‘’Lorsque l’action politique se mêle de la justice, on ne parle plus de justice’’

Le Collectif des avocats des personnes inculpées dans l’affaire dite de ‘’tentative atteinte à la sûreté de l’Etat’’ qui défraie la chronique était le 8 janvier 2020 à la Maison de la Presse.

«Mesdames et messieurs de la presse, nous n’avons pas plus d’éléments que vous dans ce dossier. Le juge d’instruction a décidé de placer sous mandat nos clients sans les entendre au fond. L’instruction n’a pas démarré», affirme Me Kassoum Tapo. L’ancien Bâtonnier était entouré  de plusieurs autres avocats de renom, dont les Français Marcel Ceccaldi et Eric Moutet Me Abdouramane Ben Mamata Touré et Mamadou Lamine Traoré. 

Selon lui, «Ce que nous reprochons à la procédure, c’est d’être plus qu’inquisitoire, fondée sur des dénonciations qui ont été reçues par la Sécurité d’Etat. Le Procureur de la République a requis l’ouverture d’une information en se basant sur un rapport des services secrets que nous n’avons pas. C’est absolument illégal. Si nous n’obtenons pas gain de cause devant les juridictions nationales, nous irons devant les juridictions communautaires et internationales. Parce qu’il s’agit du respect des normes…Pour un procès équitable, il y a des normes à respecter danstoute démocratie, nous ne demandons que cela. Il y a des éléments qui sont en jeu, Il s’agit du respect de droit, de liberté fondamentale, d’expression, d’association, de réunion de faire la politique des citoyens», déclare-t-il.  Evoquant le cas de Dr Boubou Cissé, Me Kassoum Tapo dira que l’ancien Premier ministre n’est pas en fuite. «…  Il n’a reçu aucune convocation, ni du procureur, ni de la gendarmerie, ni du juge d’instruction. Nous attendons que la justice respecte le droit de ceux qui sont inculpés, qu’elle respecte la présomption d’innocence. Quand il n’y a pas d’éléments contre les gens, on les laisse en liberté», souligne Me Tapo. Les personnes citées en cause n’ont tenu aucune réunion autour de Dr Boubou Cissé.

Dossier vide

Pour Me Marcel Ceccaldi, avocat au barreau de Paris, «le dossier est vide. Il n’y a pas d’éléments matériels. C’est un dossier vicieux, scandaleux. Lorsque l’action politique se mêle de la justice, on ne parle plus de justice ». Maintenir Ras Bath en détention, a laissé entendre l’avocat français, est une atteinte grave à la liberté d’opinion.

Délire absolu

Selon Me Eric  Moutet du Barreau de Paris, l’absurdité de ce dossier se trouve l’évocation des ambitions présidentielles de Dr Boubou Cissé. «On est dans le délire absolu. A travers les questions posées, on se rend compte de l’absence totale d’éléments probants. Il y a une zone d’ombre dans le dossier qu’il nous faut décrypter».

Me Abdouramane Ben Mamata Touré s’étonne des conditions d’arrestation de son client, Sékou Traoré, Secrétaire général de la Présidence de la République. «Je suis étonné par la manière de l’arrestation de Sékou Traoré, un magistrat avec rang de ministre. La garantie protectrice dont il bénéficie a été touchée et ne restera pas impunie. Il n’a pas été entendu jusqu’à ce jour à cause de son statut protecteur de magistrat et de secrétaire général avec rang de ministre. Il n’y a pas d’éléments pour accuser Sékou…L’honneur, la dignité des détenus seront lavés», a fait savoir Me Touré. C’est juste une machination juste pour le très convoité poste de Sékou Traoré.

 Ras Bath et Sékou Traoré ne se sont jamais rencontrés. Selon lui, les indices ne sont ni graves ni concordants. Ce dossier, a-t-il plaidé, est une compilation de questions et d’affirmations. «Nous demandons à la justice de rendre au Mali sa dignité et sa fierté », a-t-il souligné.

Pour Me Mamadou Lamine Traoré le dossier est déconcertant. Souleymane Kansaye, Receveur général du District, n’a tenu aucune réunion secrète, a-t-il expliqué. Et Youssouf Mohamed Bathily alias Ras Bath a fait l’objet de tortures psychiques et morales lors de son passage à la Direction générale de la Sécurité d’Etat.

A l’unanimité, les avocats estiment que les dossiers sont vides et entendent faire libérer leurs clients le plus vite possible.

Moussa DIARRA

Source: Le Challenger

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