Ils travaillent, sourient, interagissent… mais à l’intérieur, certains s’effondrent en silence. Dépression, anxiété, idées suicidaires : les troubles de santé mentale bouleversent profondément l’existence et altèrent l’identité même de ceux qui en souffrent. Dans une société marquée par la pression sociale et le tabou, beaucoup n’osent ni parler ni demander de l’aide. Enseignant et psychologue consultant en santé mentale et soutien psychosocial, spécialisé dans la prise en charge des traumatismes, Dr Abocar Mahamane KOUNTA éclaire ce phénomène aux conséquences souvent invisibles mais dévastatrices.
Comment définir la santé mentale ?
Selon l’Organisation mondiale de la santé, la santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté.
Cette définition met en exergue le bien-être psychologique, émotionnel et social, ainsi que la capacité à faire face aux exigences du quotidien. Elle souligne également que la santé mentale est une composante essentielle de la santé globale.
Quelles sont les causes des troubles de santé mentale ?
Il est plus approprié de parler de facteurs de vulnérabilité et de facteurs de protection.
Les facteurs de vulnérabilité incluent notamment les prédispositions génétiques, les traumatismes précoces, les conditions de vie difficiles telles que la pauvreté, les violences ou encore l’isolement social. À cela, s’ajoutent des événements de vie marquants comme le deuil, la perte d’emploi ou les crises sanitaires.
À l’inverse, des éléments comme un bon soutien social, une estime de soi solide et un environnement favorable contribuent à renforcer la santé mentale.
Quels sont les troubles les plus fréquemment rencontrés ?
Les troubles les plus courants sont les troubles anxieux, la dépression, les troubles liés à l’usage de substances, les troubles bipolaires, la schizophrénie, les troubles de l’alimentation, les troubles de la personnalité ainsi que les troubles obsessionnels compulsifs.
Quels sont les signes d’alerte ?
Les signes d’alerte sont variés. Il peut s’agir d’une fatigue persistante, de troubles du sommeil, d’une tristesse durable ou d’une anxiété marquée.
Des difficultés de concentration, des pensées négatives récurrentes, un isolement social ou des changements de comportement doivent également attirer l’attention. Dans certains cas, des idées suicidaires peuvent apparaître et nécessitent une prise en charge urgente.
Peut-on prévenir les troubles de santé mentale ?
Oui, la prévention est possible et doit être envisagée à plusieurs niveaux. Au niveau individuel, il est important de développer des compétences émotionnelles et d’adopter une bonne hygiène de vie. Au niveau communautaire, la sensibilisation et la création d’espaces d’échange sont essentielles. Les pouvoirs publics doivent intégrer la santé mentale dans les soins de base et lutter contre la stigmatisation. Enfin, en milieu professionnel, il est nécessaire de promouvoir un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Peut-on guérir des troubles mentaux ?
Dans de nombreux cas, une guérison est possible. Certains troubles peuvent disparaître complètement avec un traitement adapté, tandis que d’autres nécessitent un suivi à long terme.
La prise en charge vise alors une amélioration significative de la qualité de vie et, lorsque cela est possible, une rémission complète.
Quelles sont les conséquences des troubles mentaux ?
Les conséquences sont multiples et affectent à la fois l’individu, la famille et la société. Elles peuvent se traduire par une détérioration de la santé physique, des difficultés cognitives, une souffrance psychologique importante et une perte d’autonomie. Sur le plan social, elles entraînent souvent isolement et stigmatisation. Sur le plan professionnel, elles peuvent conduire à la perte d’emploi ou à des difficultés scolaires. Les répercussions économiques et familiales sont également importantes, notamment en raison de la charge supportée par les proches.
Comment se déroule la prise en charge ?
La prise en charge repose sur une approche pluridisciplinaire impliquant psychologues, psychiatres et travailleurs sociaux. Elle comprend l’écoute, les psychothérapies, les traitements médicamenteux lorsque nécessaire, ainsi que des interventions visant la réinsertion sociale et professionnelle.
Quel rôle jouent la famille et les proches ?
La famille occupe une place déterminante dans le processus de prise en charge. Elle apporte un soutien moral, participe à l’accompagnement quotidien et facilite la communication avec les professionnels de santé. Son implication contribue de manière significative à l’efficacité du traitement.
Pourquoi la santé mentale demeure-t-elle un sujet tabou ?
Ce tabou s’explique notamment par des croyances culturelles, des perceptions erronées des troubles mentaux et une forte stigmatisation. Le manque d’information et la faible prise en compte de la santé mentale dans les politiques publiques contribuent également à entretenir cette situation.
Existe-t-il des différences entre les hommes et les femmes ?
Les données montrent que les femmes consultent plus que les hommes. Cela s’explique en partie par une plus grande facilité à exprimer leurs émotions et une attention accrue portée à leur santé. Les hommes, quant à eux, consultent moins, souvent en raison de normes sociales.
Quel message souhaitez-vous adresser aux personnes concernées ?
Il est important de faire preuve de patience et de régularité dans le suivi. Les troubles mentaux nécessitent du temps pour être pris en charge efficacement, mais une amélioration est possible.
Quels conseils donner à la population ?
La santé mentale doit être considérée comme une composante essentielle de la santé. Elle mérite d’être préservée au même titre que la santé physique. Aujourd’hui, des services existent et sont accessibles. Il est donc important de consulter dès les premiers signes afin de bénéficier d’une prise en charge appropriée.
Propos recueillis par Kada Tandina
Mali24.info
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