Six ambassades et consulats épinglés par le BVG : Pour plus de 2,65 milliards de FCFA d’irrégularités financières !

Mauvaise gestion, violation des textes, omission de documents comptables, voilà entre autres, le constat établi par les équipes du Bureau du Vérificateur Général dans certaines ambassades et consulat à l’étranger. Dont Ouagadougou, Rome, Washington, Abidjan, Madrid et le Consulat du Mali à Douala. Pour plus de 2,65 milliards de nos francs !
Selon six rapports de vérification publiés sur le site du Bureau du Vérificateur Général concernant la gestion de cinq Ambassades et un Consulat, le montant total des irrégularités financières s’élève à – excusez du peu – plus de 2,65 milliards de FCFA ! Ces Ambassades maliennes dans le contexte actuel du Mali qui souffre sont-elles devenues des «no man’s land» ? Que se passe-t-il dans nos chancelleries ? Le Mali peut-il se permettre une telle gabegie financière?
Quelle est l’image du Mali que ces diplomates véhiculent à la face du monde au moment où le Président de la République a tout fait pour que «le Mali revienne dans le concert des nations dignes et ambitieuses» ? Voilà autant de questions que l’on peut se permettre de poser par rapport à la gestion de ces juridictions.
Avec plus de 1,8 milliard de FCFA d’irrégularités, le cas de l’Ambassadeur du Mali à Ouagadougou est assez emblématique. Si l’Etat accorde des avantages à des ambassadeurs par rapport aux frais scolaires de leurs enfants, celui du Burkina devrait justifier plus de 65 millions de FCFA sur ce registre.
Les frais scolaires comme cagnotte de certaines missions diplomatiques !
Selon le rapport du BVG l’article 16 du Décret n°96-044/P-RM du 08 février 1996, modifié, fixant les avantages accordés au personnel diplomatique et consulaire de la République du Mali édicte que : « les frais de scolarité pour des études, du niveau préscolaire au baccalauréat sont accordés aux enfants du personnel diplomatique et consulaire. A cet effet, il sera constitué un dossier comprenant : un acte de naissance ; un certificat d’adoption, le cas échéant ; un certificat de fréquentation scolaire ; un relevé des frais d’études pour une année scolaire délivré par l’établissement… ».
La mission de vérification a constaté que les paiements de frais scolaires pour les années scolaires 2015-2016, 2016-2017 et 2017-2018 cumulent 64,53 millions de FCFA sur la base de simples factures délivrées par les établissements. En effet, elle a relevé l’absence de certificats de fréquentation, d’actes de naissance, de certificats d’adoption, de relevés de frais d’études pour une année scolaire délivrés par les établissements scolaires. Elle a également constaté que les dossiers du personnel ne sont pas disponibles.
Ces dossiers du personnel auraient permis de recouper certaines informations manquantes. Au-delà de la loi et du statut de diplomate, tout chef de famille doit au moins disposer des relevés ou bulletins de notes des enfants à sa charge, ne serait-ce que pour un simple suivi parental. Pire, des actes de naissances et des certificats d’inscription inexistants. En conséquence, s’agit-il d’enfants fictifs ou de factures irréelles ?
A en croire les mauvaises langues, la rémunération de professeurs ayant assuré des cours à domicile, la fourniture des pièces comptables régulières exigé par les textes maliens en vigueur pourrait poser des problèmes de justification et jeter le doute sur la sincérité des dépenses au-delà de leur bienfondé.
Mais si le défaut de produire des pièces comptables en temps réel conformément à l’orthodoxie des finances publiques peut être reproché à certains de ces cadres épinglés, leur département de tutelle n’est pas exempt de responsabilité. Pour cause, certaines ambassades affirmeraient des difficultés de trésorerie liées au retard pris dans l’envoi des crédits de fonctionnement par le ministère des Affaires Etrangères. Aussi, pour ne pas mettre la clé sous le paillasson et pour éviter que le Mali à travers son Ambassade ne soit frappée d’insolvabilité auprès de fournisseurs électricité, de carburant et autres, certaines ambassades n’ont trouvé d’autres solutions que l’autoconsommation de recettes de chancellerie.
En d’autres termes elles utilisent les recettes qu’elles génèrent en attendant le déblocage des crédits par le Trésor public malien. Cela semble être interdit par la loi car, requérant au préalable d’une autorisation du Trésor. Quand bien même, ces Ambassades les utilisent pour survivre. En outre, certains textes qui encadrent la gestion financière des missions diplomatiques doivent être revus pour une meilleure adéquation entre la législation des finances publiques maliennes et les réalités socio- économiques des pays où sont accrédités nos diplomates.
Drissa Togola

Source: Le Challenger

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