Sans Tabou: Zone aéroportuaire, l’État capitule!

Qui l’aurait cru ? La grande opération de démolition des constructions illicites dans la zone aéroportuaire lancée en grande pompe par trois ministres de la République, le 14 janvier, a été miraculeusement suspendue. Raisons officielles et officieuses évoquées : manque de moyens financiers et actions de médiations de certaines personnalités du pays. Cette décision inattendue laisse planer le doute sur les raisons évoquées par les autorités pour justifier la démolition. Manque de moyens financiers ou capitulation ?

Débutée le 14 janvier courant, l’opération de démolition des maisons illicites dans la zone aéroportuaire est à l’arrêt. Pour cause, le manque de moyens financiers et les actions de médiation entreprises par des personnalités influentes du pays. Le ministère en charge des Affaires foncières, de l’urbanisme et de l’habitat se défend et réaffirme sa détermination à reprendre les opérations dans un bref délai. Mais déjà au sein de l’opinion, le doute plane après que les bulldozers ont rebroussé chemin.

Il est clair, le domaine réservé à l’aéroport international Président Modibo Kéita Senou est classé inaliénable, imprescriptible et insaisissable suivant le décret n° 99-252/P-RM du 15 septembre 1999. En dépit de cette garantie, des maisons à usage d’habitation, des points de vente divers, des garages, des dépôts de déchets envahissent la zone. Pour beaucoup de Maliens, cette situation est le résultat du laxisme de l’État et l’impunité dans le pays. Pour résoudre définitivement cette question, les autorités de la Transition ont décidé de prendre leur responsabilité en cassant les constructions illégales. Mais arriveront-elles jusqu’au bout pour éviter que la licence de l’aéroport Président Modibo Keita ne soit retirée ? En tout cas le doute est aujourd’hui permis.
Après le déclenchement de l’opération, les questionnements et les commentaires dominaient les débats : le retrait de la licence de l’aéroport par l’ASECNA est-il fondé ? Pourquoi les bâtiments publics et d’autres infrastructures privées qui sont sur le site sont épargnés ? L’État a-t-il dit la vérité dans cette affaire ? Le peuple n’a-t-il a été berné ? L’État du Mali ne veut-il pas faire de cet espace une zone pour ses « affaires ». L’État a-t-il les moyens et le courage de sa politique ? Ainsi, la suspension de l’opération relance de plus belle e débat sur cette affaire.

Lors du lancement de l’opération, le ministre des Affaires foncières, de l’urbanisme et de l’habitat a clairement affirmé que cette démolition est une opération de salut public. Il avait soutenu que toute la zone aéroportuaire est agressée et représente un danger pour la circulation aérienne. « Les choses sont telles qu’aujourd’hui l’aéroport de Bamako court le risque de perdre sa licence. Si l’aéroport perdait sa licence les vols internationaux ne pourraient plus avoir lieu à partir de Bamako », avait expliqué le ministre Djonké DIARRA, avant de rassurer que toute la zone aéroportuaire sera dégagée à court terme. Que valent aujourd’hui ces assurances données par le ministre ?

Loin de nous l’intention de nous réjouir du malheur de ceux dont les maisons ont été démolies, nous estimons que c’est une erreur de commencer une telle opération et d’observer une suspension pour quelque motif que ce soit. Cette suspension est de nature à amplifier les soupçons selon lesquels l’État berne les Maliens. Si la licence de l’aéroport est menacée, force doit rester à la loi pour éviter les éternels recommencements. Une décision courageuse de ce genre devrait être exécutée jusqu’au bout. Elle ne devrait pas s’arrêter au stade de l’effet d’annonce pour nourrir les soupçons de deux poids deux mesures. L’État ne devrait jamais engager une telle action sans être sûr qu’il a les moyens de sa politique.

Le paradoxe est qu’au moment où la démolition était en cours, certains continuaient tranquillement leur construction dans la zone aéroportuaire. Comme pour dire ‘’l’État capitulera et n’ira pas au bout’’. C’est déplorable de constater que l’autorité de l’État soit bravée de façon aussi spectaculaire.

PAR MODIBO KONE

Source: Info Matin

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