Centre Mabilé de Sogoniko : Des déplacés internes dénoncent la gestion opaque de l’aide destinée aux pensionnaires La directrice régionale du développement social dénonce une campagne de dénigrement

Où va l’aide destinée aux déplacés internes du Centre Mabilé de Sogoniko en Commune VI ? C’est la question qui taraude l’esprit d’un certain nombre de pensionnaires de cette structure. Ils vont jusqu’à mettre en doute la moralité du gestionnaire du centre, Tiémoko Traoré, qu’ils accusent de détournement de leurs aides. Des propos balayés d’un revers de la main par l’intéressé et la directrice régional du développement social, qui dit suivre l’assistance aux déplacés internes avec une attention particulière.

Une dénonciation écrite sur neuf pages faite par un certain nombre de déplacés internes au Centre Mabilé de Sogoniko décrit avec forces détails la situation. Dans ce document, les auteurs soulignent les dates de réception des dons, les noms des partenaires et le mode de distribution choisi.

Dans leur témoignage à charge, ils rappellent que le 20 août 2020 le Centre Mabilé a reçu dans le cadre de la lutte contre la Covid-19 des tonnes de riz, du mil et du sucre. “Un jour, un partenaire est passé nous remettre un important don. A cet égard, chaque famille devrait avoir deux sacs de riz, plus un sac de mil et un sac de sucre, mais au lieu de cela, Tiémoko Traoré (il est le gestionnaire des quatre sites de Bamako : Centre Mabilé Sogoniko, Faladié Garbal, Niamana Garbal et Sénou et Zantiébougou) nous a remis un sac de riz par famille, plus 25 kg de sucre. Le 8 septembre 2020, un ministre (une femme) est passé nous remettre également 50 sacs de riz et des bidons d’huile, plus 250 kg de sucre.

Aussitôt après le départ de la donatrice, ceux qui ont en charge la gestion du Centre ont enlevé 11 sacs de riz, 11 bidons d’huile. Nous avons refusé de prendre le don jusqu’à ce qu’il soit au complet à savoir ramener les 11 sacs, après nous avons vu qu’ils ont ramené 8 sacs. Des fois, si les partenaires nous remettent de l’argent, aussitôt après leur départ, il nous prélèvent des montants comme ce fut le cas le 16 septembre 2020 où chaque famille en présence du donateur a reçu 30 000 FCFA, lorsque celui a tourné le dos, chaque famille bénéficiaire s’est vu retirer 20 000 FCFA et les gens se sont retrouvés avec 10 000 FCFA seulement”, soutiennent les auteurs de cette dénonciation qui préfèrent garder l’anonymat.

Ils mentionnent dans leur missive près d’une dizaine de cas assimilables selon eux à des détournements. C’est pour cela que les auteurs de cette lettre demandent aux autorités de trouver très vite une solution à cette situation pour que l’aide destinée aux déplacés ne soit détournée à d’autres fins.

“Même à des heures tardives, ils font sortir nos vivre dans des tricycles avec comme prétexte que c’est destiné à d’autres centres de déplacés et souvent ils nous arrivent de téléphoner à ceux-ci qui nient avoir reçu quoi que ce soit. Nous demandons au ministre de la Santé et du Développement social la fin de ces pratiques ou la mutation du gestionnaire Tiémoko Traoré et tous  ses complices dans des affaires de détournement”, propose un signataire de la lettre.

Le gestionnaire du Centre se défend

Approché par nos soins, le mis en cause à savoir Tiémoko Traoré, bat en brèche le contenu de cette dénonciation qu’il considère comme des allégations venant selon lui d’un certain Boureima Aldjouma Diallo.

“Boureima, lorsqu’il est venu au centre, m’a dit qu’il fut un conseiller villageois qui pourra m’aider dans mon travail. Je lui ai répondu qu’il y a déjà un comité de gestion qui est l’interlocuteur avec l’administration du centre”, se défend M. Traoré. Selon lui, depuis lors le nommé Bouréima Aldjouma Diallo a entrepris des manœuvres subversives tendant à les dénigrer.

“C’est dans cette optique qu’il est parti se plaindre auprès de la mairie de la Commune VI,  chez Ali Nouhoum Diallo, auprès de l’ancien gouverneur de Bamako Ismaïla Cissé, chez Tabital Pulaaku. Mais à notre insu, Ali Nouhoum Diallo, la mairie de la Commune VI, à travers le 5e adjoint, ont envoyé des enquêteurs sur le terrain durant plusieurs jours pour connaitre la réalité des faits.

Aux termes de leurs investigations, ceux-ci sont venus nous féliciter pour la bonne conduite des opérations des distributions dans le Centre”, se félicite Tiémoko Traoré, tout en précisant que le nommé Boureima Aldjouma Diallo a passé un temps à la Prison centrale de Bamako pour des soupçons de terrorisme, ajoutant que son éducation et son professionnalisme ne lui permettent pas de détourner des aides destinées aux déplacés.

“Je gère tous les centres de déplacés avec une grande attention. Aucun don n’a été détourné, aucun tricycle ou autre engin n’est entré nuitamment pour sortir avec les vivres pour  d’autres fins”, assure le gestionnaire, qui résume cette dénonciation à une cabale de dénigrement qui ne date pas d’aujourd’hui.

Les précisions de la DRDS

La directrice régionale du développement social, Mme Diarra Maïmouna Famanta, abonde dans le même sens que Tiémoko Traoré en pointant à son tour un doigt accusateur sur Bouréima Aldjouma Diallo. A l’en croire, en tant que première responsable du développement social, elle doit garder un œil attentif sur toutes les préoccupations des pensionnaires des centres de déplacés surtout des cas de détournement.

“A ma prise de service 27 mars 2020, ma première décision fut de faire en sorte que chaque fois qu’un partenaire fait un don, qu’il soit distribué en sa présence et que chacun rentre avec son colis. Ce procédé est toujours de vigueur mais il ne peut être appliqué dans toutes les donations pour la simple raison qu’il y a quatre sites de déplacés internes à Bamako et le principal magasin pour ces 4 sites se trouvent au Centre Mabilé de Sogoniko.

C’est pour cela que toutes les cérémonies de réceptions officielles se font là-bas généralement et après ils procèdent au dispatching entre les différents sites. Ce n’est pas tout : toutes les aides ne peuvent pas être distribuées aussitôt après la remise parce que nous pouvons être confrontés à des périodes de soudure.

C’est dans ce schéma que nous avons décidé de faire en sorte qu’il y ait des réserves dans le magasin. Il y a un comité de gestion sur place composé uniquement de déplacés qui est informé et associé par le gestionnaire du Centre à toutes les démarches et décisions”, précise la directrice.

C’est pourquoi lorsqu’elle a entendu pour la première fois des soupçons de détournement, elle a cherché à y voir clair. “Parce que j’attache du prix à la transparence et à la bonne gestion des aides c’est pour cela que j’exige régulièrement l’inventaire du stock. J’ai même reçu un Monsieur du nom de Boureima Aldjouma Diallo sur la base d’une dénonciation, c’est fait en présence des membres du comité de gestion.

Ce jour ci, ces accusations de dénonciation ont été battues en brèche par le comité de gestion et après M. Diallo m’a demandé de le designer comme gestionnaire du Centre  à la place de Tiémoko Traoré, c’est là-bas que j’ai su qu’il se bat pour lui-même et non pour le groupe. Et j’ai été très claire : Tiémoko est un fonctionnaire, c’est son travail, il a de l’expérience en la matière, même s’il doit être remplacé ce sera par un autre fonctionnaire comme lui”, révèle la directrice, notant que depuis lors le nommé Diallo voit tout en noir dans la gestion des affaires courantes au Centre.

Kassoum Théra

Aujourd’hui Mali

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