Alger – AES : reprise du dialogue sur fond de méfiance
La reprise du dialogue entre l’Algérie et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) le Mali, le Burkina Faso et le Niger marque un tournant diplomatique prudent dans un contexte régional sous haute tension. Après plusieurs mois de crispations, de rappels d’ambassadeurs et de déclarations parfois virulentes, les deux parties semblent désormais privilégier la voie du dialogue. Mais cette reprise s’opère sur fond de méfiance persistante.
Au cœur des divergences figure la question sécuritaire. L’Algérie, puissance régionale historiquement engagée dans la médiation au Sahel, reste attachée à une approche fondée sur le dialogue politique et la stabilité institutionnelle. De leur côté, les autorités de l’AES, réunies au sein de l’Alliance des États du Sahel, défendent une ligne souverainiste assumée, axée sur la lutte militaire contre les groupes armés et la redéfinition de leurs partenariats stratégiques.
Le Mali, en particulier, occupe une place centrale dans cette équation. L’Algérie demeure un acteur clé dans le suivi de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Or, les récents développements sécuritaires et la reconfiguration des alliances internationales de Bamako ont nourri des incompréhensions. À cela s’ajoute une sensibilité accrue autour des questions frontalières et des accusations réciproques d’ingérence ou de manque de coopération.
Pour l’AES, l’enjeu est double : consolider son unité interne tout en évitant un isolement diplomatique supplémentaire. L’ouverture vers Alger peut être perçue comme un geste d’apaisement, voire une reconnaissance du rôle incontournable de l’Algérie dans l’architecture sécuritaire sahélienne. De son côté, Alger cherche à préserver sa position d’acteur pivot, soucieux de contenir l’instabilité à ses frontières sud.
Cependant, la méfiance reste palpable. Les discours officiels évoquent la « fraternité » et la « coopération stratégique », mais les opinions publiques, elles, demeurent marquées par les tensions récentes. La réussite de cette relance dépendra de la capacité des deux parties à clarifier leurs lignes rouges, à restaurer la confiance et à privilégier des mécanismes concrets de coopération sécuritaire et économique.
Dans un Sahel en recomposition, où les alliances évoluent rapidement, le dialogue entre Alger et l’AES constitue une nécessité stratégique. Reste à savoir si cette main tendue débouchera sur un partenariat renouvelé ou si elle ne sera qu’une trêve diplomatique dans une relation encore fragile.
Dily Kane
Mali24
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