Algérie-Mali : Que fait courir Ramtane Lamamra ?

Le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra a foulé le sol malien, le mardi dernier pour la deuxième fois en l’espace de 40 jours. Il était à Bamako, le 28 août dernier où il a rencontré le président de la transition, Assimi Goïta, le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga et par ailleurs, l’Imam Mahmoud Dicko. On voit bien que le ministre algérien des Affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger met pieds et mains dans une offensive diplomatique prolixe sans précédent, exprimant la main sur le cœur la sympathie et la compassion d’Alger pour un Mali martyrisé. Quels sont les non-dits et jusqu’où ira Ramtane Lamamra, depuis ce brusque réveil d’août dernier ?

«Nos partenaires étrangers ont besoin de décoloniser leur propre histoire, de se libérer de certains comportements, attitudes et visions qui sont intrinsèquement liés à la logique incohérente portée par la prétendue mission civilisatrice de l’Occident…». Ce sont des propos tenus par le ministre algérien des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, en guise de solidarité envers notre pays suite à la tension qui prévaut entre Paris et Bamako. « Le président de la République Abdelmajid Tebboune m’a dépêché auprès du Président de la transition et auprès du Premier ministre pour témoigner la solidarité agissante de l’Algérie au peuple, au gouvernement malien, en cette période de l’histoire contemporaine de votre nation avec laquelle nous avons un destin commun », a déclaré, Ramtane Lamamra à sa sortie d’audience.

Le quotidien national d’information du Mali, ‘’L’essor’’ met en avant la « brouille entre Paris et Bamako » et titre sur la « Solidarité agissante de l’Algérie envers le Mali ». Le chef de la diplomatie algérienne a fait preuve d’engagement aux côtés du peuple et du gouvernement maliens et s’est montré très prolixe, à la sortie de son audience avec le chef du gouvernement, Choguel Kokalla Maïga. Situant sa visite dans le cadre de la densité de la relation stratégique entre les deux pays, Ramtane Lamamra a soutenu la réalité d’un agenda stratégique varié et traduisant les ambitions partagées des peuples malien et algérien de travailler ensemble résolument. Surtout à prendre en charge solidairement les défis auxquels les deux peuples, le peuple africain en général, sont confrontés, rapporte le quotidien national ‘’L’Essor’’. Sur la «tension actuelle» entre Paris et Bamako, l’Algérie intime à la France de se «libérer de certaines attitudes».

Selon le visiteur reçu en audience par Choguel Kokalla Maïga, « nos partenaires étrangers ont besoin de décoloniser leur propre histoire, de se libérer de certains comportements, attitudes et visions qui sont intrinsèquement liés à la logique incohérente portée par la prétendue mission civilisatrice de l’Occident. Laquelle mission a été la couverture idéologique utilisée pour essayer de faire passer le crime contre l’Humanité, la colonisation de tant de peuples africains », a-t-il fustigé. Ramtane Lamamra va plus loin et qualifie de «faillite mémorielle» les propos tenus récemment sur le Mali et l’Algérie. Cette «faillite mémorielle», qui est « malheureusement intergénérationnelle chez un certain nombre d’acteurs de la vie politique française, parfois au niveau le plus élevé », et qui « pousse les relations de la France officielle avec certains de nos pays dans des situations de crise malencontreuse, devrait pouvoir s’assainir par un respect mutuel inconditionnel », avise le chef de la diplomatie algérienne. Aux côtés des autorités de la transition malienne, Ramtane Lamamra prône, pointant du droit la France, « un respect de notre souveraineté, de notre indépendance de décision et acceptation de partenariat sur une base de stricte égalité ». Il rappelle la logique de « donner et de recevoir » dans les relations, soient-elles avec le partenaire français. «Il n’y a pas que de cadeau, pas de fronde à sens unique. Ce sont des intérêts stratégiques, économiques bien compris qui ne peuvent durer, être promus, se consolider et subir l’épreuve de la durée que dans le respect mutuel et dans l’équilibre des intérêts», a commenté le flegmatique patron de la diplomatie algérienne, qui rappelle que « l’Afrique est non seulement le berceau de l’Humanité mais également le tombeau du colonialisme et du racisme ». Il indique que le destin de l’Algérie et celui du Mali sont étroitement liés, et soutient que « la solution à nos problèmes est entre nos mains», dit-il avec insistance, non sans rouvrir une page de l’histoire, «Les Algériens lisent dans leurs livres d’histoire la contribution inestimable qu’a apportée le Mali à travers la décision souveraine du président Modibo Keïta en 1960 après l’indépendance du Mali d’ouvrir à l’armée de libération nationale algérienne, la frontière commune afin que notre armée puisse ouvrir un front contre le colonialisme”, a indiqué le diplomate algérien.

Si le Mali et l’Algérie ont l’habitude d’avoir leurs incidents diplomatiques, conduisant au rappel des ambassadeurs (sur la situation précaire de 1441 Maliens qui ont été expulsés d’Algérie de janvier à mars 2018 dans des conditions difficiles. Le gouvernement malien avait rappelé son ambassadeur et son consul général d’Algérie pour consultation. Et ce n’était pas une première) ; aujourd’hui Alger et Bamako regardent dans la même direction, mais la situation met-elle la France au centre de l’adage, « l’ennemi de mon ami est mon ennemi » ? L’interdiction algérienne faite à la France, pas qu’à elle d’ailleurs, de survoler son espace aérien, traduit un brasier dans le torchon diplomatique entre les deux pays, tout comme « les vérités » du Premier ministre malien, Choguel Kokalla Maïga à la tribune de l’Assemblée générale des Nations-Unies, suivies des propos d’Emmanuel Macron jugés « regrettables » et « inamicaux » par Bamako, sont des évènements qui rapprochent davantage les autorités des deux pays. Les deux visites de Lamamra à Bamako, en l’espace de quarante jours raffermissent les liens d’amitié et met le diplomate algérien en odeur de sainteté pour d’avantages plaider en faveur de l’ancien Premier ministre malien Soumeylou Boubeye Maïga, dans les liens de la justice à propos du dossier de l’achat de l’avion présidentiel et des matériels d’équipements militaires. Si cet engrenage politique se met en marche, ce dossier pourrait devenir une patate chaude entre les mains du pôle économique et financier. Affaire à suivre.

B. Daou

Source: Le Républicain

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