Le ruban coupé le 1ᵉʳ novembre 2026 par Mamadi Doumbouya à Gbessia a été accompagné d’un chiffre qui pousse à réfléchir ; 733 tonnes d’or par an de capacité nominale de raffinage. Pour la Guinée, ce gigantisme industriel se veut la preuve éclatante de la renaissance économique promise par le programme Simandou 2040. Mais dès que l’on quitte l’estrade des discours pour plonger dans les données économiques, une anomalie arithmétique saute aux yeux ; d’où viendra le métal pour nourrir ce monstre d’acier ?
En 2025, la Guinée a extrait environ 70 tonnes d’or, dont seulement 20 tonnes issues des mines industrielles et 50 tonnes de l’orpaillage artisanal. Autrement dit, l’usine de Gbessia dispose d’une capacité dix fois supérieure à l’ensemble de la production nationale brute. Même en tablant sur un fonctionnement à mi-régime (environ 366 tonnes), évoqué par la direction de la Nimba Gold Refinery pour justifier une rentabilité de 4,5 milliards de dollars, la Guinée devrait engloutir l’équivalent de la production cumulée de l’Afrique du Sud, du Mali et du Burkina Faso réunis.
Cette disproportion dévoile le véritable pari, ou le mirage, de Conakry ; s’ériger en hub de raffinage continental, capable de capter les flux d’Afrique de l’Ouest et centrale pour concurrencer Dubaï ou la Suisse.
Ce pendant, cette ambition sous-régionale entre en collision avec la vague de souverainisme minier qui traverse la sous-région. Depuis l’inauguration de la raffinerie de Ouagadougou en septembre 2026 et l’accélération du complexe de Bamako soutenu par Moscou, chaque capitale sahélienne verrouille ses frontières et criminalise l’exportation d’or brut. Ni le Mali ni le Burkina ne livreront leur métal précieux pour alimenter les statistiques de Conakry.
Dès lors, le risque d’avoir une grosse raffinerie sans Or a raffiner est très probable. Sans approvisionnement sous-régional garanti et face à un orpaillage local difficile à tracer, l’infrastructure de Gbessia menace de fonctionner à perte sous le poids de coûts fixes colossaux.
La souveraineté économique ne se décrète pas par l’hyperbole des chiffres. À moins de révéler des gisements encore inconnu, la raffinerie de Conakry devra prouver que sa capacité record n’était pas un simple trophée politique, mais un outil industriel viable et rentable.
Stephan MOMO (stagiaire)
MALI 24
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