Audit des partis politiques : ce qu’il faut comprendre du rapport de la section des comptes de la Cour Suprême
L’audit explosif du financement public des partis politiques entre 2000 et 2024, commandité par le gouvernement de la Transition, sonne comme un véritable réquisitoire contre l’ancienne classe politique… mais aussi contre l’État malien lui-même. Derrière les chiffres froids, le rapport de la Cour suprême révèle un système profondément déséquilibré, marqué par l’opacité, la concentration des ressources et de graves manquements à la reddition des comptes.
Saisie officiellement le 5 mai 2025 par le Premier ministre, le général Abdoulaye Maïga selon le site Nouvelle Afrique, la Section des comptes de la Cour suprême a mené, en seulement six mois, un audit d’une ampleur inédite.
Au moment de la dissolution des partis politiques, le 13 mai 2025, le Mali comptait 295 formations politiques. Pourtant, seuls 144 partis ont, au moins une fois, déposé leurs comptes à la Cour suprême.
Ces 144 formations déclarent des ressources cumulées dépassant 42,1 milliards FCFA, dont près de 24,6 milliards FCFA issus directement de l’aide financière de l’État. À elle seule, cette aide représente 58,4 % de leurs ressources totales et près de 148 % de leurs ressources propres, traduisant une dépendance quasi totale des partis politiques vis-à-vis du budget national.
13 partis captent plus de 80 % de l’aide de l’État
L’audit met en lumière une concentration saisissante des fonds publics. Sur les 24,6 milliards FCFA d’aide financière accordée, 13 partis politiques ont capté à eux seuls plus de 20,295 milliards FCFA, soit 82,4 % du total.
Parmi eux figurent les grandes formations de l’ex-scène politique l’ADEMA-PASJ (5,857 milliards FCFA), le RPM (5,456 milliards FCFA), l’URD (3,617 milliards FCFA) et le CNID-FYT (1,064 milliard FCFA).
À l’inverse, comme explique le site, des dizaines de partis ont perçu des fonds publics sans jamais justifier leur utilisation. Le rapport pointe ainsi 57 partis ayant encaissé 93,597 millions FCFA entre 2003 et 2006 sans aucune reddition de comptes. Plus grave encore, 602,065 millions FCFA ont été attribués à des partis n’existant plus officiellement, ayant fusionné pour former le RDA-Mali.
Partis fantômes et démocratie de façade
La Cour suprême se montre également sévère sur le rôle démocratique réel des partis politiques. Elle affirme ne pas être en mesure de confirmer que les partis ont rempli leur obligation de formation des militants. Pire, 100 partis créés entre 2018 et 2023 n’ont jamais participé à la moindre élection.
Face à ce constat, la juridiction recommande l’introduction, dans la future charte des partis politiques, de mécanismes de retrait du récépissé pour toute formation absente du processus électoral. Une proposition qui pourrait redéfinir durablement le paysage politique malien.
L’État aussi mis en cause.
L’audit ne ménage pas le ministère de l’Économie et des Finances. La Cour révèle qu’un reliquat de 2,173 milliards FCFA, correspondant à des aides non réparties entre 2001 et 2020, n’a jamais été reversé au Trésor public, faute de preuves fournies par le département concerné.
Plus accablant encore, l’aide financière de 2,954 milliards FCFA accordée en 2019 est jugée sans base légale et devrait, selon la Cour suprême, être purement et simplement annulée. Des écarts de plus de 1,828 milliard FCFA sont également relevés dans les montants officiellement attribués aux partis entre 2009 et 2018.
Enfin, le rapport souligne l’incohérence d’un État qui, entre 2013 et 2018, a distribué plus de 14,4 milliards FCFA aux partis politiques alors même que le pays faisait face à une crise sécuritaire, économique et sociale profonde. Un paradoxe budgétaire qui a conduit à la suspension du financement public des partis dès 2019.
Au-delà des chiffres, cet audit pose une question fondamentale. Le financement public des partis a-t-il réellement servi la démocratie ou a-t-il entretenu un système politique déconnecté des réalités du peuple malien ? Une interrogation à laquelle la Transition entend manifestement répondre par des réformes radicales.
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