L’ADEMA veut-il encore monnayer son soutien au pouvoir en place ?

Le nouveau président élu à la tête de l’ADEMA PASJ, le professeur Marimantia Diarra, a laissé entendre que son parti apportait tout soutien à la transition. Cependant, le parti de l’Abeille nuance désormais sa participation aux assises nationales pour la refondation de l’Etat. Ce qui n’était pas le cas, il y a quelques jours.

L’ADEMA PASJ est un parti qui a dirigé le Mali pendant 10 ans soit deux mandats consécutifs. En 2002, il perd les élections mais décide de rester dans la majorité présidentielle au nom du « consensus politique » à la grande stupéfaction des observateurs avertis de la scène politique nationale qui s’attendaient à ce qu’il endosse le dossard de chef de file de l’opposition. Pour l’élection présidentielle de 2007, il s’offre même le luxe de ne pas présenter de candidat et constitue avec l’URD ainsi que 12 autres partis politiques, l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) pour soutenir la candidature d’Amadou Toumani Touré

En 2013, Assarid Ag Imbarkawane, secrétaire général du parti, explique : « L’Adema-PASJ doit être dans une suite logique de travaux de préparation des élections et de l’alliance que nous avons faite avec la majorité présidentielle… Après l’élection de 2013, l’Adema-PASJ a officiellement écrit au président IBK pour l’informer qu’elle rejoignait la coalition de la majorité présidentielle. Il n’y a aucune raison pour que l’Adema-PASJ quitte le navire ».

Depuis qu’il a perdu le pouvoir en 2002, l’ADEMA PASJ a toujours vécu dans la peur de vivre dans l’opposition. « Aller dans l’opposition, c’est la porte ouverte à la justice pour traquer les cadres du parti qui ont pillé les ressources du pays » analyse un habitant de Bamako.

L’analyse des rapports des services de contrôle de l’Etat, montre en effet d’importants indices de corruption dans l’administration publique pendant les premières heures de la démocratie. Est-ce pour protéger ses cadres que l’ADEMA PASJ n’a jamais voulu aller dans l’opposition ? Oui ce constat est réel

Au démarrage du 6ème congrès ordinaire du parti tenu les 16-17 et 18 octobre derniers, le président sortant le Pr Tièmoko Sangaré avait réitéré la volonté de son parti de ne pas participer aux assises nationales sur la refondation de l’Etat proposées par le gouvernement de transition et contre lesquelles une coalition de partis politiques dont fait partie l’ADEMA, a émis des réserves.

En effet, Tièmoko Sangaré avait laissé entendre que son parti n’était pas prêt à participer à de telles assises qui soulèvent « nombre d’interrogations, qui font douter de la sincérité des objectifs affichés et qui risque d’être un stratagème pour imposer unilatéralement une extension de la période transitoire ».

L’ADEMA PASJ forme avec une soixantaine de partis politiques le « cadre de concertation pour une transition réussie ». Ce cadre a émis des réserves sur les intentions des nouvelles autorités de la transition d’organiser les Assises nationales sur la refondation de l’Etat (ANR) et de mettre en place l’organe unique de gestion des élections, estimant en ce qui concerne cet organe qu’il était difficile de le faire « dans les délais impartis à la transition ».

Pour le désormais ex président de l’ADEMA PASJ, les conditions ne sont pas réunies pour tenir de telles assises. « De nos jours, à quelques encablures des élections générales, prévues au mois de février 2022, le pays est dans une incertitude ; la transition semble ignorer les données de sa propre boussole ; Les principes d’inclusion et de participation consacrés sont mis en cause ; le clivage politique n’a jamais été aussi profond dans notre pays,…Dans un contexte d’incertitude sur le devenir de la démocratie au Mali, personne ne doit avoir comme agenda l’exclusion, la récupération politique, la diversion… ». Il propose donc « l’inclusion, le rassemblement de toutes les forces vives de la nation, l’union sacrée des Maliennes et des Maliens autour des valeurs positives, républicaines et démocratiques » « le soutien indéfectible à notre armée qui se bat nuit et jour pour défendre notre pays et sécuriser ses populations » comme solution à la problématique posée.

« Nous devons tous adopter un comportement fédérateur, des plus hautes autorités aux citoyens ordinaires, éviter les comportements belliqueux, revanchards, de mépris, toutes choses qui ne sont pas de nature à juguler les crises actuelles, dans lesquelles, faut-il le rappeler, personne ne pourra redorer son blason » a conseillé celui qui était encore considéré comme le n°1 des Abeilles avant l’issue des travaux du 6ème congrès ordinaire du parti. C’est désormais, le professeur Marimantia Diarra qui dirige le parti depuis le 18 octobre dernier. Il a été élu président face à Tièmoko Sangaré, largement mis en minorité.

Ses premiers mots en sa qualité de nouveau président du parti ADEMA PASJ, ont été de dire le soutien de son parti à la transition. « Je déclare solennellement notre soutien à la transition, transition qui va permettre l’organisation d’élection paisible… », a-t-il indiqué. Et par rapport à la participation de l’ADEMA PASJ aux assises nationales pour la refondation de l’Etat, la position des Abeilles est désormais nuancée. « Lors des débats, certains membres du parti ont estimé qu’il ne faut pas faire la politique de la chaise vide dans le cadre des Assises nationales de la refondation. Ces militants ont estimé qu’il faut participer et donner les propositions du parti lors de ces assises. Mais comme l’Adema est dans une coalition : le cadre d’échange, la question sera abordée au sein de cette coalition. Et après le parti prendra une position », rapporte notre confrère du journal Le Pays qui avance une source proche du parti des abeilles.

Doit-on en déduire que l’ADEMA PASJ, sous la houlette du professeur Marimantia Diarra, est dans la logique d’apporter tout son soutien à la transition actuelle ? Ce qui signifierait qu’il participera aux assises et s’alignera sans doute derrière la décision finale qui en résultera.

Cette posture du parti de l’Abeille ne surprend guère. Depuis 2002 à nos jours, ce parti s’est toujours arrangé pour ne pas s’éloigner du pouvoir. Ceci expliquerait également la défaite cuisante du Pr Tièmoko Sangaré, mis en minorité par ceux-là qui voudraient offrir l’ADEMA PASJ aux autorités actuelles de la transition. Car, par ces temps qui courent, avec les arrestations tous azimuts dans le cadre de la lutte contre la corruption, mieux vaut être avec la Transition que contre la Transition. Ce ne sera pas une surprise si dans les jours à venir, l’ADEMA PASJ se retirait du « cadre de concertation pour une transition réussie » qui a décidé de ne pas participer aux assises sur la refondation de l’Etat.

El hadj Tiémoko Traoré

le Pouce

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