Maître Abdramane Sanogo tire sa révérence : S’en est allé un homme de bien !!!
Tel un couperet est tombée, le samedi 21 mars 2026, dans l’après-midi, la très triste nouvelle : Me Abdramane Sanogo a tiré sa révérence. Difficile à avaler pour certains de ses voisins de l’Immeuble Djiré, à Hamdallaye ACI 2000. Et pour cause, Me Sanogo venait de quitter le bureau, quelques poignées de minutes avant l’heure fatidique. Il a conduit son véhicule pour rentrer à la maison partager avec les siens un plat d’anniversaire, le sien. C’est dans cette atmosphère qu’il piqua un malaise pour ne plus relever.
Certes, Me Abdramane Sanogo se battait depuis quelques mois contre la maladie, mais personne ne pouvait soupçonner qu’il allait partir aussi tranquillement sans crier gare. Ces derniers temps, il avait allégé son quotidien de travail. Quand il rentrait pour déjeuner, il ne revenait plus au bureau que le lendemain. Me Abdramane Sanogo était un homme d’une bonté rare, un homme gentil, un homme généreux, un homme d’une simplicité extraordinaire. Il était un homme profondément humain qui partageait sans considération, qui aidait sans calcul. Un homme de bien s’en est allé ! À l’Immeuble Djiré où Me Sanogo laisse un grand vide, l’émotion reste palpable. Comme c’était le cas lors de ses obsèques déroulées, le 22 mars dernier à son domicile à Samé Attbougou, sur la route de Lassa. Le Challenger salue la mémoire d’un grand professionnel du droit, doublé d’un altruiste. Le Challenger déplore surtout la perte d’un voisin exemplaire et disponible. La direction et le personnel du journal présentent leurs condoléances les plus attristées à ses familles biologique et professionnelle. Pour rendre hommage à l’illustre défunt, nous publions le témoignage de Bacary Camara et l’oraison funèbre prononcée par Me Souleymane Soumountera, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Mali.
L’hommage de Bacary Camara à
son camarade du Lycée Badala
Me Abdramane Sanogo dit Abou est mort, ce Samedi vers 16 h entre son domicile familial et l’hôpital Luxembourg des suites d’un malaise cardiaque diagnostiqué trois mois plus tôt par les praticiens de cet hôpital.
Ce drame nous atteint au plus profond de notre chair, car c’est au moment même où nous pensions tous que son état s’était considérablement amélioré, que nous apprenions la consternante nouvelle de sa mort subite. Après avoir partagé quelques minutes auparavant et dans la plus grande joie le repas d’anniversaire pour ses 69 ans avec la famille et quelques amis, il a soudainement piqué une nouvelle crise qui s’est avérée cette fois-ci plus foudroyante et mortelle.
Lit- bureau- prétoire
Me Sanogo était un vrai rat de bureau, un rond de cuir, comme on en voit plus dans notre société. Il venait régulièrement dans son cabinet baptisée « Etude INNA » du nom de sa première épouse décédée d’une mort soudaine. Il y effectuait régulièrement le même rituel et, tenez-vous bien, même durant les jours de fête de Tabaski !
Dès que son mouton était égorgé, il sortait de sa maison pour regagner son bureau, d’où il ne repartait que vers 20 heures, c’est-à-dire à ses heures habituelles. C’était ça, Me Sanogo toujours plongé dans ses » conclusions » dans ses » mémoires » et arpentant sans cesse les prétoires, les couloirs des tribunaux. Sa vie s’était réduite à une incompressible triade : Lit- bureau- prétoire, là où il se sentait vraiment à l’aise comme un poisson dans l’eau.
Le choix entre l’Etre et le paraître
Plus de trente ans d’exercice du métier (avec la même et unique Secrétaire de bureau) cela faisait naturellement de lui un des vétérans du Barreau que tout le monde respectait pour son énorme et épatant savoir juridique, mais sans jamais s’être infatue de lui-même. Il était l’ami de tout le monde, un homme sans frontière, un vrai Senoufo dans l’âme fuyant incessamment les lumières, car il avait fait longtemps son choix entre l’Etre et le paraître.
Sur un tout autre plan, Il ne cachait pas son désespoir de voir notre pays toucher le fond, faute de ressources humaines et professionnelles de qualité dans tous les domaines de la vie active. Ce à quoi, je lui rétorquais souvent : Maître, à notre âge, je pense que nous avons accompli notre devoir de génération. Le Mali dont tu rêves et dont nous rêvassions tous depuis plusieurs années ne se réalisera pas sous nos yeux ». Malheureusement oui, et tu as bien eu raison.
Me Sanogo laisse une fille très mature, cultivée dont il était si fier et si attaché. Il ne l’appelait jamais par son prénom, c’était toujours « mon bébé » et toujours des petits câlins à chaque rencontre.
Quid de sa mère Ba Korotoumou, dont il continuait à vénérer la mémoire ? Rendez- vous est donc pris devant la porte du Paradis.
Bacary Camara dit Bekri, ami et camarade de promotion (1976-1979) au lycée Badala
Le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Mali : «Le Barreau perd l’un de ses visages les plus humains »
Me Souleymane Soumountera, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Mali, a souligné que le Barreau perd l’un de ses visages les plus humains avec la disparition de Me Sanogo. Dans l’oraison funèbre qu’il a prononcée, le 22 mars 2026 lors des obsèques de Maître Abdramane Sanogo, il a salué la mémoire d’un homme profondément humain doublé d’un grand professionnel du droit.
Messieurs les Bâtonniers, mes chères consœurs, mes chers confrères, Famille, amis, collaborateurs de notre regretté disparu,
Dieu est grand, Dieu est grand.
C’est avec une émotion qui dépasse le cadre solennel de mes fonctions que je prends la parole aujourd’hui.
En tant que Bâtonnier, j’ai souvent le douloureux devoir de saluer la mémoire de ceux qui quittent nos rangs.
Aujourd’hui, le Barreau du Mali ne perd pas seulement un professionnel du Droit ; il perd l’un de ses visages les plus humains.
Nous sommes réunis pour rendre un dernier hommage à notre confrère, Me Abdramane Sanogo, dont la présence était, pour chacun de nous, une respiration de bienveillance dans le tumulte de nos palais.
Maître Abdramane Sanogo ! C’est autour du joyeux repas de ton anniversaire consacrant tes 69 ans d’existence que tu t’en es allé avec ta joyeuse humeur habituelle.
Tu as vu le jour un 21 Mars à N’kourala, cercle Sikasso.
Tu as fréquenté l’école fondamentale de cette localité d’où tu obtins le Diplôme d’Études Fondamentales en 1976 ;
Orienté au Lycée de Badala la même année, tu y as décroché ton Baccalauréat série Philo-langues, Session de juin 1979.
En Octobre de la même année, tu as accédé à la prestigieuse École Nationale d’Administration E.N.A, d’où tu obtins ta Maîtrise en Droit Privé, promotion de 1985 et ce, après les années de suspension 1980-1981 ;
Muni de ce diplôme, tu as entamé le stage de conseil juridique au cabinet du doyen feu Maître Boubacar Sidibé ;
Muni de ton certificat de fin de stage, tu fus inscrit au tableau des Conseils juridiques en 1987 puis à celui de la profession d’Avocat à la faveur de la fusion des deux professions ;
Confrère aimant et humble, ami serviable, tu as toujours eu un mot de réconfort à l’endroit de tes confrères et tes amis même pendant les moments de détresse.
Toi qui, d’ordinaire es si bruyant, tu as choisi de t’en aller si discrètement le jour de ton anniversaire en laissant inconsolables nombre d’entre nous, dont ton épouse et ta fille.
A ton épouse, je dis que le lien que vous partagiez était ton équilibre.
Si le droit était ta passion, tu étais sa raison d’être.
Dans ce silence qui s’installe, souviens-toi que l’amour ne meurt jamais ; il change simplement de forme pour devenir une douce présence intérieure, qui t’accompagnera à chaque pas.
Je demande à sa fille, à notre fille, de continuer à porter l’héritage de son père avec la tête haute.
Et chaque fois que tu agiras donc avec courage et bonté, c’est un peu de ton père que tu continueras de faire vivre à travers toi.
Ton père Me Abdramane Sanogo était un modèle.
Notre serment en tant qu’Avocat nous impose une vertu qu’est la confraternité.
Si pour beaucoup d’entre nous, la confraternité est un concept juridique ; pour toi, cher confrère, elle était une seconde nature.
Je peux témoigner que tu étais l’incarnation de l’accueil : tu étais ainsi celui qui tendait la main au jeune avocat intimidé par sa première audience.
Tu personnifiais l’écoute et lorsqu’on allait te rencontrer dans les espaces d’attente avant les audiences où même dans ton cabinet, pour solliciter de toi un conseil, on était certain d’être reçu avec une patience infinie.
Ton élégance était légendaire : même dans l’âpreté de la contradiction, tu n’oubliais jamais que l’adversaire d’un jour reste un confrère de toujours.
Cher confrère, ton amabilité était comme un rempart : dans un monde judiciaire souvent marqué par la tension et l’urgence, tu opposais une amabilité constante qui n’était pas de façade, mais une politesse et une bienveillance du cœur qui désarmait les conflits les plus vifs.
Ta voix grave, toujours posée, portait la force de la conviction sans jamais céder à l’agressivité.
Tu aimais notre robe, non pour l’apparat, mais pour ce qu’elle symbolise, à savoir l’égalité devant la justice et l’humanité de la défense.
Cher confrère, tu portais en toi cette fierté noble, jamais arrogante, mais toujours présente.
Etre Senoufo pour toi n’était pas un simple détail d’état civil, c’était une boussole.
Tu aimais rappeler que ta capacité de travail et ta résilience venaient de là : de cette culture du labeur, du respect sacré pour la parole donnée et de l’humilité face aux cycles de la vie.
Cher confrère, Maître Sanogo, le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants, tu as su remplir de grâce le cœur des Avocats que nous sommes ainsi que celui de tous ceux qui t’ont côtoyé.
Le cœur de chacun d’entre nous t’accueille et se souviendra toujours de toi avec tendresse.
Tu laisses derrière toi un vide immense dans nos salles d’audience et au sein de notre Maison de l’Avocat.
Tu nous laisses surtout un héritage précieux : celui de l’exemple.
Tu nous rappelles en somme que l’on peut être un grand juriste tout en restant, avant tout, un homme de bien.
À ta famille, à tes proches, j’exprime, au nom de l’Ordre des Avocats du Mali, ma profonde sympathie et ma reconnaissance éternelle.
A toutes et à tous, j’adresse mes condoléances les plus attristées.
Le ciel a gagné une étoile.
Repose en paix, cher Confrère.
Ton souvenir restera gravé dans nos mémoires et dans les plis de nos robes noires.
Qu’Allah te fasse
miséricorde.
Amine.
Bâtonnier
Souleymane
Soumountera
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