Esclavage dans la région de Kayes : LES VICTIMES TÉMOIGNENT SUR LEURS CONDITIONS

«Lors du mariage de mon grand-frère, qu’on a organisé dans le village de Fegui (cercle de Kayes, ndlr), le chef du village s’est offusqué de n’avoir pas été informé avant de faire quoique ce soit. Et pour cause, un esclave et descendant d’esclave n’a pas le droit de manifester son mariage sans son consentement. Et pour me punir ma maison est restée fermée pendant plus de trois mois» (Seydou Gano)

«Nous disons non à l’esclavage et la pratique d’esclavage ! Nous n’acceptons plus cette pratique médiévale car nous avons pris la responsabilité de ne plus suivre leurs ordres de soumission. Nous sommes au nombre de 5 chefs de famille qui, depuis l’hiver, sommes privés de tout : d’eau, de nos espaces de culture et même de pistes d’accès à certaines destinations» (Goundeni Diakité)

«Nos ancêtres ont subi toutes sortes de soumission, mais sous notre temps non jamais, même jusqu’à la mort» (Sidibé 54 ans)

«Nous, villageois de Djoyi, sommes soudés et uni. Chose qui ne leur a pas plu du tout d’autant que nous avons fait le choix de ne plus obéir aux ordres et aux pratiques esclavagistes. En plein milieu de la nuit on pouvait te solliciter pour égorger un mouton, le dépecer et le couper en morceau avant de vaquer à tes affaires. On dit stop à ces pratiques traditionnelles qui n’ont que trop duré. C’est pourquoi ils ont fait quatre jours et quatre nuits à nous massacrer et à confisquer tout ce qu’on a. Ils (les maîtres, ndlr) sont entrés à l’intérieur de la maison de mon grand-frère, lui ont attaché les deux mains et les deux pieds et ont même abusé de sa femme. Je serai peut-être leur prochaine cible, mais cela ne me décourage guère car on accepte plus l’esclavage aujourd’hui et jamais jusqu’à a la fin de nos jours» (Mamadou Traoré)

«J’ai été divorcé de force tout simplement parce qu’après des discussions entre mon frère et moi je suis rentrée en famille. Tout a commencé par là. Ils me reprochent d’être allée chez mes parents et m’ont m’interpelé chez le chef du village chez qui je me suis rendue. Ce dernier m’a demandé pourquoi j’étais partie voir ma famille et je lui ai répondu que je ne laisse ma famille pour personne.  A cause de ce malentendu, on m’a infligé une amende de 100 mille francs que j’ai refusé de payer.

Le lendemain ils ont fait irruption dans ma maison en défonçant la porte pour m’expulser manu-militari avec mes enfants sans défense. Je suis à la famille de mes parents présentement» (AtmataDemba Sissoko)

Recueillis et traduits par Abdoulaye Tangara

Le Temoin

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