« Les femmes n’occupent toujours pas 30 % des postes de nomination »
Avocate au Barreau du Mali depuis 1987, Me Kadidia Sangaré est une figure emblématique de la défense des droits humains. Présidente de la Commission Promotion de la Femme, de la Famille, de la Protection de l’Enfant, de la Jeunesse, des Sports, du Travail et de l’Emploi au Conseil National de Transition (CNT), elle a été ministre de la République, présidente de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), membre fondatrice de l’AMDH, membre de l’AJM, du Conseil de l’Ordre des Avocats et d’Avocats sans frontières. Une carrière au service des plus vulnérables, notamment les femmes victimes de violences et les enfants en détresse.
Dans cet entretien exclusif accordé à Mali24.info, Me Sangaré revient sur les grandes innovations des nouveaux codes pénal et de procédure pénale récemment adoptés, ainsi que sur l’évolution de la condition féminine au Mali.
Mali24.info : Le Mali vient d’adopter un nouveau Code pénal et un nouveau Code de procédure pénale. Quelles en sont les principales innovations ?
Me Kadidia Sangaré : Ces nouveaux textes comportent de nombreuses avancées significatives. Parmi les plus marquantes, on peut citer :
Ces réformes représentent-elles des avancées notables en matière de protection des droits des femmes ?
Absolument. Des infractions jusque-là absentes des textes sont désormais reconnues et punies. Je pense notamment au harcèlement en milieu professionnel et scolaire. Le Code pénal prend également en compte les violences basées sur le genre (VBG) et les pratiques traditionnelles néfastes. Cela constitue une avancée majeure pour la protection des femmes et des enfants.
Cependant, il faut noter que l’excision, bien qu’étant une forme grave de VBG, n’est pas encore pénalisée par la loi. C’est une exception regrettable, mais toutes les autres formes de violence sont désormais réprimées.
Comment jugez-vous l’évolution de la situation des femmes au Mali au cours des trente dernières années ?
Des progrès ont été réalisés, mais de nombreux défis subsistent. Il existe aujourd’hui un ministère dédié à la promotion de la femme, des associations féministes dynamiques, une loi sur le genre… mais dans les faits, les femmes n’occupent toujours pas 30 % des postes de nomination, même au sein du CNT. Pourtant, lors des dernières élections législatives, nous étions proches d’atteindre ce seuil parmi les députées élues.
Ce discours selon lequel il serait difficile de « trouver des femmes compétentes » est infondé. Elles sont là, nombreuses, brillantes, souvent premières de leur classe. Il suffit de voir les résultats des examens comme le bac ou le DEF pour s’en convaincre.
Le quota est une étape, mais notre objectif doit être l’égalité réelle en droit et en pratique. Il faut reconnaître que les femmes maliennes ont souvent une longueur d’avance par rapport à d’autres pays africains. Le Code des mariages et tutelles de 1962 était déjà novateur pour l’époque. Les femmes se sont battues pour que les textes évoluent, et elles continuent de se battre.
Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes maliennes ?
Je pense qu’il est temps de changer de stratégie. Pour réussir, les femmes doivent convaincre les hommes de marcher à leurs côtés. Ce combat ne peut être gagné seules. Ensemble, main dans la main, nous pouvons atteindre nos objectifs. Il faut une synergie, une solidarité renouvelée pour une société plus juste et plus équitable.
Propos recueillis par Kada Tandina
Pour Mali24.info
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