Entre Nous : Des rançons ???
Un rapport d’experts des Nations unies a jeté un pavé dans la mare en divulguant le versement, en 2025, d’une rançon très importante de 50 millions de dollars dans le cadre de la libération d’otages au Mali. Toutefois, les experts onusiens se gardent de préciser l’identité de l’otage et l’auteur de ce paiement. Mais, on devine aisément qu’il s’agit du général à la retraite des Emirats arabes unis, membre de la famille régnante à Dubaï, Joumoua ben Maktoum al Maktoum et deux de ses compagnons. Ils ont été enlevés entre le 22 et 23 septembre 2025 à Sanankoroba à la périphérie de Bamako par des combattants affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim). Le Général émirati à la retraite et ses compagnons ont retrouvé la liberté, le 30 octobre dernier, après quelques semaines de captivité.
Selon ce rapport, une grande partie de cette rançon aurait été «redistribuée entre plusieurs groupes affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) » afin de «financer les combattants, l’armement et la logistique nécessaires à l’expansion de l’organisation au Mali et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest». Les experts onusiens vont plus loin : «une partie de l’argent aurait également été transférée à d’autres structures du réseau Al-Qaïda, notamment à Al-Qaïda dans la péninsule arabique, basée au Yémen, ainsi qu’au commandement central de l’organisation ».
C’est un secret de polichinelle. Du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (Gspc) au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Gsim) sans oublier Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), une véritable industrie s’est construite autour des enlèvements de personnalités au Sahel. Même l’Etat islamique au grand Sahara, très rigide au départ, a pris goût au juteux business et intégré les rapts dans ses modes opératoires.
Selon Flore Berger, analyste principale pour le Sahel à Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, «l’industrie de l’enlèvement est au cœur du conflit sahélien. Ses liens avec l’instabilité doivent être reconnus comme étant bien plus complexes qu’une simple source de financement ».
Les groupes armés djihadistes se montrent de plus en plus sophistiqués dans leurs opérations de kidnapping. Ils parviennent à faire des rapts au cœur de capitales. Le Prêtre allemand Hans Joachim Lohre, enlevé, le 20 novembre 2020, à Hamdallaye en Commune IV du District de Bamako. Le pilote et missionnaire évangélique américain, Kevin Rideout, a connu la même mésaventure à Niamey.
Des sommes colossales payées au bout d’immenses négociations servent à renforcer les capacités opérationnelles et logistiques des groupes armés. Les rançons deviennent un grand trésor de guerre. C’est là où se situe le véritable danger pour les Etats.
Les derniers évènements au Sahel relatifs aux libérations d’otages (un Allemand, un Américain, et deux Russes) ne sont pas de bonnes nouvelles pour des Etats comme le Mali. Le Front de libération de l’Awazad (Fla) est en pleine offensive diplomatique en appui à ses opérations militaires sur le terrain. L’enveloppe empochée par le FLA en échange de la libération de deux Russes capturés lors de la bataille de Tinzawatoune oscillerait entre 35 à 45 millions de dollars. Un véritable butin de guerre !
Par Chiaka Doumbia
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