialisation souveraine.
En érigeant ainsi le savoir en bouclier stratégique, Bamako, Niamey et
Ouagadougou envoient un message au reste du continent africain ; aucune
indépendance politique ou militaire ne peut s’enraciner durablement sans
autosuffisance scientifique. L’histoire retiendra sans doute que la rupture la
plus profonde portée par l’AES ne s’est pas uniquement jouée sur les théâtres
d’opérations militaires, mais bel et bien dans les amphithéâtres et les laboratoires, là où s’édifie patiemment l’autonomie d’un Sahel confédéré, désormais résolu à penser par et pour lui-même.
Stephan MOMO (stagiaire)
MALI 24
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