Tchad : CSM et CMT, ressemblances et dissemblances

Le Tchad vient d’assister, pour la deuxième fois, à la mort de son président en exercice, le maréchal Idriss Déby Itno, ce 20 avril 2021, 46 ans après celle du père de l’indépendance Ngarta Tombalbaye, le 13 avril 1975. Les deux hommes, ont eu, presque le même destin. L’un tué lors d’un coup d’état militaire, et le second lors des combats contre une rébellion armée. Nous faisons le parallèle entre les deux Conseils militaires qui ont pris la suite de ces deux chefs d’Etat.

Ayant éliminé Ngarta, les putschistes ont mis en place, 48 heures après leur coup, le 15 avril 1975, le Conseil supérieur militaire (CSM) composé de neuf membres, tous des militaires. Il s’agit du général de brigade Félix Malloum Ngakoutou Bey-Ndi (président), le colonel Mamari Djimet Ngakinar (vice-président), le général de brigade Noël Odingar Milarew (membre), le général de brigade Negué Djogo (membre), le chef d’escadron Wadal Abdelkader Kamougué (membre), le capitaine Roasngar Mbaïndoloumal (membre), le capitaine Zakaria Wawa Dahab (membre), le lieutenant Mahmoud Abderamane Haggar (membre) et le lieutenant Gouara Lassou (membre).

Pour sa part, le CMT, mis en place le 20 avril 2021, est composé du général de corps d’armée Mahamat Idriss Deby, général de division Djimadoum Tiraina, général de corps d’armée Bichara Issa Djadallah, général de corps d’armée Oki Mahamat Yaya Dagache, général de corps d’armée Mahamat Ismaïl Chaibo, général de division Souleyman Abakar Adoum, général de corps d’armée Taher Erda Tairo, général de brigade Azem Bermandoa Agouna, général de brigade Amine Ahmat Idriss, général Gamane Mokhtar, général de division Saleh Ben Haliki, général de corps d’armée Abakar Abdelkerim Daoud, général de corps d’armée Ahmat Youssouf Mahamat Itno, général de corps d’armée Mahamat Nour Abdelkerim et général de brigade Gueile Hemchi.

Le président du CSM, le général Félix Malloum Ngakoutou Bey-Ndi est en même temps le chef de l’État, président de la République. De son côté, le Conseil militaire de transition (CMT) mis en place après la mort du maréchal Idriss Déby Itno, compte 15 membres, tous des généraux avec à leur tête le général Mahamat Idriss Déby, qui est aussi chef de l’État, président de la République, chef suprême des armées. Premier point commun entre les deux Conseils militaires, tous les membres sont des officiers de l’armée tchadienne, et dirigés par des généraux.

Autres points communs, les officiers de 1975 comme ceux de 2021, ont suspendu les institutions telles que l’Assemblée nationale, le gouvernement ( il a été décidé aujourd’hui que les ministres vont gérer les affaires courantes) et les textes fondamentaux de la République. Ils se sont accaparés du pouvoir au détriment de la légalité constitutionnelle, dénoncent certains observateurs.

En revanche, si en 1975, les militaires n’ont pas fixé un délai pour la transition, ceux de 2021, ont clairement précisé qu’ils seront là pour 18 mois en vue d’organiser des élections. Le CMT a aussi promulgué une charte de transition, chose qui n’a pas été faite par le CSM. La prise de pouvoir du CSM marque le début de la deuxième République, celui du CMT amorce-t-elle la cinquième République ?

Alors que tous les membres du CMT sont des généraux, le CSM n’a que trois généraux, même le vice-président était colonel. Le président du CSM est le plus âgé et expérimenté sur le plan militaire, tandis que le président du CMT est le plus jeune même s’il a, à son actif, plusieurs campagnes militaires à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Pendant que le président du CSM était sorti de prison pour être parachuté à la tête des officiers, celui du CMT était au front lors des combats ayant provoqué la mort du chef de l’État.

Dans tous les cas, le CSM a mis en place un gouvernement dit provisoire, un mois après son coup d’état, le 12 mai 1975. Une équipe de 18 membres dont tous les neuf officiers du CSM sont ministres d’office avec des portefeuilles ministériels clés comme la Défense, les Affaires étrangères, l’Économie, les Finances. Pour l’heure, le gouvernement de transition annoncé par le CMT est encore attendu. Les officiers généraux du CMT seront-ils aussi tous membres du gouvernement ou géreront-ils uniquement l’aspect militaire ? On le saura bientôt.

Sur un autre plan, le contexte entre la prise de pouvoir du CSM et du CMT est différent. Le CSM a fait chuter le parti unique tout en perpétuant le même système. Le CMT est mis en place dans un contexte démocratique marqué par le multipartisme et précisant continuer dans cette lancée dans sa charte de transition qui stipule à son article 4 que « les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment librement et exercent leurs activités dans le respect des lois de la République ».

A quoi ressemblera alors le gouvernement de transition attendu ? Déjà des voix discordantes appellent au respect de la Constitution en laissant le président de l’Assemblée nationale assurer une transition. Les militaires arriveront-ils à convaincre les partis politiques de l’opposition pour les accompagner dans la transition ? Le proche avenir nous le dira.

Source: Tchadinfos

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