DIPLOMATIE : LE « SOUTIEN MUTUEL », LE BOUCLIER STRATÉGIQUE DU MALI CONTRE L’ISOLEMENT
De Kigali à Moscou, en passant par le siège de l’ONU à New York, la diplomatie malienne portée par le ministre Abdoulaye Diop martèle inlassablement la même formule ; le « soutien mutuel dans les instances internationales ». Loin d’être une simple courtoisie d’usage, cette expression, dont la frequence d’utilisation reste peu analysé, cache en réalité une véritable stratégie de survie géopolitique.
La 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies, fin septembre 2026, en a été la parfaite illustration. Lors de son marathon diplomatique, le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a multiplié les rencontres bilatérales. Au menu avec ses homologues de Cuba et du Nicaragua ; coopération économique, lutte contre le terrorisme, mais surtout la réaffirmation stricte de cette fameuse « solidarité et soutien mutuel ». Cette logique a également prévalu lors de ses échanges stratégiques avec l’Algérie et le Secrétaire général de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), tout en coordonnant étroitement ses actions avec l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Russie.
Mais que signifie concrètement ce concept ? Dans un contexte où le Mali s’est affranchi de la CEDEAO et a rompu avec ses partenaires occidentaux traditionnels, Bamako fait face à de fortes pressions au sein du système onusien. Qu’il s’agisse de résolutions sur la durée de la transition ou de rapports internationaux sur les droits humains, le pays a un besoin vital de s’entourer d’alliés.
Le soutien mutuel se traduit donc par un pacte transactionnel très concret ; l’échange de votes. Le Mali s’engage à appuyer les candidatures de ses partenaires ou leurs résolutions, en échange de leurs voix pour faire barrage aux textes défavorables contre le Mali. Le choix de Cuba ou du Nicaragua n’est d’ailleurs pas anodin ; ces États, historiquement habitués aux sanctions et à l’opposition frontale avec l’hégémonie occidentale, partagent avec le Mali actuel une vision commune axée sur la résistance et l’avènement d’un monde multipolaire.
En multipliant ces accords bilatéraux sur tous les continents, de l’Amérique latine au Rwanda, la diplomatie malienne tisse un vaste réseau d’États prêts à défendre son principe de souveraineté et de non-ingérence. L’appui de puissances disposant du droit de veto au Conseil de sécurité, comme la Russie, en reste évidemment la clé de voûte.
Au final, la répétition de cette formule n’est pas un effet de style. C’est l’expression publique d’un pragmatisme dont Abdoulaye Diop connaît le secret. Pour le Mali, chaque accord de « soutien mutuel » arraché représente une tranchée diplomatique supplémentaire pour asseoir son autorité sur le grand échiquier mondial.
Stephan MOMO (stagiaire)
MALI 24
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