Mali-CEDEAO : Les sanctions vues par l’économiste Modibo Mao Makalou

Diplômé en Sciences Économiques à l’Université de Montréal et détenteur d’un MBA (Master of Business Administration) obtenu à l’Université américaine de Washington, Modibo Mao Makalou a engrangé une expertise avérée en relations économiques internationales (économie et finance). Celui qui dirige aujourd’hui le cabinet International business services (IBS Sarl) a bien voulu se prononcer dans nos colonnes sur les sanctions en cours contre le Mali.  L’économiste et gestionnaire financier malien Modibo Mao Makalou est un fin connaisseur des arcanes internationaux.  Il a sillonné le monde (il est né en Chine) et vit au Mali depuis 30 ans. Dans l’interview qui suit, il appelle les autorités maliennes à adopter une stratégie de sortie de crise et surtout éviter toute confrontation avec l’UEMOA et la CEDEAO.

Mali 24 : Pourriez-vous nous parler des principaux objectifs de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA)?

Modibo Mao MAKALOU : La Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui a été créée le 28 mai 1975 par le Traité de Lagos regroupe quinze (15) Etats et a pour objectif de promouvoir la coopération économique et politique entre les Etats membres. Un des principes fondamentaux de la CEDEAO stipule la promotion et la consolidation d’un système démocratique de gouvernement dans chaque Etat membre tel que prévu par la Déclaration de Principes Politiques adoptée le 6 juillet 1991 à Abuja.

La Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se propose dans ses objectifs de « promouvoir la coopération et l’intégration dans la perspective d’une Union économique de l’Afrique de l’Ouest en vue d’élever le niveau de vie de ses peuples, de maintenir et d’accroire la stabilité économique, de renforcer les relations entre les Etats membres et de contribuer au progrès et au développement du continent »      

Pour ce qui concerne l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) qui a été créée le 10 janvier 1994, elle regroupe 8 Etats ayant en partage la monnaie FCFA en Afrique de l’Ouest, l’un de ses objectifs est de créer entre les Etats membres un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d’établissement des personnes exerçant une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un tarif extérieur commun et une politique commerciale.

Il apparait donc clairement que la palette de sanctions prises par l’UEMOA et la CEDEAO contre le Mali sont antinomiques avec les objectifs d’intégration économique et politique de ces 2 organisations sous-régionales.

Depuis le 9 janvier 2022 le Mali est sous sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA, quels pourraient être les impacts de ces sanctions au quotidien et au fil du temps ?

Ces sanctions sont politiques, diplomatiques, économiques, financières et commerciales. Elles visent à paralyser le fonctionnement de l’Etat au quotidien en le privant de ressources financières mais aussi à restreindre toutes les activités diplomatiques, économiques, financières et commerciales du Mali avec les 14 autres Etats membres de la CEDEAO. Ces diverses sanctions pourraient avoir des conséquences désastreuses à moyen terme sur les conditions de vie non seulement des populations maliennes mais aussi sur les populations des pays membres de l’UEMOA et de la CEDEAO alors que l’un des principes fondateurs de la CEDEAO et de l’UEMOA est la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux et des facteurs de production, l’harmonisation des politiques économiques et la création d’une monnaie unique.

Des conséquences désastreuses ?

Oui, inexorablement ces mesures prises par la CEDEAO et l’UEMOA à l’encontre du Mali auront des impacts économiques, financiers et sociaux conséquents et négatifs sur les populations déjà éprouvées par une crise multidimensionnelle (politico-sécuritaire, sociale, économique, humanitaire, alimentaire, et sanitaire) qui perdure depuis 2012.  Notons que selon plusieurs organisations non-gouvernementales 1,2 million de maliens sont actuellement en insécurité alimentaire grave et plus de 7 millions de maliens ont besoin d’assistance alimentaire. Aussi, le gel des avoirs de l’Etat malien aura pour effet de paralyser le fonctionnement quotidien de l’Etat malien. Déjà, le 12 janvier 2022, le Mali a été empêché de lever 30 milliards FCFA sur le marché monétaire de l’UEMOA suite aux sanctions financières de l’UEMOA, ce qui affectera négativement les ressources budgétaires et financières de l’Etat malien.

Aussi, le Mali est assez dépendant du commerce international (importations et exportations) qui constitue 60% de sa production nationale de ses biens et services. L’économie malienne est peu diversifiée car sa production est spécialisée et peu transformée pour les produits agricoles et pastoraux (moins de 2%). Il est donc nécessaire de subventionner pour le moment les produits de grande consommation afin d’équilibrer l’offre et la demande de produits de grande consommation afin d’éviter les pénuries sur les marchés et en même temps limiter les augmentations de prix des denrées de première nécessité qui seront engendrées à court terme par les fermetures des frontières et l’interdiction de faire des échanges commerciaux avec les 14 pays de la CEDEAO.

Par ailleurs, nos 3 plus importants fournisseurs pour les importations que sont le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso sont tous membres de l’UEMOA et de la CEDEAO.

Parlant des importations, les autorités maliennes, on le sait, ont déjà entrepris des démarches auprès des voisins guinéen et mauritanien. Qu’en pensez-vous de cette décision ?

C’est une excellente initiative. Le désenclavement intérieur et extérieur est une priorité pour notre pays qui est vaste et enclavé. Notre pays doit diversifier ses sources d’approvisionnement pour ne pas subir un choc exogène important dans le cadre de ses échanges internationaux afin d’éviter les pénuries et les surcoûts associés à des évènements imprévus. Par ailleurs, nos deux voisins guinéen et mauritanien accordent beaucoup d’importance aux corridors qui les lient au Mali sans compter les investissements que ces 2 pays sont entrain d’effectuer pour pouvoir moderniser et augmenter la capacité de transit de leurs ports en vue d’accueillir les marchandises et produits à destination du Mali.

Outre la subvention des produits de grande consommation que vous avez abordée, que proposez-vous encore aux autorités de la Transition pour pouvoir sortir de cette situation ?

Les autorités de la Transition doivent adopter une stratégie de sortie de crise avec des scenarii et surtout éviter une confrontation avec  l’UEMOA, la CEDEAO, l’Union Africaine et l’Organisation des Nations-Unies. Il s’agira essentiellement pour les Autorités de la Transition d’élaborer un chronogramme réalisable qui sera jugé acceptable par la CEDEAO. Le nouveau chronogramme proposé par la transition pourrait mettre l’accent sur les activités visant à assurer un retour à l’ordre constitutionnel dans un délai jugé raisonnable pour les deux parties.

interview réalisée par Dily Kane

Mali24.info

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