Il y a des disparitions qui dépassent le cadre d’une famille, d’un pays ou même d’une génération. Celle de Cheikh Hamidou Kane est de celles-là. En s’éteignant à Dakar à l’âge de 98 ans, l’auteur de L’Aventure ambiguë emporte avec lui une époque, mais laisse à l’Afrique une œuvre, une pensée et des souvenirs qui continueront de vivre. Parmi ceux qui mesurent aujourd’hui le vide laissé par sa disparition, le chercheur et écrivain malien Chirfi Moulaye Haïdara garde précieusement celui d’une rencontre qui, treize ans après, demeure intacte.
C’était le 7 novembre 2013, à Dakar. À l’occasion de la Journée internationale de l’Écrivain africain, Cheikh Hamidou Kane était honoré lors d’une cérémonie à laquelle le Mali était invité d’honneur. Chirfi Moulaye Haïdara avait alors eu le privilège de prendre la parole pour lui adresser un message de sympathie et d’estime.
Un moment solennel, mais surtout un moment profondément humain. « Ce dernier a été ému, épaté par les mots prononcés », se souvient aujourd’hui l’écrivain malien.
Après les salutations officielles, les deux hommes avaient échangé. Cheikh Hamidou Kane évoqua son admiration pour plusieurs grandes figures intellectuelles africaines, parmi lesquelles le Burkinabè Joseph Ki-Zerbo et le Malien Bakari Kamian.
Pour Chirfi Moulaye Haïdara, cette confidence révélait bien plus qu’une admiration personnelle. Elle témoignait de cette fraternité silencieuse qui reliait les grandes consciences africaines, par-delà les frontières.
Né à Matam en 1928, Cheikh Hamidou Kane avait porté dans son œuvre les grandes interrogations de l’Afrique face au monde. Dans L’Aventure ambiguë, publié en 1961, il raconte à travers Samba Diallo le bouleversement d’un jeune Africain partagé entre l’enseignement traditionnel, la foi et la pensée occidentale.
Plus de six décennies plus tard, ses interrogations restent profondément actuelles.
À l’annonce de sa disparition, Chirfi Moulaye Haïdara s’incline devant celui qu’il décrit comme un « grand baobab », un « monument de savoir » et de « connaissances majuscules ».
Le baobab est tombé. Mais ses racines demeurent profondément ancrées dans la terre africaine.
Son œuvre continuera de parler aux générations futures. Et peut-être est-ce là la plus belle victoire d’un écrivain : partir, sans jamais vraiment disparaître. Comme l’écrivait Birago Diop : « Les morts ne sont pas morts. »
Dors en paix, grand baobab de la littérature africaine. Que le Très-Haut t’accueille dans Son Paradis éternel. Amen.
Kada Tandina
Mali24.info
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