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SOUVERAINETÉ SANITAIRE : LE GHANA DIT NON À 109 MILLIONS DE DOLLARS AMÉRICAINS

Même la gratuité a un prix. Sous l’aide financière américaine, un contrat d’espionnage médical. En avril 2026, le Ghana a rejeté une offre américaine d’environ 109 millions de dollars sur cinq ans destinée à soutenir son secteur de la santé. Cette décision, confirmée et explicitée le 25 septembre 2026 lors d’une intervention au Conseil sur les Relations Extérieures (CFR) à New York par le président John Dramani Mahama, illustre une tension croissante entre aide internationale et protection des données souveraines.

L’offre s’inscrivait dans la « America First Global Health Strategy », cadre bilatéral mis en place après les coupes drastiques de l’USAID. Elle devait compenser partiellement le retrait de financements antérieurs. Or le document soumis au cabinet ghanéen exigeait, selon Mahama, le partage du profil pathogène national et des dossiers médicaux des citoyens, une contribution financière de contrepartie, ainsi que l’exemption d’inspection par la Food and Drugs Authority ghanéenne pour les produits médicaux fournis. « Qui prend les dossiers médicaux d’un autre pays ? » a demandé le président, qualifiant les termes d’« humiliants ». Le cabinet a rejeté le compact « en un temps record ».

Cette posture n’est pas isolée. Au Zimbabwe, les négociations sur un accord d’environ 367 millions de dollars ont échoué début 2026 pour des motifs similaires : accès aux données de santé sensibles et aux échantillons biologiques sans réciprocité ni garantie de partage des bénéfices (vaccins, traitements). Le gouvernement a qualifié l’arrangement de « déséquilibré » et d’atteinte à la souveraineté. Au Kenya, un accord signé fin 2025 (estimé à plus de 1,6 milliard de dollars) a été suspendu par la High Court dès décembre 2025 après des recours d’organisations de consommateurs et de parlementaires dénonçant des risques pour la vie privée et la conformité à la législation nationale sur la protection des données.

Ces cas s’inscrivent dans un système plus large. La stratégie américaine conditionne une aide réduite à un accès élargi aux systèmes de données sanitaires, parfois sur des périodes longues, et à des engagements de co-investissement. Plusieurs pays africains ont signé de tels mémorandums ; d’autres, comme le Ghana et le Zimbabwe, les ont refusés ou freinés, craignant une forme d’extraction de données et de pathogènes sans retombées équitables.

Renoncer à 109 millions de dollars creuse indéniablement les déficits de la santé publique ghanéenne. Mais entre la perfusion financière de Washington et le secret médical de ses citoyens, John Dramani Mahama a tranché. Une décision qui rappelle au monde une règle fondamentale ; la dignité ne fait pas partie des clauses d’un contrat.

Stephan MOMO (stagiaire)

MALI 24

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