65e anniversaire de l’Armée malienne : Assimi Goïta dévoile sa vision d’une armée modernisée et souveraine
À l’occasion du 65e anniversaire de la création de l’Armée malienne, célébré le 20 janvier, le président de la Transition, le général Assimi Goïta, chef de l’État et chef suprême des armées, a livré un discours dense, mêlant hommage historique, bilan sécuritaire et perspectives stratégiques. Plus qu’une simple allocution commémorative, cette adresse a posé les jalons d’une nouvelle doctrine militaire axée sur la souveraineté, la modernisation et la coopération régionale au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
D’entrée de jeu, le président a rappelé la portée symbolique de cette date, née de la décision historique du premier président du Mali, Modibo Keïta, d’évacuer les forces étrangères après l’indépendance. Un rappel qui vise à inscrire l’action actuelle dans une continuité nationale et souverainiste, tout en rendant hommage aux soldats tombés au champ d’honneur et aux blessés de guerre.
Une armée en montée de puissance
Le chef de l’État s’est montré confiant quant à l’évolution des capacités opérationnelles des Forces armées maliennes (FAMa). Selon lui, les réformes engagées ont permis de disposer d’une armée « aguerrie et professionnelle », dotée d’équipements modernes, d’effectifs renforcés et d’une doctrine adaptée à la nature évolutive des menaces.
La création de nouvelles unités combattantes plus flexibles, la poursuite des acquisitions d’équipements et l’intensification de la formation figurent parmi les leviers majeurs évoqués. Pour 2026, le président annonce un accroissement des effectifs, l’ouverture de nouveaux camps militaires à Dioïla, Nioro et Konobougou, ainsi que le renforcement du génie militaire dans la construction d’infrastructures stratégiques.
Autre annonce majeure : le lancement de l’industrie militaire nationale, présenté comme une étape décisive vers l’autonomie stratégique, ainsi que l’opérationnalisation prochaine de l’hôpital militaire de Banankoro, qui devrait réduire les évacuations sanitaires à l’étranger.
Des opérations militaires mises en avant
Sur le plan opérationnel, Assimi Goïta affirme que les forces maliennes ont enregistré des résultats significatifs, notamment à travers le démantèlement de sanctuaires terroristes, la neutralisation de chefs armés et la sécurisation de zones jugées vitales. Le président a cité la poursuite du plan « Doungoukoloko » et de l’opération « Keletigui », visant la recherche et la destruction des bases terroristes.
Il a également salué la contribution des forces de sécurité à la sécurisation de grands événements nationaux, ainsi qu’à la protection des convois de ravitaillement en carburant, présentée comme un facteur de résilience économique dans un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires.
La guerre de l’information, un nouveau front
Un volet particulièrement stratégique du discours concerne la reconnaissance officielle d’une « guerre hybride », où la bataille ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire, mais également dans les esprits. Le président a dénoncé les campagnes de désinformation, de manipulation et de démoralisation, assimilées à de véritables armes de déstabilisation.
Pour y faire face, il annonce le renforcement du dispositif de communication des FAMa, avec notamment la création d’une Web TV et d’une radio militaires. L’objectif affiché est de renforcer la communication directe avec la population et de lutter contre les rumeurs. Un choix qui soulève néanmoins des interrogations sur l’équilibre entre communication institutionnelle et pluralité de l’information dans l’espace public.
La digitalisation et la modernisation administrative
La modernisation de l’appareil militaire passe également par la digitalisation de l’administration de la défense, avec la finalisation du Système d’Information de Gestion du Personnel. Cette réforme vise une meilleure transparence et une gestion plus rigoureuse des effectifs.
Le président a également évoqué le salon BAMEX, organisé en 2025 à Bamako, comme une vitrine de l’ambition technologique du pays et un cadre de coopération avec des partenaires industriels jugés respectueux des choix souverains du Mali.
L’AES comme socle de sécurité collective
Sur le plan régional, Assimi Goïta a réaffirmé l’importance de la coopération militaire au sein de la Confédération des États du Sahel. L’opérationnalisation de la Force unifiée de l’AES en décembre 2025 est présentée comme un tournant stratégique vers une sécurité collective fondée sur la solidarité et l’intégration régionale.
Cette orientation confirme la volonté du Mali de consolider des partenariats régionaux alternatifs pour faire face aux défis transfrontaliers du terrorisme.
Entre ambition et défis
Si le discours présidentiel affiche une vision ambitieuse d’une armée modernisée, autonome et souveraine, plusieurs défis demeurent : la stabilisation durable des zones libérées, la soutenabilité financière des investissements annoncés, la transparence dans la gestion des nouvelles infrastructures, ainsi que la place accordée à l’information indépendante dans un contexte de communication sécuritaire renforcée.
À l’heure où le Mali poursuit sa transition dans un environnement régional instable, le discours du 20 janvier apparaît comme un marqueur politique fort, traduisant la volonté des autorités de placer la défense et la souveraineté au cœur du projet national.
✍️ Mohamed Kanouté
(Mali24)
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