Une étape judiciaire décisive vient d’être franchie au Sénégal. Dans un communiqué officiel daté du 2 octobre 2026, le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar a annoncé l’inculpation de cinq personnes pour des faits susceptibles de revêtir la qualification de crimes contre l’humanité, de tortures et de meurtres. Cette procédure s’inscrit dans le contexte des graves crises politiques ayant secoué le Sénégal entre février 2021 et mars 2024.
Saisie le 4 août 2025, la Section de Recherches de la Gendarmerie nationale a mené de vastes investigations pendant près d’un an. Le premier bilan provisoire, établi à la suite de l’audition de 166 victimes et témoins, fait état d’un lourd bilan. Les autorités dénombrent 76 personnes décédées, dont 41 dans la seule région de Dakar, ainsi que plus de 200 victimes présumées d’actes de torture ou de traitements inhumains, cruels et dégradants.
Au regard de leur ampleur et de leur caractère manifestement systématique, le parquet estime que ces exactions dépassent le cadre des délits de droit commun et sont susceptibles de relever de qualifications pénales plus graves.
Cette accélération de la procédure s’est concrétisée par l’arrestation de cinq individus, inculpés le 23 septembre 2026. Parmi eux, quatre sont soupçonnés d’avoir activement participé aux tortures infligées à l’activiste Pape Abdoulaye Touré. Le cinquième suspect est poursuivi dans le cadre de l’affaire du décès de Mamadou Ndoye à Bargny, mortellement et volontairement percuté par un véhicule de police.
Toutefois, la bataille judiciaire ne fait que commencer. Alors que le procureur avait requis l’incarcération des accusés, les juges d’instruction ont décidé de placer deux personnes sous mandat de dépôt et trois autres sous contrôle judiciaire ou en assignation à résidence surveillée. En désaccord avec cette décision, le parquet a officiellement interjeté appel le 28 septembre 2026.
Alors que l’instruction se poursuit, notamment à travers des commissions rogatoires, le parquet souligne que cette procédure ne constitue qu’une première étape. De nouvelles procédures pourraient être engagées au fur et à mesure que les investigations permettront de clarifier la chaîne de commandement et les responsabilités présumées liées à l’ancien régime.
Stephan MOMO ( stagiaire)
Mali24.info
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