CÉDÉAO–AES : UN DIVORCE À L’AMIABLE ACTÉ À DAKAR
Réunis pour la première fois autour d’une même table ce samedi 17 octobre au Sénégal, les émissaires de la Cédéao et de la Confédération des États du Sahel ont mis fin aux illusions de réconciliation pour négocier, avec pragmatisme, les termes d’une séparation ordonnée.
Il n’aura fallu que quelques heures d’échanges à Dakar, sous les auspices de la diplomatie sénégalaise, pour faire tomber les faux-semblants. Alors que l’opinion publique ouest-africaine s’interrogeait sur un éventuel retour du Mali, du Burkina Faso et du Niger dans le giron communautaire, la première session ministérielle conjointe tenue samedi 17 octobre a consacré une
réalité tout autre ; la rupture institutionnelle est consommée et irréversible. L’aveu lucide du négociateur en chef de la Cédéao, Lansana Kouyaté, admettant qu’« on ne peut plus dire à l’AES ; revenez au bercail », a définitivement tourné la page des sanctions punitives et des ultimatums.
En acceptant de dialoguer d’égal à égal, d’organisation à organisation, avec la Confédération sahélienne représentée par le Burkinabè Karamoko Jean-Marie Traoré, l’organe régional a implicitement acté la fin de l’intégration unitaire à quinze. L’heure n’est plus à la réintégration, mais à l’élaboration d’un traité de bon voisinage pour écarter le péril d’un chaos économique et humain.
Car si la fracture politique est totale, l’interdépendance géographique ne se décrète pas. Entre les pays côtiers abritant d’immenses diasporas sahéliennes et les capitales enclavées du Sahel tributaires des corridors maritimes de Dakar, Lomé ou Abidjan, un mur douanier ou sécuritaire aurait été suicidaire pour les deux camps. C’est ce principe de réalité qui a guidé la création immédiate de groupes de travail conjoints chargés de concevoir un « accord-cadre de coopération ». Libre circulation des biens, droits des ressortissants, fret et coordination antiterroriste ; le mandat se veut strictement technique, pragmatique et dépouillé de toute surenchère idéologique.
En substituant la négociation bilatérale à l’injonction supranationale, Dakar vient de poser la première pierre d’un ordre régional. L’Afrique de l’Ouest n’a pas pansé ses divisions, mais elle a choisi d’organiser son déchirement pour préserver l’essentiel qui est, la survie quotidienne de ses populations.
Stephan MOMO (stagiaire)
MALI 24
