Esclavagisme au Mali : Le fléau persiste !

Nous ne sommes pas au moyen âge ni dans les Amériques ségrégationnistes. Nous sommes bel et bien au 21ème siècle, au Mali, ici dans la capitale à Bamako, sur l’Esplanade de la Bourse du travail, le jeudi 5 novembre 2020. Des hommes, des femmes, des jeunes et des enfants tous réunis pour dénoncer le statut d’esclave qui leur est imposé chez eux dans des villages à Kayes.

Ils étaient des manifestants, hommes, femmes, jeunes et enfants, vent debout sur l’Esplanade de la Bourse du travail, le petit soir du jeudi passé. Ils avaient des pancartes en main. On pouvait y lire les slogans : Non à l’esclavagisme ! Non au statut de sous-homme ! Tel dans les films de lutte contre l’esclavagisme aux Etats-Unis, ‘’Kunta Kinté’’ et autres. On pouvait lire de l’amertume dans le regard des ces manifestants. Un regard triste. Tel le regard d’adieu de Gorée (Sénégal). Ils manifestaient contre l’esclavagisme et l’impunité qui l’accompagne dans la région de Kayes.

Parmi les manifestants, une femme forte, au visage rond et la taille courte criait son ras-le-bol. Elle était juste habillée de tissu wax avec un foulard noir. Comme c’était le petit soir, le soleil de 16h ne brûlait plus. On pouvait bien voir son regard abasourdi elle aussi. Tout aussi triste. Dans ses yeux, on  lisait une certaine gêne. Un complexe, une frustration. Une honte que les mots ne pourront décrire. Impossible pour elle de supporter le regard de l’autre. Etait-ce, le fait d’être traitée d’esclave ? Ou quoi ? On n’y comprenait rien jusqu’au moment où un homme cria fort. On ne veut plus que nos filles, nos sœurs et nos femmes soient forniquées sans mariage ! On ne veut plus qu’elles soient des esclaves sexuelles pour d’autres! Ha ! C’était ça ! Oui ! Etre réduite à une esclave sexuelle ! C’était cette honte ! La déchéance la plus inhumaine et la plus basse que puisse subir une femme ! Esclave sexuelle ! Etait-ce le pourquoi ? Fuyait-elle les regards par peur qu’on ne lise sur elle cette souillure ? Dieu seul sait. Quand même on n’a pas pu lui poser la question.

Malgré tout, on s’approcha d’elle. Elle força d’abord un sourire qui ne passait du tout puis se mit à répondre à nos questions : Je m’appelle Fatoumata Kanouté. Je suis de Kayes, du village de Tafissaka. Chez moi au village j’étais traitée d’esclave. J’en ai subi toutes les conséquences. J’ai fini par quitter mon village pour venir vivre ici à Bamako. Aujourd’hui ce que nous décrions, c’est la maltraitance affligée à ceux qui refusent d’être des esclaves. Ils sont tués, violentés et subissent toutes sortes de menaces. Beaucoup ont été contraints de fuir comme moi….

Dans cette lutte, l’espoir n’est pas grand. Le silence au tour du sort ces femmes et ces hommes est lourd et coupable. Pour eux, la chose est légalisée d’une certaine manière. La justice punit rarement les coupables d’esclavagisme et juge la chose souvent comme une coutume, témoigna un jeune homme.

Dans une déclaration, ils ont revendiqué certains Droits. Un épisode digne du moyen âge ou d’un film de mémoire. Ne plus être traité d’esclave. Punir les coupables. Interdire l’esclavagisme par une loi. Pénaliser la pratique! Surtout, surtout interpeller “les autorités maliennes de venir au secours de ces femmes et filles souvent mineures violentées et violées en longueur de journée dans les champs et dans les maisons sous prétexte qu’elles sont esclaves. Une page noire de notre Mali en ce 21ème siècle.

Koureichy Cissé

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