Oumou Sall Seck, animant un Master class à l’Institut Ahmed Baba de Tombouctou
-« La paix est un acte de courage, de lucidité et d’amour pour la patrie »
-« Le Mali se relèvera par la justice et le dialogue »
-« Le Mali triomphera par ses propres valeurs »
Le 27 décembre 2025, Mme Oumou Sall Seck a animé un Master class à l’Institut Ahmed Baba de Tombouctou sur le thème : « légitimité des mécanismes endogènes ». Devant un parterre d’invités, la Présidente du Mouvement Trait d’Union a développé sa vision de l’importance des mécanismes endogènes dans la résolution de la crise en mettant un accent particulier sur la Charte pour la Paix et la Réconciliation.
D’entrée de jeu, elle clarifie : « Je prends la parole, aujourd’hui, non pas en tant que Ministre chargée de l’Entrepreneuriat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, mais avant tout en tant que Présidente du mouvement Trait d’Union, née d’une conviction profonde : le Mali ne se reconstruira durablement que par le dialogue, la cohésion sociale et surtout la confiance retrouvée entre ses propres enfants ». Et d’ajouter : « Mon engagement est personnel, intime et vécu. Je suis, par essence, Trait d’Union. Fille d’un père d’origine Peulh, Songhaï par adoption, et d’une mère Touareg, je suis le fruit vivant de la diversité culturelle malienne. Ce vécu de terrain, notamment comme ancienne Maire de Goundam, où j’ai été élue à trois reprises par des populations diverses par leurs cultures, leurs langues et leurs modes de vie, m’a enseigné une vérité fondamentale : la diversité malienne n’est pas une fragilité, elle est notre plus grande force, si nous savons l’organiser autour du vivre-ensemble ».
Tombouctou, cité de savoir, de spiritualité et de dialogue, a souligné Mme Oumou Sall Seck, est un carrefour de rencontres, de diversité et de paix. Le thème de ce master class est fondamental, a-t-elle expliqué. « Notre pays traverse une étape décisive de son histoire. Nous aspirons tous à la paix, mais pas n’importe quelle paix : une paix sincère, juste et durable », a déclaré l’oratrice.
Mécanismes endogènes : légitimes, efficaces
La Présidente du Mouvement Trait d’Union définit les mécanismes endogènes de règlement des conflits comme « des dispositifs socioculturels et de gouvernance mis en place par les communautés ou l’État pour prévenir, gérer et régler les conflits. Ils contribuent à préserver la paix, la cohésion sociale et le vivre-ensemble ».
Il faut reconnaître une vérité simple mais puissante pour parvenir à cette paix, a-t-elle déclaré. « Les mécanismes endogènes, hérités de nos cultures, traditions et de la sagesse de nos anciens, ne sont pas dépassés. Ils sont légitimes, efficaces et profondément maliens. Ils parlent le langage des communautés : celui de la dignité, de l’honneur, du pardon et de la responsabilité »
À ses dires, « la conciliation et la médiation obtenues par accord librement consenti ne sont pas des solutions faibles. Elles sont souvent les plus solides, car elles réparent les relations humaines, pas seulement les textes juridiques ». Les mécanismes endogènes, a-t-elle plaidé, sont des chemins concrets vers la paix. Ces mécanismes ne s’opposent pas à la justice moderne : ils l’humanisent et la rendent accessible. Ils deviennent ainsi des instruments puissants pour restaurer la cohésion sociale, apaiser les rancunes et les fractures, redonner confiance aux populations, reconstruire durablement le lien entre l’État et les citoyens, a soutenu Mme Oumou Sall Seck. Devant un auditoire attentif, elle lance : « Dans mon parcours, j’ai vu de mes propres yeux : des chefs traditionnels empêcher l’irréparable, des jeunes rompre des cycles de vengeance, des femmes, par leur sagesse et leur courage, recoller des communautés brisées ».
À en croire l’ancienne Ambassadrice du Mali à Berlin, « les mécanismes endogènes, le dialogue sincère et la médiation communautaire sont des portes ouvertes pour revenir à la paix, dans la dignité, la responsabilité et l’honneur ».
On ne décrète pas la paix, on la construit ensemble
L’occasion était pour l’ancienne maire de la Commune urbaine de Goundam d’évoquer l’expérience de Trait d’Union en matière de dialogue. « À travers le mouvement Trait d’Union, nous avons fait le choix du terrain, de l’écoute et de la médiation. Nous avons contribué à rapprocher des communautés, à bâtir des pactes locaux de coexistence, et à porter la voix du dialogue dans les processus nationaux, ce qui nous a permis de libérer des otages et de stabiliser des zones. Notre conviction est simple et profonde : on ne décrète pas la paix, on la construit ensemble ».
Les femmes et des jeunes, a laissé entendre Oumou Sall Seck, sont des bâtisseurs du Mali nouveau. Selon elle, les femmes du Mali sont « les gardiennes du tissu social, les éducatrices de la paix, les piliers silencieux mais puissants de la Nation ». « Aux jeunes du Mali, votre énergie, votre créativité et votre patriotisme sont attendus. Le Mali a besoin de vous dans la construction, et non dans la division ». Elle a invité ces couches importantes de la société à « accompagner résolument le Président de la Transition dans sa vision d’un Mali uni, indivisible, souverain, au service de toutes les communautés ».
Elle est convaincue que la Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation est un document de référence pour toute initiative, action et activité qui concourent à la sécurité, la paix, la réconciliation nationale, la cohésion sociale et le vivre-ensemble. « Elle repose sur le respect, la tolérance, l’écoute, le dialogue et le pardon. Elle prône la redevabilité dans la gestion des affaires publiques, la réduction de la pauvreté, la lutte contre l’impunité et la délinquance économique et financière ». Les objectifs de la Charte, a-t-elle rappelé, sont la consolidation de l’Unité nationale, la restauration de la Paix, le renforcement de la Sécurité, le raffermissement de la Cohésion sociale et du Vivre-ensemble à travers la Réconciliation nationale.
L’appel aux frères et sœurs en rupture de ban avec la patrie
En se basant sur l’article 41 de la Charte, elle cite quelques bonnes pratiques en matière de prévention, gestion et règlement des conflits : la diplomatie coutumière, les alliances matrimoniales et la parenté à plaisanterie, les institutions locales de conciliation, la médiation des notables et personnalités influentes et les communicateurs traditionnels. Elle a aussi détaillé les acteurs et leurs responsabilités dans la mise en œuvre de la Charte.
À ses frères et sœurs en rupture de ban avec la mère patrie, la Présidente de Trait d’union adresse un message de vérité d’apaisement. « Je m’adresse ici, avec respect et responsabilité, à nos frères protagonistes et antagonistes dans nos villes, villages et fractions. Le Mali reste notre maison. Le peuple malien reste notre famille. Aucune cause ne vaut la destruction de notre bien commun. Aucune divergence ne justifie la souffrance durable de nos populations ».Pour elle, « la paix n’est pas une capitulation. La paix est un acte de courage, de lucidité et d’amour pour la patrie ».
Dans sa conclusion, Mme Oumou Sall Seck a lancé depuis Tombouctou un appel solennel pour « valoriser nos mécanismes endogènes de paix, les formaliser et à les inscrire durablement dans notre architecture juridique ». « Engageons-nous à protéger notre bien le plus précieux : le Peuple malien, dans toute sa diversité et sa dignité !», a-t-elle lancé. Elle formule un vœu : « Que cette masterclass ne soit pas seulement un moment de réflexion, mais un point de départ, un engagement collectif, un serment silencieux pour la paix durable !». « Le Mali gagnera par l’Unité. Le Mali se relèvera par la Justice et le Dialogue. Le Mali triomphera par ses propres valeurs », a conclu la Présidente du Mouvement Trait d’Union.
Chiaka Doumbia
En savoir plus sur Mali 24
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
