Rivalités et cohabitation : Le Mali au cœur du duel russo-américain contre le terrorisme ?
Le Mali est depuis plusieurs années au cœur de la lutte contre le terrorisme au Sahel. Cette lutte attire des acteurs internationaux aux intérêts souvent divergents, parmi lesquels les États-Unis et la Russie occupent une place stratégique. La question de leur cohabitation soulève plusieurs dimensions politiques, militaires et économiques.
Des objectifs partiellement convergents
Les Etats-Unis comme la Russie ont un objectif commun affiché : la lutte contre le terrorisme et la stabilisation du Sahel.
Les Etats-Unis privilégient une approche centrée sur la formation des forces locales, le renseignement, le soutien logistique et les opérations ciblées contre des groupes terroristes comme AQMI ou l’État islamique au Grand Sahara.
La Russie, via le groupe Wagner et d’autres moyens diplomatiques, met l’accent sur le soutien direct aux forces armées maliennes, souvent dans une logique plus sécuritaire et militaire qu’institutionnelle.
Dans ce sens, les deux puissances peuvent « cohabiter » tant que leurs actions restent focalisées sur la lutte contre le terrorisme.
Des intérêts divergents et concurrents
Malgré cet objectif commun, leurs intérêts stratégiques diffèrent :
Les Etats-Unis défendent une influence régionale, le maintien de la stabilité politique et la promotion d’une coopération multilatérale avec l’UEMOA, l’ONU et l’Union africaine.
La Russie cherche à étendre son influence politique et économique en Afrique, à sécuriser des contrats militaires et à tester des modèles de coopération bilatérale directe avec des Etats en crise.
Ces divergences peuvent rapidement générer des tensions, surtout si la présence de l’un est perçue comme un obstacle à celle de l’autre.
Les défis de la cohabitation
Plusieurs obstacles rendent la cohabitation délicate : Sur le plan militaire, les chaînes de commandement, le partage du renseignement et les règles d’engagement diffèrent fortement.
Sur le plan diplomatique, l’image des deux pays est contrastée : les États-Unis sont souvent perçus comme défenseurs des institutions démocratiques, tandis que la Russie est associée à des contrats privés et à un soutien direct aux régimes en place, parfois contestés.
Sur le plan local, la population malienne pourrait être réticente à une présence étrangère trop marquée, surtout si elle perçoit une ingérence ou un conflit d’intérêts.
Scénarios possibles de cohabitation
Cohabitation pragmatique limitée : chaque puissance concentre ses efforts sur des zones différentes ou sur des aspects complémentaires (renseignement vs formation, soutien direct vs logistique).
Concurrence contrôlée : un partage tacite du terrain, avec des accords bilatéraux et l’aval du gouvernement malien, pourrait permettre une coexistence temporaire.
Conflit latent : des désaccords sur les stratégies antiterroristes, la gouvernance ou l’accès aux ressources pourraient rapidement rendre la cohabitation impossible.
La cohabitation entre Etats-Unis et Russie au Mali est théoriquement possible mais fragile. Elle dépendra de la capacité des deux puissances à accepter des limites à leur influence, à coordonner leurs actions indirectement et à respecter les priorités du Mali. Dans un contexte où les alliances locales et régionales sont instables, la cohabitation pourrait rapidement se transformer en compétition ouverte, au risque de compliquer la lutte contre le terrorisme.
B.S.
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