Dr Modibo Soumaré, président de l’URP : « Le concept binaire qui consiste à dire BOUA TA BLA, BOUA A BLA n’est pas démocratique »

Le président de l’URP, Dr Modibo Soumaré s’indigne du comportement de certains cadres politiques qui invitent les Maliens aux troubles, aux prises de machettes et aux manifestations de rue dans notre pays qui a assez souffert et qui a l’espoir de se relever. Dans une interview qu’il nous a accordée, il critique le concept binaire qui consiste à dire ‘’BOUA A BLA, BOUA TA BLA’’ qui fait la chronique de l’actualité. Pour lui, les gens doivent montrer leurs muscles par leur cerveau et proposer les meilleures alternatives possibles aux Maliens qui auront à choisir. Lisez l’interview Comment se porte aujourd’hui l’URP ? En tant que président du parti, je pense que l’URP se porte bien. En ce sens que les débats sur la nation se passent pleinement et l’URP est très attentif sur la situation globale du pays mais aussi sur la vie du parti. Lors des élections passées, on a pu avoir au moins un maire exemplaire qui dirige aujourd’hui très bien sa commune et ça fait vraiment notre fierté. Les cadres du parti partout où ils passent dans les débats parlent du Mali et surtout des intérêts du Mali et essayent d’être exemplaires. Cela dit, je pense que l’URP se porte bien. Vous avez soutenu la majorité présidentielle durant ces cinq années de gouvernance. Qu’est-ce que vous avez gagné ? Ce que nous avons gagné ? Nous avons gagné en écoute, nous avons gagné le fait que le Mali ne se soit pas effondré. Il est évident que la tâche était ardue nonobstant les péripéties pendant la transition. Les gens oublient vite, on était à la limite dans un pays où il y avait un président élu, il y avait un autre président de la transition qui constituait en quelque sorte une barrière ou une épée de Damoclès et, cela a été réglé. Aussi, la justice on la laissée faire son travail. Le vérificateur, il fait son travail. Par rapport au processus au nord de notre pays, il y a un accord qui a été signé, un accord imparfait, mais comme on le dit, un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. Il n’y a pas de guerre propre, nous pensons qu’après la signature de l’accord, les pertes en vie humaine nous montrent à suffisance que si jamais il n’y avait pas un accord signé, ça allait être le triple ou plus que tout ça. Nous ne sommes pas le parti qui dit qu’est-ce que nous avons gagné, parce que si le Mali gagne nous gagnons et la preuve est que les élections se sont passées comme je l’ai tantôt dit, notre maire Falaye Keïta est actuellement le président de l’Association des Jeunes Maires du Mali. Cela montre qu’il a suivi une bonne formation, qu’il a valu un certain leadership qui lui permet en tant qu’élu de l’URP, de pouvoir diriger une telle instance. Donc je pense que nous avons gagné en démocratie. On a fait notre congrès, les uns et les autres ont dit leur attachement à la République et ont invité les autorités à travailler toujours dans le sens de la paix et de faire en sorte que tous les Maliens se sentent chez eux et qu’on n’ait pas à rougir parce qu’on est Malien. Cela est fait, nous pouvons dire qu’on a gagné. Est-ce que vous regrettez votre soutien à la majorité ? Je pense que si tous les Maliens avaient la même lecture que nous, compte tenu des menaces qui pèsent sur notre pays, on aurait fait une union sacrée autour des institutions. Parce que, si le Mali tombe ça ne tombe pas pour l’opposition, ça ne tombe pas pour la majorité, ça tombe pour nous tous. Nous n’avons pas d’autre pays, on n’aimerait pas avoir d’autres pays, on aime ce pays et on pense qu’on ne peut pas regretter le fait d’avoir appuyé la majorité. On continuera dans ce sens jusqu’au dernier jour, parce qu’on est des hommes d’honneur et on ne change pas de bateau au premier coup de canon. Dans la perspective des élections, d’ores et déjà les partis politiques clarifient leur position, quelles sont les orientations de l’URP ? L’URP s’est retiré à Kangaba pour discuter justement de ce sujet, pour dire qu’on ne tombe pas dans les mains de l’improvisation. La priorité pour les délégués qui sont venus des différents cercles, c’était pour que l’URP puisse travailler, si possible dans une première option, à sortir une candidature réaliste. Si ce n’est pas le cas, maintenant de laisser l’option finale au bureau national d’analyser froidement la situation et de décider la voie à suivre. Dans ce sens, depuis deux mois, il y a eu un débat qui s’est engagé au sein du parti et ce débat a connu son épilogue. Le bureau national a décidé de rester dans la majorité présidentielle et de soutenir la candidature du Président IBK dès le premier tour. La démocratie malienne a pris un autre tournant surtout avec l’heure des réseaux sociaux, l’actualité est dominée par le concept ‘’ BOUA TA BLA, BOUA A BLA’’ qu’en pensez-vous ? Je pense que ce concept binaire qui consiste à dire ‘’ BOUA TA BLA, BOUA A BLA’’, n’est pas démocratique. D’ailleurs, dans les débats politiques, aujourd’hui, les uns et les autres doivent sortir avec leur programme. On ne peut pas être candidat et avoir son programme dans sa poche. Il faut que les uns et les autres puissent dire, est-ce que par rapport au problème du nord, nous avons meilleur scénario que ce qui a été mis en place, à savoir la mise en place de l’application de l’accord d’Alger et, est-ce qu’aujourd’hui, par rapport à l’école vous avez meilleure proposition, par rapport à l’emploi, vous avez meilleure proposition, par rapport à l’organisation des forces armées, de l’économie, de l’éducation, j’en passe. Voilà ce que le Malien lambda doit savoir. Mais pas de dire ‘’ BOUA TA BLA, BOUA A BLA’’. La Constitution permet au Président IBK de se porter candidat une deuxième fois s’il le veut. Donc, dire ‘’BOUA KA BLA’’ n’est pas démocratique. Nous ne sommes pas dans ce débat binaire parce que, ça ne sert à rien, on veut plutôt des programmes. Ceux qui disent aujourd’hui qu’il ne faut pas que le Président continue, moi je leur dis non. Pourquoi ne doit-il pas continuer et proposer de meilleures alternatives. Malheureusement, il y a une pauvreté dans la proposition, dans le débat. On participe aux débats au niveau du ministère de l’administration territoriale suite à l’organisation des élections, mais on s’est rendu compte que parfois, il n’y a pas d’autres propositions. S’il n’y a pas d’autres propositions, nous en tant qu’URP, nous avons nos réflexions sur tous les aspects de la vie de la nation et on va apporter notre valeur ajoutée au programme présidentiel pour que le Président de la République puisse se porter candidat avec les propositions de l’URP. Bientôt la campagne présidentielle va s’ouvrir, il y a une forte tension du côté de la majorité comme de l’opposition, quel appel avez-vous à lancer pour une élection apaisée ? Je ne sais pas si vous avez vu les positions assumées par le président de l’URP sur sa page Facebook. J’ai dit, à l’approche de l’élection présidentielle, que des hauts cadres des partis, pas les moindres, parlent de machettes, que des partis politiques investissent la rue, je trouve que ce n’est vraiment pas le moment. Je me suis battu en 1991 pour la démocratie, pour le multipartisme intégral, je sais ce que veut dire sortir dans la rue. Même pour l’AEEM, en tant qu’ancien, les marches c’était le dernier recours. Quand on arrivait aux marches, ça trouvait qu’on a fait des rencontres avec nos partenaires, les assemblées générales, des meetings et ensuite on termine par les marches. Mais, quand il y a des appels à la violence, quand il y a des appels à la prise de machettes ou autre chose dans un climat électrique et ensuite on appelle les Maliens à sortir dans la rue, je pense que ça ne participe pas à la construction nationale. Je pense qu’il faut aller dans le sens de l’apaisement. C’est pourquoi nous avons dit, l’URP ne souhaite pas qu’il y ait des marches, que ce soit de la part de l’opposition ou de la majorité jusqu’à l’élection du 29 juillet 2018. A partir de là, les gens peuvent s’exprimer, mais investir la rue et augmenter la tension, dans un pays qui est classé au rouge, où le tourisme est mort, ça ne ferait qu’ajouter des problèmes à d’autres. Ils feront mieux et ils gagneront plutôt à travailler dans le sens de l’apaisement et dans le sens de l’explication de leurs programmes pour que les Maliens puissent choisir en âme et en conscience. J’ai l’habitude de rappeler qu’il faut que les Maliens regardent la Centrafrique, qu’il faut que les Maliens regardent le Rwanda, que les Maliens regardent le Soudan, etc. La radicalité n’a jamais construit un pays. Nous voulons plutôt que les gens montrent leurs muscles par leur cerveau et proposent les meilleures alternatives possibles. En ce moment les Maliens auront à choisir. Votre mot de la fin ? Puisqu’on va signer dans les jours à venir la convention de la majorité pour l’élection du 29 juillet pour soutenir le président IBK, je profite de l’occasion pour informer les structures de base du parti que la position du parti est claire, c’est de soutenir la candidature d’IBK dès le premier tour. Entretien réalisé par Drissa Togola & Maïmouna Berthé