Bouassa : Djelika Diarra, enfant orpailleur, malgré elle

Agée de 11 ans environ, non scolarisée, vivant avec ses parents sur le site d’orpaillage de Bouassa, Djélika Diarra exerce quotidiennement plusieurs tâches, du matin au soir. Moins bavarde, mais visiblement attristée de voir chaque jour ses camarades d’âge partir à l’école, Djélika espère sur l’économie des rémunérations reçues pour se payer des trousseaux de mariage un jour. A la découverte d’une jeune-fille orpailleuse sur le site de Bouassa.

Des beaux yeux au milieu d’un regard furtif, comme celui d’un enfant surpris le nez dans le chocolat, Djélika Diarra, malgré son jeune âge, constitue l’un des bras valides du site d’orpaillage de Bouassa. Un site, découvert et récemment ouvert par des chercheurs d’or, venus des différents horizons et principalement des villages de Niena, région de Sikasso.

Dans ce beau monde qui se démène nuit et jour pour creuser, laver, mouler, brûler des pierres pour en extraire des pépites d’or, Djélika n’y joue pas un rôle de second couteau. « Lorsque les creuseurs déversent la boue de pierres, nous les transportons du site de creusement à celui de lavage. Puis, nous nous attelons à procéder avec soin au lavage des pierres transportées » affirme-t-elle avec précision.

Reconnaissant que ce qu’elle fait soit pénible, Djélika Diarra, d’un air confiant, confie que ces tâches ne sont pas au-dessus de ses capacités physiques. C’est d’ailleurs ce qui explique, peut-être, le fait que la jeune-fille, malgré son visage d’enfant, porte le corps d’une femme adulte, supporte quotidiennement les poids des charges de pierres d’un gaillard et constitue une source de revenus pour sa famille.

Deuxième fille d’une fratrie de six enfants, dont trois filles et trois garçons, Djélika, comme nombreuses de ses camarades d’âge n’a pas eu la chance d’être scolarisée. Montrant du doigt l’une d’elles qui fait la classe de 4ème année à l’école publique du village qui abrite le site d’orpaillage, Djélika Diarra fière de son apport financier à l’épanouissement de sa famille, n’exprime aucun regret d’avoir raté la chance d’être scolarisée.

Faut-il le signaler, le site en question abrite une centaine d’abris de fortune construits par des hangars en bois, tel un site de réfugiés. Sur le site de Bouassa, se côtoient nuit et jour hommes et femmes, vieux et jeunes. La persévérance des uns et des autres dans la quête d’or, fait que les règles réglementaires de la protection des bonnes mœurs sont relativement foulées au pied.  De ce fait, les cas de viols et d’autres abus sexuels sont monnaie courante, surtout à l’encontre des jeunes filles travailleuses.

Malgré son physique attirant et sa disponibilité entière à accompagner des centaines d’hommes intervenants sur les différentes chaînes de production, Djélika, garde le silence à la question de savoir si toutefois elle a été une fois abusée sexuellement. Cependant d’un air triste, elle soutient être animée du désir de changer de métier, le jour où sa famille sera satisfaite de son apport financier.

« Je sais que ce que je fais actuellement est pénible et pourra éventuellement altérer ma santé à l’avenir, mais je suis fière de pouvoir donner à mes parents, 5000 FCFA en moyenne tous les deux jours » témoigne-t-elle d’une voix basse. Son objectif : réussir à économiser un montant conséquent afin de se payer des trousseaux pour honorer sa famille, le jour de son mariage.

NB : en raison des règles de protection des droits des enfants, dans cet article, nous avons préféré donner un nom d’emprunt à notre interlocutrice.

Diakalia M Dembélé

22 septembre

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