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Apologie de la peur : Là où réside la véritable sagesse politque

 

Le 31 mars, un journal malien consacrait l’intégralité de sa dernière page à une citation du capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président en exercice de l’Alliance des États du Sahel. Il déclarait : « Si vous avez une mission, un objectif pour votre pays, vous ne devez pas avoir peur. Si vous avez peur, vous hésitez, vous vous compromettez. Et une fois que la compromission est là, vous êtes foutus. »

Je ne connais pas le contexte exact de cette déclaration, mais elle m’a frappé par sa radicalité et sa force. Elle m’a surtout conduit à interroger un sentiment universel, souvent mal compris : la peur.

La peur, une condition humaine universelle

La peur, à mes yeux, est d’abord une donnée fondamentale de la condition humaine. Pour le croyant que je suis, elle n’est ni honteuse ni condamnable. Dans la tradition chrétienne, Jésus-Christ lui-même, face à l’imminence de sa mort, éprouve l’angoisse et supplie que cette épreuve lui soit épargnée. Si même le divin incarné tremble, comment l’homme ordinaire pourrait-il prétendre s’en affranchir totalement ?

Ainsi, la peur est normale. Mieux encore : elle est révélatrice. En communication non violente, on enseigne que tout sentiment négative est l’expression d’un besoin insatisfait. La peur peut alors traduire un besoin de protection, de reconnaissance, d’amour ou de sécurité. Elle n’est pas un obstacle en soi, mais un signal.

Une sagesse populaire partagée

Dans mon pays d’origine, le Burundi, un proverbe dit : « même le fou a peur de sa mère ». Cette sagesse populaire rappelle que nul n’échappe à la peur. Certains redoutent la mort, d’autres l’échec, d’autres encore le regard social, ce tribunal invisible mais redoutable du « qu’en dira-t-on ».

Là où je rejoins le capitaine Traoré, c’est sur un point essentiel : le leadership exige de dépasser la peur. Non pas de l’abolir, mais de la traverser. Diriger, c’est avancer malgré l’incertitude, malgré les critiques, malgré les risques. C’est mobiliser toutes ses ressources pour accomplir une mission que l’on juge juste.

Pour ma part, ma mission est claire :contribuer à l’émergence d’une Afrique bienveillante, une Afrique où la vie humaine est sacrée, où les droits fondamentaux sont respectés, où les frontières héritées de l’histoire cessent d’entraver la libre circulation des biens et des personnes. Je me revendique nomade dans l’âme, étranger nulle part sur ce continent que je considère comme une maison commune. Mes écrits s’inscrivent dans cette quête.

La nécessité d’une peur éthique

Cependant, l’audace et le courage ne sauraient être absolus. Ils doivent être tempérés par une autre forme de peur — une peur saine, éthique, Presque philosophique. La peur de franchir les limites du raisonnable.

L’exemple parfait d’un leader qui semble n’avoir peur de rien est Donald Trump, qui a menacé de détruire « toute » la civilisation iranienne, en faisant fi de toutes les règles deudroit international.

Un leader véritable ne doit pas seulement vaincre ses peurs : il doit aussi savoir lesquelles conserver. Il doit craindre de violer les droits humains, de détourner les ressources publiques destinées aux écoles, aux hôpitaux, aux routes, aux pauvres. Il doit redouter l’injustice autant que l’inaction.

Réconcilier courage et responsabilité

En définitive, il ne s’agit pas de faire disparaître la peur, mais de la hiérarchiser. Se libérer des peurs qui paralysent — celles qui empêchent d’agir, de créer, de rêver — tout en préservant celles qui humanisent — celles qui rappellent les limites, la responsabilité et la fragilité de notre condition.

Car c’est peut-être là que réside la véritable sagesse politique :dans cet équilibre subtil entre courage et retenue, entre audace et conscience. Gardons cette peur qui nous empêche de sombrer dans l’hubris, cette peur qui nous maintient du côté de l’humain.

Par Jean-Marie Ntahimpera

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