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Coopération : pourquoi le Mali et l’Union européenne reprennent le dialogue ?

Après une période de fortes tensions diplomatiques, marquée par des désaccords politiques et sécuritaires, le Mali et l’Union européenne amorcent un timide rapprochement. À l’initiative de Bruxelles, une tournée diplomatique a été engagée dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), signe d’une volonté affichée de relancer un dialogue jusque-là en berne.

Cette reprise de contact s’explique d’abord par un réalisme stratégique partagé. Pour l’Union européenne, le Sahel demeure une zone prioritaire, tant sur le plan sécuritaire que migratoire. Malgré le retrait de certaines missions européennes et la dégradation des relations avec Bamako, l’UE reste consciente qu’un désengagement total pourrait accentuer l’instabilité dans la région. Relancer le dialogue avec le Mali apparaît ainsi comme un moyen de préserver ses intérêts et de maintenir un minimum d’influence. Après le Niger et le Burkina-Faso, le représentant spécial de l’Union européenne (UE) pour le Sahel, Joâo Cravinho, à la tête d’une forte délégation, a eu, le mardi 17 février au département des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, un entretien avec le ministre Abdoulaye Diop et son collègue chargé des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, Mossa Ag Attaher.

Du côté des autorités maliennes, cette ouverture s’inscrit dans une dynamique de diversification des partenariats. Membre clé de l’Alliance des États du Sahel aux côtés du Burkina Faso et du Niger, le Mali défend une approche souverainiste de sa coopération internationale. Toutefois, dans un contexte économique et humanitaire exigeant, Bamako ne peut se permettre de rompre durablement avec un partenaire aussi important que l’Union européenne, notamment en matière d’aide au développement, d’appui budgétaire et de soutien humanitaire.

La tournée européenne dans les pays de l’AES traduit également une volonté d’adaptation. Face à la recomposition géopolitique en cours dans la région, Bruxelles semble privilégier une approche plus pragmatique, moins centrée sur les conditionnalités politiques et davantage orientée vers des intérêts communs : stabilisation, développement local et gestion des flux migratoires.

Cependant, cette reprise du dialogue reste fragile. Les divergences persistent, notamment sur les questions de gouvernance, de transition politique et de choix des partenaires sécuritaires. La méfiance accumulée ces dernières années ne s’efface pas facilement, et chaque camp avance avec prudence.

En réalité, ce réchauffement diplomatique repose sur un équilibre délicat : coopérer sans renoncer à ses principes pour l’Union européenne, et dialoguer sans compromettre sa souveraineté pour le Mali. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait ouvrir la voie à une coopération renouvelée, plus réaliste et adaptée aux nouvelles réalités du Sahel. À défaut, elle risque de rester une simple tentative de rapprochement dans un climat encore marqué par les incompréhensions.

Modibo FOFANA

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