Projet INCLUSIF : 1,687 milliard de FCFA dans la nature, la gestion au banc des accusés
Censé booster les filières agricoles et faciliter l’accès au financement des producteurs maliens, le Projet de financement inclusif des filières agricoles du Mali (Projet INCLUSIF) se retrouve aujourd’hui au cœur d’un véritable scandale financier. Une vérification portant sur les exercices 2021, 2022, 2023, 2024 et 2025 (arrêtée au 30 septembre) a mis au jour un trou béant de plus de 1,687 milliard de FCFA. Oui, milliard.
Ce qui devait être un levier de développement rural ressemble désormais à un catalogue d’irrégularités administratives et financières à faire pâlir n’importe quel gestionnaire public.
Sur le plan administratif, la mission de vérification n’a pas fait dans la dentelle. Elle révèle que la Direction Régionale du Travail du District de Bamako a visé des contrats comportant des clauses contraires au Code du travail. Comment des contrats illégaux peuvent-ils être validés par l’autorité censée en garantir la conformité ?
Plus grave encore, la Direction de Coordination du Projet INCLUSIF aurait foulé aux pieds les procédures de recrutement, tout en ne respectant pas les modalités contractuelles de règlement d’un marché. Recrutements opaques, paiements en dehors des règles : le décor est planté.
Mais c’est sur le terrain financier que le scandale prend une ampleur vertigineuse. La vérification chiffre les irrégularités à 1 687 033 245 FCFA. Une somme colossale, dans un pays où chaque franc destiné au monde rural compte.
Dans le détail, 1 301 146 692 FCFA non remboursés par le SFD PIYELI au titre du refinancement ; 200 000 000 FCFA non remboursés par le SFD BEREBEN ; 105 535 355 FCFA justifiés par de fausses factures, des dizaines de millions liés au non-reversement ou à la mauvaise gestion de la TVA. Sans oublier des manquements fiscaux (IBIC non retenu, TVA non facturée, taxe foncière non reversée) ; des cotisations sociales non reversées et même un double paiement de TVA sur location.
C’est un festival d’irrégularités avec une mauvaise gestion fiscale, négligence grave ou système bien huilé ? La question mérite d’être posée.
Pendant que des millions s’évaporent dans des circuits opaques, ce sont les producteurs agricoles, les coopératives et les petits exploitants qui attendent des financements pour leurs campagnes. Les faits relevés, susceptibles de constituer des infractions pénales et budgétaires, ont été transmis au Président de la Section des Comptes de la Cour Suprême, au Procureur de la République Financier, au Directeur Général des Impôts et au Directeur Général de l’Institut National de Prévoyance Sociale.
Autrement dit, l’affaire dépasse désormais le simple cadre administratif, elle entre dans le champ judiciaire. Le paradoxe est cruel, car un projet baptisé << INCLUSIF >>, censé favoriser l’accès équitable aux financements, se retrouve accusé d’avoir exclu… les règles élémentaires de transparence et de rigueur.
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