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L’OCLEI ET LE PARI DES RÉFÉRENTS DÉONTOLOGUES : ASSEOIR L’INTÉGRITÉ AU CŒUR DE LA MACHINE GOUVERNEMENTAL

Former des cadres à l’éthique pour assainir de l’intérieur l’administration publique malienne. La démarche, portée par l’Office Central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI) les 1er et 2 octobre derniers à Bamako, a le mérite de la clarté. Mais face à un système où les mauvaises pratiques ont souvent la peau dure, le déploiement de ces « sentinelles de la probité » suffira-t-il à déconstruire la culture de la corruption ?

C’est un changement de paradigme discret, mais qui en dit long sur la stratégie de l’OCLEI. Souvent perçu comme le gendarme répressif traquant les patrimoines injustifiés, l’Office tente désormais d’agir en amont. En réunissant à Bamako les « Référents Déontologues » issus des différents ministères et services centraux, l’institution fait le pari de l’endiguement interne. L’idée n’est plus seulement de punir le corrompu, mais d’empêcher la corruption de naître en s’appuyant sur des relais internes.

L’ambition est noble. Comme l’a souligné Ibrahim Kalil Sako, au nom du Président de l’OCLEI, il s’agit de bâtir une administration où la transparence et la redevabilité ne seraient plus de vains mots. Pour ce faire, l’Office a mobilisé ses experts, à l’instar du Professeur Mahamane Coulibaly et le Secrétaire général Djibril Soumbounou pour armer intellectuellement ces référents. Au menu ; Convention des Nations Unies, Stratégie nationale et surtout, la loi de 2014 sur l’enrichissement illicite. Cependant, l’analyse froide de notre écosystème administratif soulève une question inévitable ; quel sera le pouvoir réel de ces référents une fois retournés dans leurs bureaux ?

Demander à un agent de sensibiliser et de guider ses collègues sur la voie de la vertu est une chose. Lui demander de résister ou s’opposer à un écosystème parfois habitué aux arrangements illicites en est une autre. Un référent déontologue, même bien formé, risque fort de se heurter au mur du silence, ou pire, aux représailles d’une hiérarchie dont il viendrait perturber les affaires.

C’est précisément là que le projet de l’OCLEI devient intéressant et vital. L’Office ne se contente pas de distribuer des attestations de formation. Son objectif affiché est de constituer un véritable réseau de ces référents. Cette mise en réseau est stratégique ; elle permet de rompre l’isolement de l’agent face aux pressions. Un référent solitaire est une cible ; un réseau interconnecté avec l’OCLEI peut devenir un redoutable maillage d’alerte et de prévention.

Néanmoins, pour que ces « ambassadeurs de l’intégrité » ne deviennent pas des figures purement décoratives pour des départements peu scrupuleux, il faudra plus que de la sensibilisation. Il faudra un soutien institutionnel infaillible au plus haut sommet de l’État et surtout, d’une garantie de protection lorsqu’ils tireront la sonnette d’alarme.

La session d’octobre 2026 de l’OCLEI n’est donc pas un aboutissement, mais un point de départ. En tentant d’injecter l’intégrité de l’intérieur, l’Office plante des graines dans un sol difficile. Car l’administration intègre que le Mali prone ne se décrètera pas dans des salles de séminaire ; elle se gagnera, dossier par dossier qui seront traité et jugé.

Stephan MOMO (stagiaire)

MALI 24

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